CHAPITRE XV
Du grand sentiment d'amour que nous recevons par la sainte espérance.
Comme estant exposés aux rayons du soleil de midy, nous ne voyons presque pas plus tost la clarté , que soudain nous sentons la chaleur : ainsy la lumière de la foy n'a pas plus tost jette la splendeur de ses vérités en nostre entendement,. que tout incontinent nostre volonté sent la sainte chaleur de Famour céleste. La foy nous fait connoistre par une infallible certitude que Dieu est, qu'il est infini en honte, qu'il se peut communiquer à nous, et que non seulement il peut, ains il le veut : si que , par une ineffable douceur , il nous a a préparé tous les moyens requis pour parvenir au bonheur de la gloire immortelle. Or nous avons une inclination naturelle au souverain bien, en suite de laquelle nostre cœur a un certain intime empressement et une continuelle inquiétude , sans pouvoir en sorte quelconque s'accoyser, ni cesser de tesmoigner que sa parfaite satisfaction et son solide contentement luy manque. Mais quand la sainte foy a représenté à nostre esprit ce bel objet de son inclination naturelle , 6 vray Dieu 1 Theotime, quel ayse ! quel playsir ! quel tressaillement universel de nostre ame , laquelle alors , comme toute surprise à l'aspect d'une si excellente beauté , s'escrie d'à-