‹ Œuvres complétes Volume 10Chapitre 2 sur 79 · A UNE TANTE · texte numérisé non relu

A UNE TANTE

Consolations à une de ses tantes sur la mort de son mari. Le bon plaisir divin, bien envisagé, est Tunique consolation des affligés. La bonne vie est un heureux présage de salut. La perfection des vraies amitiés ne se trouve que dans le paradis.

A Annecy, le i:^ mars 1003.

Madame ma Tante ,

Si je ne sçavois que vostre vertu vous peut donner îes consolations et resolutions nécessaires à supporter avec (m courage chrestien la perte que vous avés faite , je m'essayerois à vous en présenter quelques raysons par cette lettre ; et , s'il estoit requis, je vous les porterois moy-mesme. Mais j'e.<itime que vous avés tant de charité et de crainte de Dieu, que,

* Tuus sum ego, salvmn me fac. Ps. CXVIII, 94.

» CcùL la 4Ge de la collection-Biaise^ et lu 77* du liv. V des anciennes édiu

iO LE ilKES SPIRITUELLES

voyant ron bon playsir et sainte volonté, vous vousy accommodérés, et addoucirés vostre desplaysir par la considération du mal de ce monde, qui est si misérable que , si ce n'estoit nostre fra2:ilité , nous devrions plustost lotier Dieu quand il en oste nos amis, que non pas nous en fascher : aussi bien faut-il que tous , les uns après les autres , nous en sortions selon l'ordre qui est estably ; et les premiers ne s'en treuvent que mieux quand ilz ont vescu avec soin de leur salut et de leur ame , comme a fait Monsieur mon Oncle et mon aisné , duquel la conversation a esté si douce et si utile à tous ses amis, que nous, qui avons esté de ses plus familiers et intimes, ne sçaurions nous empescher d'avoir beaucoup de regret de la séparation qui s'en est faite ; et ce desplaysir ne nous est pas défendu , pourveu que nous le modérions par l'espérance que nous avons de ne demeurer guieres séparés , mais que dans peu de teins nous le suy vrons au ciel , lieu de nostre repos, Dieu nous en faysant la grâce. Ce sera là où nous accomplirons et parferons sans fin les bonnes et chrestiennes amitiés , que nous n'avons fait que commencer en en monde. C'est la principale pensée que nos amis decedés requièrent de nous, en laquelle je vous supplie de vous entretenir, laissant les desmesurées tristesses pour les espritz qui n'ont pas de telles espérances. Cependant, Madame ma Tante, j'ay tant d'affection à la mémoire de nostre défunt et à vostre service, que vous accroistrés infiniment l'obligation que j'ay, si vous me faites l'honneur de me commander avec toute liberté , et de m'employer en grande asseurance. Faites-le, je vous supplie de tout mon cœur; et je prie nostre Seigneiu' qu'il accroisse en vous ses saintes consolations, et vous comLii) des grâces que vous souhait te ,

Madame ma Tciiiie,

Votre tres-humble nepveu et tres-afiectionné serviteur,

F. E. de Genève.

DE S. FRANÇOIS DE SALES. Il

LETTRE

Dijon, vers avril 1604.

Madame ,

Dieu , ce me semble , m'a donné à vous; je m'en asseure à toutes les heures d'avantage. Je prie la bonté divine de nous mettre souvent ensemble dans les sacrées playes de Jesus-Christ , et de nous y faire rendre la vie que nous en avons recenë. Je vous recommande à vostre bon Ange : faitesen autant pour moy , qui vous suis dédié en Jesus-Christ.

François , Ev. de Genève.

LETTRE-

A MADAME ROSE BOURGEOIS > ABRESSE DU PUIIS-d'oRBE.

Motifs de consolation dans les soutlVances corporelles. Avis touchant les importunités des tentations. Traité abrégé ou exposition de la paix de lame et de la pratique de l'humilité.

Après le l8 avril 1604.

Ma très chère Seur, Yoyci le grand mot qui me rend si absolument \ostre : c'est Dieu qui le veut , et je n'en doute nullement. Il n'y a

* Tirée de la Vie du Saint, écrite par M. le Curé de Saint-Sulpice.

