LIVRE II , CHAPITRE XIX
jamais repentir pour aucun autre sujet , il forclorroit volontairement le mieux , qui est de se repentir pour Pamour de Dieu, et commettroit un grand péché. Et qui seroit le père qui ne treuvast mauvais que son filz le voulut voirement servir, mais non jamais avec amour ou par amour ?
Le commencement des choses bonnes est bon , le progrés est meilleur, et la fin est très-bonne. Toutefois le commencement est bon en qualité de commencement , et le progrés en qualité de progrés ; mais de vouloir finir l'œuvre par le commencement, ou au progrés, c'est renverser l'ordre. L'enfance est bonne ;mais si on ne vouloit jamais estre qu'enfant, cela seroit mauvais ; car l'enfant de cent ans est mesprisé. De commencer d'apprendre , cela est fort louable ; mais quicommenceroit en intention de ne jamais se perfectionner, il feroit contre toute rayson. La crainte et les autres motifs de repentance dont nous avons parlé sont bons pour le commencement de la sagesse chrestienne, qui consiste en la pénitence ; mais qui voudroit de propos délibéré ne point parvenir à l'amour, qui est la perfection de la pénitence , il ofFenceroit grandement celuy qui a tout destiné à son amour, comme à la fin de toutes choses.
Conclusion : la repentance qui forclost l'amour de Dieu est infernale, pareille à celle des damnés; la repentance qui ne rejette pas l'amour de Dieu , quoy qu'elle soit encor sans iceluy, est une bonne et désirable repentance , mais imparfaite , et qui ne peut nous donner le salut , jusques à ce qu'elle ait atteint à l'amour, et qu'elle se soit meslée avec iceluy : si que , comme le grand Apostre a dit que , s'il donnoit son corps à brusler et tous ses biens aux pauvres sans avoir la charité , cela luy seroit inutile * , aussi pouvons-nous dire en vérité que, quand nostre pénitence seroit si grande que sa douleur fit fondre nos yeux en larmes et fendre nos cœurs
II Cor. XIII, a.
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de regret , si nous n'avons pas le saint amour de Dieu , tout
cela ne nous serviroit de rien pour la vie éternelle.