A UNE SUPÉRIEURE
Le Saint lui peint les douceurs de la vie du cloître, et l'encourage à persévérer dans ses bonnes résolutions.
Le 13 septembre, veille de l'exaltation de la très-sainte Croix.
( Le commencement manque )
un cœur de longue haleyne a la poursuite de vostre saint project; ouy, ma Fille, il le fera luy mesme, car il désire de pouvoir dire de vostre religion , c'est un jardin fermé , une fontaine scellée ; y a-il rien de si doux que de ne voir guère de terre et beaucoup de ciel? Mais souvenés vous que je parle d'une clausure très douce, comme celle des Chartreux, et vous jugerés aussi-tost qu'elle est faysable, pour peu qu'on y veuille employer de loysir , d'industrie , de prière.
Je Youdrois bien sçavoir tout nettement ce que je dois espérer de l'assistance de M. Viardot près des Pères Jésuites pour vostre Mayson
Or bien , la gloire de Dieu soit faite. Pour moy, ma Fille,
* Communiquée par M. Jules Fontaine, bibliographe. C'est la 20* des nouvelles lettres inédites de la collection-Biaise, Il semble par l'offre que saint François y témoigne que lui faisoit madame de Chantai de faire passer ses lettres par Autun, que cette lettre a été écrite à une époque où la sainte ba" ronne étoit encore dans le monde, et par conséquent avant 1610.
tant que je vivray et que mes forces se pourront estendre au travers de cette distance de lieux en laquelle il nous faut vivre, je n'abandonneray jamais l'entreprise de servir vostrè chère ame et tout vostre monastère. Quand vous ne le voudriés pas, encor pensés que je me desguiserois pour, sous la personne d'un autre, vous rendre le service auquel je ma sens attaché par la main de N. S. Ce me seroit pourtant de la consolation ae vous voir assistée de quelqu'un qui fust propre a vostre dessein , et qui par la veuë et présence sçeust mieux juger des particulières convenances que je seau roi s faire de si loing. Vous exclamés de désir de me revoir; mais, croyés-moy, ma Fille, mon cœur en pousse des clameurs bien fortes devant Dieu; s'il les exauce, sans doute je vous reverray plus tost que les circonstances de ma charge ne me le promettent pas. Nous parlons de la clausure, mais j'y suis bien à bon escïp'it , et nos montaignes sont les murailles de mon monastère, et la malice de nostre eage sert de portier, qui m'empesche de sortir. Mais laissons-nous aller à la providence de Dieu , qui sçait ce qui est mieux. Non, ma Fille , demeurés ferme, mais je vous l'ordonne au nom de nostre maistre ; demeurés ferme a ne point dire vos heures ni l'office tant que les médecins vous diront que le récit vous seroit dommageable; vous ne laisserés pas, je m'asseure, de faire exhaler de vostre cœur mille parfums de courtes, mais ardantes prières , aux pies de Jesus-Christ crucifié , qui doit estre l'ordinaire object de vos pensées en ce saint tems de vos tribulations. Le feu , si on l'applique , servira bien a cet effect, car il fera monter vos affections , comme l'encens s'es-
leve a mesure qu'il s(î consomme ici bas ; mais
J'escriray à vos jeunes filles comme vous désirés, mais je ne sçay quelle inscription mettre au dessus de la lettre. Je vous l'envoyeray en blanc, et vous l'y ferés mettre telle que vous jugerés. Par ci après vous pourrés me faire escrire tant que vous voudrés par l'entremise de madame de Chantai ,
mn a treuvé une voye fort aysée a Aoustum , par laquelle je TOUS escnray aussi le plus que je pourray . Je ne retiens vostre homme qu'un seul jour , tant je désire de vous. . . . Tasseurance que vous désirés de machestive et inutile santé, eï de tout ce qui est a vous de deçà.
Courage , ma Fille , courage ; a quoy sert-il de desguiser nostre bonheur? Non sans doute, Dieu nous donne des grandes conjectures qu'il est nostre, et que nous serons uu jour du tout a luy. Ce bon succès du commencement de nostre reformation, ces bons désirs, ces bonnes affections a la poursuite de la vertu, ces feux, ces fers, ces lilz de douleurs, celte jambe boiteuse, ces contradictions, que pensés-vous que soit tout cela? Marques de Tamour de Dieu , signes de son bon plaisir en nous. Il niche sur Taubespine de nos affections. Nous voyla revestus de ses saintes livrées, soyons fidèles jusque» a la mort , il nous couronnera sans doute.
Oui , ma Fille , je prieray incessamment sa bonté qu'elle soit auprès de vous, et vous tienne de sa main , atFin que rien ne vous esbranle. J'ay confiance en sa miséricorde qu'il nous l'accordera. Jésus soit vostre cœur, son cœur soit vostre courage, son courage vostre force, et sa force vostre secours. Amen,
Je suis, ma chère Fille , plus vostre que mien, vostre au« tant que vous mesme, puisque celuy qui vous a donné à vous mesme m'a rendu vostre F.
Au bas :
J'escris un billet de salutation a madame de Chantai vostre sœur si affectionnée ; elle l'aura par commodité , car il n'y a rien qui presse.
2o8 LETTRES SPIRITUELLES
LXXYI.