‹ Œuvres complétes Volume 10Chapitre 13 sur 79 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

LETTRL'

A M. l'aDBÉ de sainte- CATHERINE.

Eloge de madame de la Fiechère, à l'occasion de la mort de son mari; estime que le saint Evéque en faisoit.

An 1006.

J'appris hier au soir la nouvelle du decés de nostre hov M. de la Flechere. 0 Dieu! avec quelle ardeur sa chère vefve va sacrifier le sacrifice de toute justice à Dieu ! Quand je n'aurois que cette parfaite brebis en mon bercail, je ne peux me fascher d'estre le pasteur de cet afïligé diocèse. Apres nostre madame de Chantai, je ne sçai si j'ay fait rencontre d'une ame plus forte dans un corps femiuin, d'un esprit plus raysonnable et d'une humilité plus syncere. Je ne doute nullement, Monsieur mon cher confrère, que, passant si proche d'elle, vous n'alliés la visiter. Portés-luy l'asseurance que mes prières luy sont acquises pour le repos de l'ame de sm cher défunt, et pour sa consolation particulière, que je m'asseure estre toute en ces deux mots : Le nom de Dieu soit beny , et , sa volonté soit faite.

* Non enim judicavi me scire aliquid inter vos, nisi Jesum Christum, eî Ininc crucilîxum. I. Cor., II , 3.

- Tirée de la Vie de madame de la Fiechère , fondatrice du monastère oe liiUir.illy. C'est la 113e de la collection-Biaise.

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uv.

lettre'

A L N E DEMOISELLE

^ rexhnrte à conserver le dessein qu'elle avoit de se faire religieuce jus u'à

i\T„ 1 n 14 décembre 1606.

Madamoyselle ,

Ce m'est tous-jours bien de la consolation de scavoir que vostre cœur s'advance en Famour de nostre Seigneur, comme M. de N. m'en a asseuré, bien qu'il ne m'en ayt parlé qu'en bloc, ne m'ayant particularisé qu'un désir cjne vous avés d'estre Religieuse. Le désir est bon, sans doute; mais il faut que vous ne luy permettiés pas de vous inquiéter, puis que pour le présent vous ne le pouvés pas réduire en effect; si nostre Sauveur veut qu'il reiiscisse, il le procurera par des moyens convenables, qu'il sçayt, et que nous ne scavons pas encor.

Mais cependant faites bien la besoigne qui est devant vos yeux mamtenant; c'est a dire, continués à faire tout doucement vos exercices spirituelz ; rendes vostre esprit et vostre cœur cent fois le jour entre les mains de Dieu, luy recommandant vostre travail en toute sincérité; voyés quelles occasions vous rencontrés tous les jours pour servir sa divine Majesté, soit pour vostre advancement, soit pour celuy du prochain , et les employés fidèlement ; car, voyés-vous, ma Fille, vous pouvés beaucoup proffiter si vous aymés bien Dieu et sa gloire.

' C'est ia lU^ de la coIIection-Blaise, et la 73^ du livre VII des anciennet éUiuons-

Je sçay que rabandonnement de vostre père vous afflige ; mais répétés souvent et de cœur et de bouche la parole du Prophète : Mon père et ma mère m'ont délaissé, et le Seigneur m'a eslevé à soy *. C'est une croix , sans doute, à une fille , que d'estre ainsy abandonnée du secours des hommes; Biais c'est une croix très sainte, et qui est la plus propre pour gaigner plus entièrement Fainour de Dieu. Il faut avoir u:a grand courage en cet heureux amour divin, et une grande confiance sur l'asseurance que nous avons que jamais ce céleste Espoux ne manque aux âmes qui espèrent en luy.

Je vous envoyé à ce propos une petite croix au milieu de laquelle il y a une sainte Thecle martyre , à la veuë de laquelle image vous vous animerés à souffrir beaucoup pour Bostre Seigneur. Ce n'est pas pour eschange de vostre beau présent, mais seulement pour souvenance de l'amour affectionné que je porte à vostre ame en nostre Seigneur, auquel je vous prie de me recommander souvent, comme vostre 1res asseuré et bien humble en nostre sainte croix , etc.

LETTRE

A SAINTE JEANNE -FRANÇOISE DE CHANTAL

Souhaits de bénédiction pour la nouvelle année.

29 décembre 1G06.

Voyci, ma très chère Fille, cette année qui se va abysmer iaîîs le gouffre oii toutes les autres se sont jusques a présent

' Pater meus et mater mea dereliquerunt me : Dominus autem assumpsit JDC. Ps. XXVI, 10.

