‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 5 sur 312 · XVIII LETTRE · texte numérisé non relu

XVIII LETTRE

Et pourquoi l'altérer? TAcadémie fiancaise, dans le dessein de prendre pour modèles nos meilleurs écrivains, joignit saint François de Sales à Malherbe. Son histoire nous Tapprend.

Si je ne persuadais pas, si les filles de notre saint n'entendaient pas leur véritable intérêt, l'exemple d'Amyot les condamnerait et me consolerait. Le fade traducteur de son français, Vabbé Tallemant, ni M. Dacier, ne Tout point fait oublier; ils en ont fait renchérir les vieilles éditions. Les mots surannés , si fréquens dans son Plutarque , ne dégoûtent point : on admire leur force, leur énergie, leur arrangement nombreux et coulant; car personne n'a mieux connu qu'Amyot l'harmonie et le tour de notre langue. S'il avait traduit en prose les vers, rien ne rebute-

a été longtemps à, portée de les connaître et de s'en assurer. On rend donc, avec autant de joie que de justice, à toutes les vierges ferventes qui les composent, le témoignage certain et glorieux d'un attachement également inviolable à la personne, à l'esprit, à la doctrine, au style du saint patriarche. Là ne se lisent point ces copies faibles et manquées d'un auteur unique et inimitable en son genre. On veut , en étudiant dans les écrits immortels de saint François de Sales les plus pures , les plus sublimes maximes de la perfection, y voir en même temps, y contempler avec transport et avec délices l'image naturelle de la belle âme de ce père chéri , qu'il y a empreinte sans le vouloir, et qui disparait misérablement sous les traits languissans, fades et défigurés d'une traduction. Brebis fidèle (a), on veut entendre la voix douce et touchante du vrai pasteur; on la méconnaîtrait aux accents contrefaits et mal imités d'un interprète étranger.

Le monastère de la rue Saint-Antoine, sixième de l'institut et premier de Paris ; ce monastère , fondé et gouverné durant ses trois premières années pat" la bienheureuse de Chantai elle-même ; ce monastère , où fleurit constamment, dans sa vigueur primitive, l'esprit de la Visitation ; ce monastère, si justement et si tendrement révéré de tous ceux du même ordre ; ce monastère (le lecteur permettra bien ce léger épanchement de cœur) , ce monastère qui , pour tant de raisons, est et sera éternellement en la considération et vénération que Dieu sait {b), a eu des occasions particulières de signaler son respect pour les vrais écrits des saints fondateurs. C'est au goût pur et éclairé <lela mère Marguerite-Emmanuelle Le Feron, ci-devant supérieure de cette maison, autant qu'à ce sentiment de respect religieux, que l'on doit l'édition fidèle et littérale des Épîtres de la bienheureuse de Chantai ; et ce fut elle encore qui, par la fermeté judicieuse avec laquelle elle arrêta les suites du dessein , déjà exécuté , de traduire en français à la mode celles du saint évêque^ sauva du même coup, et au public connaisseur le chagrin de perdre irréparablement les originaux précieux de ces Lettres, et au pieux et laborieux -éditeur qui les avait traduites les infaillibles reproches que lui aurait attirés, de la part de tous les siècles, sa funeste entreprise. {Ed. Biaise.)

(a) Joan. c. X, v. 3 et 5.

là) Expiesâon de saint fiancois da Sales daus la jpréface du Traité de l'Amour de Dieu.

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