‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 290 sur 312 · CHAPITRE YIÎI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIÎI

De Vincomparable amour de la mère de Bien, nostre Dame,

Mais en tout et partout, quand je fay des comparaysons, je n'entends point parler de latres-sainte Vierge mère, nostre Dame. 0 Dieu ! nenny ; car elle est la fille d'incomparable dilection, la toute unique colombe , la toute parfaite espouse*. De cette reyne céleste je prononce de tout mon cœur cette amoureuse, mays véritable pensée, qu'au moins sur la fin de ses jours mortels, sa charité surpassa celle des séraphins ; car si plusieurs filles ont assemblé des richesses , celle-cy les a toutes surpassées ^ Tous les saintz et les anges UQ sont comparés qu'aux estoiles, et le premier d'entr'eux à la plus belle d'entre elles ; mays celle-cy est belle comme la luue , aysée d'estre choisie et discernée entre tous les saintz comme le soleil entre les astres ^ Et passant plus outre , je pense encor que, comme la charité de cette mère d'amour surpasse celle de tous les saintz du ciel en perfection , aussi l'a-elle -exercée plus excellemment, je dis mesme en cette vie mortelle. Elle ne pécha jamais veniellement , ainsy que l'Eglise estime ; elle n'eut donc point de vicissitude , ni de retardement au progrés de son amour, ains monta d'amour en amour par un perpétuel avancement. Elle ne sentit oncques aucune contradiction de l'appétit sensuel; et partant son amour, comme un vray SalomxOn, régna paysiblement en son ame, et y fit tous ses exercices à souhait. La virginité de son cœur et de son corps tut plus digne et plus honnorable que celle des anges : c'est pourquoy son esprit, non divisé ni partagé, comme saint Paul parle, estoit tout occupé à penser aux choses divines , comme elle plairoit à son Dieu \ Et en fin l'amour maternel, le plus pressant , le plus actif, le plus

1 Gant. Gant. VI, 8. — ^ Proverb. XXXI, 29. — » Gant. Gant. VI, 9. — *I Cor. VII, 32.

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ardent de tous, amour infatigable et insatiable, que ne devoit-il pas faire dans le cœur d'une telle mère et pour le cœur d'un tel fîlz?

Hé ! n'allégués pas, je vous prie, que cette sainte vierge fut neantmoins sujette au dormir : non, ne me dites pas cela , Theotime ; car ne voyés-vous pas que son sommeil est un sommeil d'amour? de sorte que son espoux mesme veut qu'on la laisse dormir tant qu'il luy plaira : » Ah ! gardés bien, je vous en conjure, dit-il, d'esveiller ma bienaymée jusques à ce qu'elle le veuille *. » Ouy, Theotime, cette reyne céleste ne s' endormoit jamais que d'amour, puisqu'elle ne donnoit aucun repos à son précieux corps que pour le revigorer, affîn qu'il servit mieux son Dieu par après, acte certes très-excellent de charité ; car, comme dit le grand saint Augustin, elle nous oblige d'aymer nos corps convenablement, entant qu'ilz sont requis aux bonnes œuvres, qu'ilz font une partie de nostre personne , et qu'ilz seront participans de la félicité éternelle. Certes le chrestien doit aymer son corps, comme une image vivante de celuy du Sauveur incarné , comme yssu de mesme tige avec iceluy, et par conséquent luy appartenant en parentage et consanguinité, surtout après que nous avons renouvellée l'alliance par la réception réelle de ce divin corps du Rédempteur au tres-adorable sacrement de l'eucharistie , et que par le baptême , confirmation et autres sacremens , nous nous sommes dédiés et consacrés à la souveraine bonté.

Mays quant à la tres-sainte Vierge , ô Dieu ! avec quelle dévotion devoit-elle aymer son corps virginal , non seulement par ce que c'estoit un corps doux, humble, pur, obéissant au saint amour, et qui estoit tout embausmé de mille sacrées suavités , mais aussi par ce qu'il estoit la- source vivante de celuy du Sauveur, et luy appartenoit si estroittement d'une appartenance incomparable 1 C'est pourquoy

s Caut. Gant. 11^ 7.

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