« C'est la W de la coileciioa- Biaise, et la 48» du livre V des ancienu*^

éditions.

j2 LETTliES bPIlurUELLES

point Je meilleur tiltre que celuy-là en tout le monde. Vous aurés des-ja sceu toutes les nouvelles de maguerison, laquelle est si entière, que j'ay presché le Caresme tout entièrement. Mon mal aussi fut peu de chose, ce me semble; mais les médecins qui croyoient que j'estois empoisonné, donnèrent tant de crainte à ceux qui m'ayment, qu'il leur estoit advis que je leur eschappois des mains. Tout au sortir du lit je vous escrivis , et m'asseure que vous avés la lettre. Depuis encor vous ay-je escrit, mais parmi la presse d'un monde d'affaires qui m'empescherent de vous beaucoup entretenir , comme j'eusse beaucoup désiré de faire , ne me manquant jamais le sujet, pour l'extrême contentement que j'y prens.

Non seulement vostre laquais, mais Monsieur nostre bon et cher Père m'a fait sçavoir combien de maux vous avés souffertz , et de quelle sorte luy en est compassionné. Nostre Seigneur en soit bénit î voyla le chemin du Ciel le plus asseuré et le plus royal; et , à ce que j'entens, vous estes pour y demeurer quelque tems, puys que, à ce que m'escrit nostre bon père, vous estes encor es mains des Médecins et Chirurgiens. J'ay sans doute une extrême compassion à vos souffrances, et les recommande souvent à nostre Seigneur, affin qu'il vous les rende utiles , et qu'au sortir d'icelles on puis-e dire de vous, comme il fut dit du bon homme Job : En toutes choses il ne "pécha onques , mais il esjoera en son Dieu ^

Courage, ma bonne Seur, ma bonne Fille; voyés vostre Espoux , vostre Roy, comme il est couronné d'espines et tout deschiré sur la Croix, en sorte que l'on pouvoit commer tous ses os *»

Considérés que la couronne de l'espouse ne doit pas estre plus douce que celle de l'Espoux ; et si on l'a tellement des-

» la omnibus his non peccavit Job labiis suis. Jol>, I, i:i. * Fodriuiit manus meas et pedes meos; dinu'.neraYeiuut omiiia ossa niea. Ps. XXI, 18o

DE S. FKAMÇOIS DE SALES. i3

charné , qu'on ayt peu compter tous ses os, il est bien «mjsonnable qu'on en voye Fun des vostres. Comme la rose est entre les espines *, ainsy ma hien-aimée est entre les filles -. C'est le lieu naturel de cette fleur, c'est le plus propre a:issi de rUspoux. Acceptés mille fois le jour cette Croix, et la baysés de bon cœur, pour l'amour de celuy qui vous Teiîvoye. C'est sans doute qu'il vous l'envoyé par amour, et comme un riche présent. Representés-vous souventesiois le Sauveur crucifié tout vis à vis de vous, et pensés qui soutire plus de Tan ou de l'autre, et vou s treuverésvostre mal beaucoup moindre. Mon Dieu! que vous serés éternellement heureuse , si voiis souffres pour Dieu ce peu de maux qu'il vous envoyé !

Vous ne vous abuserés point en vous imaginant que je suis près de vous en ces tribulations : je le suis de cœur et d'affection , ç^i prononce souvent devant vostre espoux vos souffrances et travaux ^ , et en sens une grande consolation. Mais, ma chère Fille, ayés confiance, soyés ferme : Si vous croijcs, vous verres la gloire de Dieu *. Que pensés-vous que soit le lit de la tiibulation? Ce n'est autre chose que l'eschole de l'humilité : nous y apprenons nos misères et foiblesses, et combien nous sommes vains, sensibles et infirmes. Et bien, ma très chère Fille, sur ce lit là vous avés descouvert les imperfections de vostre ame. Et pourquoy, je vous prie, plustost là qu'ailleurs, sinon parce qu'ailleurs elles demeurent dedans l'ame , et là elles sortent dehors? L'agitation de la mer esmeut tellement les humeurs, que ceux qui entrent sur icelle pensant n'en avoir point , ayant un peu vogué , coii-

' C'est une allusion que fait le Saint au nom de l'abbesse, qui s'appeloit Rose.

