CHAPITRE XXI
Comme les attraitz amoureux de nostre Seigneur nous aydent et accompaignent jusques à la foy et la charité.
Entre le premier resveil du péché ou de l'incrédulité , et la resolution finale que l'on prend de croire parfaitement , il y va souventes fois beaucoup de temps, pendant lequel on peut prier, comme fit saint Pacome, ainsy que nous avons veu ; et comme le père du pauvre lunatique, lequel, au rapport de saint Marc, asseurant qu'il croyoit, c'est à dire , qu'il commençoit à croire, conneut quant et quant qu'il ne croyoil pas assés , dont il s'escria • a Hé ! Seigneur, je croy, mays aydés mon incrédulité * ; » comme s'il eut voulu dire : Je ne suis plus dans l'obscurité de la nuit d'infidélité, desja les rayons de vostre foy esclairent sur l'orizon de mon amej
1 Ps. CXVIII, 94. — 2 Ps. LVI ,2.-3 PS, LXVIII , 2. — * Luc. XV, 19. — » Luc. XXm, 13. — 6 Marc. IX, 23.
448 DE l'amour de dieu,
mays neanlmoins je ne croy pas encor convenablement ^ c'est une connoissance encor toute foible et meslée de ténèbres : helas ! Seigneur, secourés-moy. Aussi le grand saint Augustin prononce solemnellement cette remarquable parole : « Escoute une fois, 6 homme! et entens. N'es-tu pas tiré? prie affin que tu sois tiré ; » en laquelle son intention n'est pas de parler du premier L-Ouvement que Dieu fait en nous sans nous , lorsqu'il nous excite et esveille du sommeil de péché; car comme pourrions- nous demander le resveil , puisque personne ne peut prier avant qu'estre éveillé? mays il parle de la resolution que l'on prend d'estre fidèle , car il estime que croire c'est estre tiré ; et partant il admoneste ceux qui ont esté excités à croire en Dieu de demander le don de la foy. Et personne, certes, ne pouvoit mieux sçavoir les difficultés qui se passent ordinairement entre le premier mouvement que Dieu fait en nous et la parfaite resolution de bien croire que saint Augustin , qui ayant receu une si grande variété d'attraitz par les paroles du glorieux saint Ambroise, par la conférence faite avec Potitian, et mille autres moyens , ne laissa pas neantmoins d'user de tant de remises , et d'avoir tant de peyne à se résoudre : si que à luy, de vray, plus qu'à nul autre on eut pu bien dire ce qu'il dit par après aux autres : Helas ! Augustin, si tu n'es pas tiré, si tu ne crois pas, pries que tu sois tiré et que tu croyes. Nostre Seigneur tire les cœurs par les délectations qu'il leur donne , lesquelles font treuver la doctrine céleste douce et aggreable ; mays avant que cette douceur ait engagée et liée la volonté par ses amiables liens pour la tirer à l'acquiescement et consentement parfait de la foy, comme Dieu ne manque pas d'exercer sa bonté sur nous par ses saintes inspirations , aussi nosire ennemy ne cesse point de pratiquer sa malice par ses tentations. Et cependant nous demeurons en pleine liberté de consentir aux attraitz célestes ou de les rejetter j car, comme le sacré concile de Trente a clairement