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LETTRE'
A LA SIÉME.
Idée du zèle et de la vigilance d'un Pasteur de l'Eglise. Sahiteté d'une villa^ geoise. Peines intérieures; état de victime; n'en point demander la délivrance, mais les souffrir avec résignation. L'amour pour Dieu doit être très-pur.
Au commencement d'août 1G06.
Mon Dieu ! ma bonne Fille, que vos lettres me consolent, et qu'elles me représentent vivement vostre cœur et confiance en mon endroit, mais avec une si pure pureté, que je suis forcé de croire que cela vient de la mesme main de Dieu!
J'ay veu^ ces jours passés des montz esponvan tables, tout couvertz d'une glace espaisse de dix ou douze piques; et les Jiabitans des vallées voisines me dirent qu'un berger, allant pour recouvrer une sienne vache , tomba dans une fente de douze piques de haut, en laquelle il mourut gelé. 0 Dieu! ce dis-je , et l'ardeur de ce berger estoit-elle si chaude à la queste de sa vache, que cette glace ne l'a point refroidie? Et pourquoy donq suis-je si lasche à la queste de mes brebis?
' C'est la 106e de k collection- Biaise, et la 43e {ai, 37e) d^ \[^pl•Q [\ ^jes anciennes éditions.
2 Celte même histoire va être racontée dans la lettre n<> XLVIII, et racontée comme celle-ci à sainte Cha-ntal, et les deux lettres sont également datées du commencement du mois d'août 1606. 11 .y a donc ici double emploi. Laquelle des deux letlres est-elle authentique? Nous les croyons authentiques toutes les deux ; seulement nous inclinons à penser que celle-ci est un composé de fragments de plusieurs, et que la lettre n» XLVUl a lourni un de ces frag« menu.
iS4 LETTRES SPIRITL'PLLES
Certes , cela m'attendrit le cœur, et mon cœur tout glacé se fondit aucunement.
Je vis des merveilles en ces licTix-la : les vallées estoyent toutes pleines de maysons , et les inontz tout pleins de glaces jnsques au fond. Les petites vefves, les petites villageoises, ?.omnie basses vallées, sont si fertiles; et les Evcsques , si hautement eslevés en l'Eglise de Dieu , sont tout glacés. Ha ! ne se treuvera-il pas un soleil assés fort pour fondre celle qui me transit?
A mesme tems on m'apporta un recueil ^ de la vie et mort d'une sainte villageoise do mon Diocèse , laquelle estoit dccedée au mois de Juin. Que vouliés-vous que je pensasse là dessus? Je vous en envoyeray un jour un extrait ; car, sans mentir, il y a je ne sçay quoy de bon en cette petite histoire d'une femme mariée, et qui estoit, de sa grâce, de mes gi\indes amies , et m'avoit souvent recommandé à Dieu.
Je viens de parler pour vous à nostre Seigneur en la sainte Messe , ma très chère Fille ; et certes je n'ay pas osé luy demander absolument vostre délivrance; car, s'il luy plait d'escorcner l'oifrande qui luy doit estre présentée , ce n'est pas à moy de désirer qu'il ne le face pas : mais je l'ay conjuré et conjure, par cette si extrême dereliction par laquelle il sua le sang , et s'escria sur la Croix : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi/ m as-tu délaissé^ ? qu'il vous tienne tous-jours de sa sainte main , comme il a fait jusques à présent , bien que vous ne sachiés pas de quel costé il vous tient , ou au moins que vous ne le senties pas. Certes , vous ferés bien de regarder simplement nostre Seigneur crucifié, et de luy protester vôstre amour et absolue résignation, toute sèche, aride et insensible qu'elle est , sans vous amuser à considérer ni examiner vostre mal , non pas mesme pour me le dire.
En fin , nous sommes tout à Dieu , sans reserve , sans di-
» Voyez, à la suite de cette lettre, le Recueil ou récit dont il s'agit. «Dcus^ Deus meus, ut quid dereliquisti me ? Matlb , XXVJlj 46.
DE S. fllANÇOIS DE SALES. 185
vision , sans exception quelconque , et sans autre prétention que de l'honneur d'estre siens. Si nous avions un seul filet d'affection en nostre cœur qui ne fust pas à luy et de luy, ô Dieu ! nous l'arracherions tout soudainement. Demeurons donques en paix, et disons avec le grand amoureux de 1^ croix : Au demeurant, que nul ne me vienne inquiéter ; car, quant à moy, je porte en mon cœur les stigmates de mon Jésus ^. Ouy, ma très chère Fille , si nous sçavions un seul brin de nostre cœur qui ne fust pas marqué au coin du Crucifîx , nous ne le voudrions pas garder un seul moment. A quel propos s'inquiéter? Mon arne, espère en Dieu ; pourquoy eS'tu triste, et pourquoy me troubles- tu'^ ^ puis que Dieu es* mon Dieu , et que mon cœur est un cœur tout sien ? Ouy, ma très chère Fille, priés pour celuy qui incessamment vous souhaitte mille bénédictions , et la bénédiction des bénédictions, qui est son saint aaiour parfait.
XLYIII.