CHAPITRE IV
De la sainte persévérance en l'amour sacré.
Tout ainsy donc qu'une douce mère, menant son petit infant avec elle , l'ayde et supporte selon qu'elle void la nécessité , lui laissant faire quelques pas de luy-mesme es lieux moins dangereux et bien plains , tantost le prenant par la main et l'affermissant, tantost le mettant entre ses bras et le portant : de mesme nostre Seigneur a un soin continuel de la conduite de ses enfans, c'est-à-dire, de ceux qui ont la charité, les faysant marcher devant luy, leur tendant la main es difficultés , et les portant luy-mesme es peines qu'il void leur
1 Gènes. XLVIU, 16. — « Ps. XXII, 2. — » Ibid,, 6.
estre autrement insupportables. Ce qu'il a declairé en Tsaïe , liisant : « Je suis ton Dieu , prenant ta main , et te disant : Ne erains point, je f ay aydé *.» Si que nous devons d'un grand courage avoir une très-ferme confiance en Dieu et en son secours; car si nous ne manquons à sa grâce, il parachèvera en nous le bon œuvre de nostre salut , ainsy qu'il Ta commencé* , opérant en nous le vouloir et le parfaire ^, comme le tres-saint concile de Trente nouo adm.oneste.
En cette conduite que la douceur de Dieu fait de nos ame?. àés leur introduction à la charité jusques à la finale perfection d'icelle , qui ne se fait qu'à l'heure de la mort , consiste le grand don de la persévérance, auquel nostre Seigneur atîache le très-grand don de la gloire éternelle , selon qu'il a dit : a Qui persévérera jusques à la fin , il sera sauvé *. » Car te don n'est autre chose que l'assemblage et la suite de divers appuit , soulagemens et secours, par le moyen desquelz nous continuons en l'amour de Dieu jusques à la fin : comme l'e^ ducation , eslevement et nourrissage d'un enfant n'est autre chose qu'une multitude de sollicitudes , aydes , secours, et autres telz offices nécessaires à un enfant , exercés et continués envers iceluy jusques à l'âge auquel il n'en a plus besoin.
^Mais la suite des secours et assistances n'est pas égale ea îous ceux qui persévèrent ; car es uns elle est fort courte , comme en ceux qui se convertissent à Dieu peu avant leur mort, ainsy qu'il advint au bon larron ^; au sergent qui, Toyant la constance de saint Jacques , fit sur le champ profession de foy, et fut rendu compaignon du martyre de ce grand apostre; au portier bienheureux qui gardoit les quarante martyrs en Sebaste , lequel , voyant l'un d'iceux perdre courage et quitter la palme du martyre , se mit en sa place, et en un moment se rendit chrestien , martyr et glorieux tout
i Isai. XLI, 13. — 2 PhiUp. 1, 6. — » Ibid., II, 13. — * Matth, X, 22. — » Luc. XXUI, 40.