‹ Œuvres complétes Volume 10Chapitre 18 sur 79 · H/VA,^W*>A · texte numérisé non relu

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LETTRE''

A UNE DAME

Consolations pour une personne qui étoit contrainte, par son service à la coui d'une dame, de quitter une partie de ses exercices de piété, et de se priver de quelques secours spirituels. Au défaut des secours extérieurs, l3ieu en substitue d'intérieurs. Comment elle peut suppléer à ce qui lui manque.

Annecy, 27 septembre 1 607.

Mjidame ,

Tî n'<\st nullement besoin de faire des excuses et cérémonies pour m'escrire ; car vos lettres me cmsolent bien fort en nostre- Seigneur, pour lequel je vous ayme sincèrement.

Je voy que vous avés de l'appréhension de vous ranger au chasteau, d'autant que vous serés privée des commodités que vous aviés de servir Dieu par la hantise du Collège des Jésuites : Je vous en sçai vrayement bon gré ; mais si faut-il que vous ne perdiés point courage pour cela. Car, encor que vous n'aurés pas tant d'ayde extérieure, si est-ce que, tenant tous-jours vos désirs et resolutions d'estre toute a Dieu bien vifs et formés en vostre ame , le saint Esprit vous consolera par une secrette assistance qui suppléera aux exercices que vous laissés, puis que vous ne les laissés que pour l'honneur et la gloire de cette mesme divine bonté.

Je pense que vos communions vous seront permises , car je ne voy pas que cela vous puisse estre refusé. Vous pour^ rés bien avoir une demy heure chaque jour pour vostre orayson mentale , outre la prière d'appareil qui se fait avec Ma-

1 Tirée des Œuvres du Saint, Paris, 1663, 2 vol. in-foL, toin, ÏI, pag. 404. «Tcfit la 138e de la collection-Blaioé.

dame : avec cela vous pouvés justement vous contenter, et suppléer le manquement des autres exercices par des fréquentes et ferventes oraysons jaculatoires, ou eslancemens d'esprit en Dieu, et les sermons par une dévote et attentive lecture de bons livres.

Au demeurant , d'estre sujette et vivre en compaignie , vous donnera mille sujetz de vous bien mortifier, et rompre vostre volonté , qui n'est pas un petit moyen de perfection , si vous l'employés avec humilité et douceur de cœur. Ce doivent estre vos deux chères vertus, puis que nostre Seigneur les a tant recommandées ; et la troysieme, une grande pureté du mesme cœur ; et la quatrième , une grande syncerité en vos paroles, sur tout en vos confessions.

Nulle compaignie, nulle sujettion ne vous peut empesclier de parler souvent avec nostre Seigneur, ses Anges et ses Saintz , ni d'aller souvent parmi les rues de la Jérusalem ce^ leste , ni d'escouter les Sermons intérieurs de Jesus-Christ et de vostre bon Ange, ni de communier tous les jours en esprit. Faites donq avecgayeté de cœur tout cela; et de mon costé, en correspondant a la confiance que vous avés en moy, je prieray sa divine Majesté qu'elle vous remplisse des grâces de son saint Esprit, et vous rende de plus en plus uniquement sienne.

Vostre bien humble et très afi'ectionné en nostre Seigneur,

François, Evesque de Genevfî.

LETTRE

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