2 C'est la U5e de la collection-Biaise, et la lie du livre VII des aaeieiines ^^i lions.

DE S. l'ilA-Nr.Ul.S DE SALES. 2Ï%

aneanlies. 0 que reternité est désirable, au prix de ces mise* râbles et périssables vicissitudes ! Laissons couler le tems avec lequel nous nous escoulons petit a petit pour estre transformés en la gloire des enfans de Dieu.

C'est la dernière fois de cette année que je vous escris, ma chère Fille. Hé! que je vous souhaitte de bénédictions, et avec quelle ardeur! cela ne se peut dire. Helas! quand je pense que j'ay employé le tems de Dieu , je suis bien en peyne qu'il ne me veuille point donner son éternité , puis qu'il ne la veut donner qu'a ceux qui useront i>ien de son tems.

Il y a troys mois que je suis sans vos lettres, mais je croy que Dieu est avec vous; ce m'est assés : c'est luy que je vous désire uniquement. Je vous escris sans loysir, car ma chambre est pleine de gens qui me tirent : mais mon cœur est solitaire toutesfois, et plein de désir de vivre à jamais tout pour ce saint amour , qiîi est l'unique prétention de ce mesmecœur.

Au moins parmi ces jours sacrés, mille désirs m'ont saisy de vous donner le digne contentement que tant vous souhaittés de mon ame comme de la vostre mesme, en m'advançanl soigneusement à cette sainte perfection à laquelle vous aspirés, et pour laquelle vous respires en la faveur de ce cœiir,^ qui réciproquement vous souhaitte sans fin toute la plus hauta union avec Dieu qui se peut treuver yci bas. C'est l'uniqas ««lihait de celuy que Dieu vous a donné.

FRA^■çoIS , Evesque deGeneve»

214 M:iTRES spiRiTur:[-LEr.

LETTRE

A UNE DAME MARIÉE

Souhaits pour le nouvel an.

29 décembre ICOO,

Or SUS, qu'importe-il à vostre chère ame, ma très chère Fille, que je luy escrive d'un air ou d'un autre, puis qu'elle ne me demande rien que l'asseurance de ma chetifve santé , dû iaquelle je ne mérite que l'on ayt la moindre pensée du monde? mais je vous diray qu'elle est bonne, grâces à nostre Seigneur , et que j'espère qu'elle me servira ces bonnes festes pour prescher , comme elle a fait le reste de l'Advent ; et qu'ainsi nous achèverons cette année pour en recommencer une nouvelle.

ODieu! ma chère Fille, elles s'en vont, ces années, et courent à la file imperceptiblement les unes après les autres; et , endevuidant leur durée, elles devuideut nostre vie mortelle; et, se finissant, elles finissent nos jours. 0 que l'éternité est incomparablement plus ay niable , puis que sa dun'e tist sans fin , et que ses jours sont sans nuict, et ses contenlemens invariables !

Que puissiés-vous, ma très chère Fille, posséder cet adiiHrable bien de la sainte éternité en un si haut degré que je le vous souhaitte! Que de bonheur pour mon ame, si Dieu, luy faysant miséricorde , luy faysoit voir cette douceur ! Mais en attendant de voir nostre Seigneur glorifié, voyons-le des

^ r/est '-> ll6e de la collection-Biaise, et la l2e du livre VU des anciennes Édilions.

yeux de la foy tout humilié dans son petit berceau. Dieu soit à jamais au milieu de vostre cœur, ma très chère Fille. Amen. Vive Jésus.

LETTRE

DE S. FRANÇOIS DE SALES A UNE DAME Qu'iL APPELOIT SA 3IÈRE.

Pour le nouvel au.

30 (iécembre l G06.

Ma très chère Mère ,

Nous voyci maintenant a la lîn de l'année , et demain au commencement de la suivante. Faut-il pas louer Dieu de tant de grâces que nous avons receuës, et le supplier de respandre le sang de sa circoncision sur l'entrée de Tannée prochaine , afïïn que Fange exterminateur n'ayt point d'accès en icelle sur nous? Ainsy soit-il , ma très chère Mère, et que, par ces années passagères , nous puissions heureusement arriver à Tannée permanente de la très sainte éternité.

Employons donq bien ces petitz momens périssables a nous exercer en la sacrée douceur et humilité que l'enfant circoncis nous vient apprendre, afîin que nous ayons part aux effectz de son divin nom, lequel je ne cesse point d'invoquer sur vostre chère aine, ma très chère et très bonne Mère, a ce qu'il la remplisse de Todeur de son parfum , et avec elle celles de toutes les vostres. Je suis , toutes les années de ma vie, vostre, etc.

* C'est la 117* de la collection-Biaise, st la 13e du livre Vil des ancien«iet

LI 1 l MES SPll! ITUELLî::?

