CHAPITRE XV
pue l'union des bienheureux avec Dieu aura des differens degrés»
Or ce sera cette lumière de gloire, Theotime, qui donnera la mesure à la veuë et contemplation des bienheureux; et selon que nous aurons plus ou moins de cette sainte splendeur , nous verrons aussi plus ou moins clairement , et par conséquent plus ou moins heureusement la tr es-sainte Divinité, qui, regardée diversement, nous rendra de mesme différemment glorieux. Certes , en ce paradis céleste tous les espritz voyent toute l'essence divine; mays nul d'entr'eux, ni tous eux ensemble ne la voyent , ni peuvent voir totalement. Non , Theotime ; car Dieu estant tres-uniquement un et très-simplement indivisible , on ne le peut voir qu'on ne le voye tout ; et d'autant qu'il est infini , sans limite , ni borne , ni mesure quelconque en sa perfection , il n'y a , ni peut avoir aucune capacité hors de luy qui jamais puisse totalement comprendre ou pénétrer l'infinité de sa bonté infiniment essentielle et essentiellement infinie.
Cette lumière créée du soleil visible, qui est limitée et finie , est tellement veuê toute de tous ceux qui la regardent qu'elle n'est pourtant jamais veuë totalement de pas un , ni mesme de tous ensemble. Il en est presque ainsy de tous nos sens. Entre plusieurs qui oyent une excellente musique, quoyque tous l'entendent toute , les uns pourtant ne l'oyent pas si bien , ni avec tant de playsir que les autj'^s, selon que les aureilles sont plus ou moins délicates. La manne estoit savourée toute de quiconque la mangeoit, mays différemment neantmoins, selon la diversité des appetitz de ceux qui la prenoient , et ne fut jamais savourée totalement;, car elle avoit plus de différentes saveurs qu'il n'y avoit de variétés de goustz es Israélites. Theotime , nous verrons et savourerons là-haut au ciel toute la Divinité ; mais jamais nul des