LVIIÎ.

lettre'

A MADAME LA PRÉSIDENTE BRULART

â Inl recommande l'éducation de sa jeune sœur, Jeanne de Sales, Conseils sur la communion.

Annecy, 30 janvier 1607.

Madame ,

Ma très chère seur et fille bien aymée , je m'en vay vous dire tout ce que je pourray le plus vistement et briefvement que je sçaurois; car je n'ay nul loysir , Thomme de M. de sainte Claire m'estant arrivé en un tems que je n'ay que ce soir pour escrire, je pense, vingt lettres. Il vous tarde que vous ne sachiés de mes nouvelles : mais je ne puis penser à quoy il tient que vous n'en ayés plus souvent , car j'escris a toutes occasions, et mon affection n'en laisse pas escouler mie seule qu'elle ne me violente pour l'employer.

La pauvre madame de sainte Claire et son mary m'escrivent combien d'asseurances charitables ilz reçoivent de vous : je m'«n resjouys en Dieu , pour l'amour duquel je les vous ay recommandés , et vous le serves.

M. vostre bon père m'escrit , qu'affin que ma petite seur n'oublie les exercices de dévotion, vous et Madame de Villers luy en faites des répétitions, et la conduises : la dessus je luy dis deux ou troys motz de joye , affin qu'il luy pîayse de le permettre; que s'il vous la remet pour l'avoir près de vous, je n'en seray que plus ay se, puis qu'elle ne sera moins auprès de luy, et sera plus près de vous et de Madamoyseile

1 Tirée du monastère de la Visitation de Saint-Denis. C'est la llSo de ia

«oUection-Blaise.

vostre fille , que je pense ne devoir estre guère plus eagée qu'elle. Vous voyés de quelle ceremoniej'use avec vous, car je ne fay rien qu'accepter.

Mais quant à vostre fille, Tay-je jamais veuë? Je croy que non, et qu'elle estoit avec la seur de M. vostre mary en un monastère pendant que j'estois à Dijon. Mais si je ne Fay pas veuë encor , je la voy en esprit , et l'honnore et chéris comme toute mienne, en celuy qui m'a rendu tout vostre et tout sien. Sa lettre ressent a vostre cœur, et m'a beaucoup consolé : si c'est celle-là de laquelle vous me demandiés de la communier, je puis bien dire qu'ouy, qu'elle est capable.

Madamoyselle Cotenod (Denyse) m'escrit de Paris, comme au chemin de Religion ; mais je ne sçai quelle Religion, ni où ce sera. Or deparDieusoit-il; néanmoins cela m'empeschera de luy faire responce, aussi bien n'en aura-elle pas besoin.

Vous me demandés si vous communierés deux jours l'un après l'autre, quand il arrive de grosses festes joignantes au jour ordinaire de vostre communion. Je vous avois dit que vous en fissiés selon l'advis de vos confesseurs ; mais puisqu'il ne sont pas d'accord, je vous diray , comme j'ay dit à nostre Madame de Chantai : Quand les festes seront grandes, nonobstant la communion ordinaire, il ne faut pas laisser de les célébrer par une communion extraordinaire ; car comme pourrons-nous bien célébrer une grande feste sans ce festin? Ce que je vous renvoyois à vos Confesseurs, c'est que je ne sçai pas clairement les particularités de vostre nécessité. Je sçai bien que vous en avés de fort capables la , et celuy des Carmelines, et aux Jésuites, et celuy de vostre paroisse.

Cette multitude de pensées qui tracassent vostre esprit ne doivent nullement estre attaquées; car quand auriés-vo)is achevé de les défaire l'une après l'autre? Il faut seulement, de tems en tems, je veux dire plusieurs et plusieurs fois le jour, les desmentir toutes ensemble, et les rejetter en gros,

2! s LETTRES SPIRITUELLES

et puis laisser Fennemy faire tant de fracas qu'il voudra à îa porte de vostre cœur; car, pourveu qu'il n'entre point, il n'importe. Demeurés donc en paix parmi la guerre, et no vous troublés point; car Dieu est pour vous. Je le supplie qu'il vous rende toute à luy et pour luy. Amen. Je suis, sans fm et à jamais, vostre frère et serviteur plus humble.

Vous avés rayson de vous accuser de la superfluité et excès dont vous usés à toutes les compaignies; mais apportés-y donq de la modération , et voyés de garder cette règle : c'est que vous traictiés en sorte, qu'eu esgard à vostre qualité et de ceux que vous traictés, vous ne faciès pas comme les moins libéraux et magnifiques de vostre condition, ni aussi comme les plus magnifiques et libéraux. Je suis enclin à ce vice-la , mais je m'en garde fort exactement : il est vray que les règles eccb^siastiques m'y servent de loy et de garant.

LETTRE '

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