2 Sicut lilium inter spinas, sic arnica mea inter lîlias. Canl., II, 2.

3 Effun/lo in conspectu ejus orationem meam, et tribulalioneni meam ant€ ipsum pronunlio. Ps. CXU, 3.

Pronuntio, je prononce, c'est-à-dire, j'expose, je représente. ♦ Si credideris, videbis gloriam Dci. Joan.. XI, 40.

I 4 LFii IKl-S SPir.ITUELLS:^

noissent bien qu'ilz en sont pleins, par les convtilslons et vomissemens que ce branle desreglé leur excite. C'est un des grans profitz de l'affliction , que de nous faire voir le fond de nostre néant , et de faire sortir au-dessus la crasse de nos mauvaises inclinations. xMais quoy! pour cela faut-il se troubler, ma chère Fille? non sans doute : c'est Ihors qu'il faut esmonder et espurer davantage nostre esprit, et se servir avec plus de force de la confession que jamais.

Cette inquiétude d'importance, et d'autres inquiétudes dont vous avés esté assaillie , et qui vous ont laissé de lapeyne en l'esprit, ne m'estonnent point, puys qu'il n'y a rien de pis. Ne vous troublés donq point , ma fille bien-aymée. Se fautil laisser emporter au courant et à la tourmente? Laissés enrager l'ennemy à la porte ; qu'il heurte, qu'il bucque, qull crie, qu'il hurle , et face du pis qu'il pourra : nous sommes asseurés qu'il ne sçauroit entrer dans nostre ame que- par la porte de nostre consentement. Tenons-la bien fermée, et voyons souvent si elle n'est pas bien close ; et de tout le reste ne nous en soucions point, car il n'y a rien à craindre.

Yous me demandés que je vous envoyé quelque chose touchant la paix de Famé et l'humilité : je le ferois volontiers, ma très chère Fille , mais je ne sçay si je le sçauray faire en si peu de loysir, comme j'ay à vous rescrire. En voyci trois ou quatre motz , ma Fille bien-aymée. C'est par une inspiration divine que vous m'interroges de la paix de l'ame et de l'humilité ensemblement ; car c'est bien la vérité mie l'une ne peut estre sans l'autre.

Rien ne nous trouble que l'amour propre et l'estime que nous faysons de nous-mesmes. Si nous n'avons pas les tendretés ou attendrissemens de cœur, les goustz et senlimens en Forayson, les suavités intérieures en la méditation, nous voyla en tristesse : si nous avons quelques difficultés à h'inw faire , si quelque difficulté s'oppose à nos justes desseins, nous voyla empressés à vaincre tout cela et nous en dcsiaiie

DE S. FKANÇOTS DE SALES. 1d

avec de rinquietude. Pourquoy tout cela? Parce que sans douie nous aymons nos consolations, nos ayses, nos commodités. Nous voudrions prier dans l'eau de naffe * , et estre vertueux à manger du succre; et nous ne regardons point au doux Jésus, qui, prosterné eii terre, sue sang et eau de destresse"^ pour Fextreme combat qu'il sent, eu son intérieur, entre les affections de la partie inférieure de son ame et les resolutions de la supérieure.

L'amour propre est donq une des sources de nos inquiétudes : l'autre est l'estime que nous faysons de nous-mesmes. Que veut dire que , s'il nous arrive quelque imperfection ou péché, nous sommes estonnés, troublés et impatiens? Sans doute , c'est que nous pensions estre quelque chose de bon , résolu et solide; et partant, quand nous voyons par efFect qu'il n'en est rien , et que nous avons donné du nez en terre, nous sommes trompés, et par conséquent troublés, offensés et inquiétés. Que si nous sçavions bien qui nous sommes, au lieu d'estre esbahis de nous voir à terre, nous nous estonnerions comment nous pouvons demeurer debout. C'est ia l'autre source de nostre inquiétude : nous ne voulons que des consolations , et nous nous estonnons de reconnoistre et toucher au doigt nostre misère, nostre néant et nostre imbécillité.

Faysons troys choses , ma très chère Fille , et nous aurons la paix. Ayons une intention bien pure de vouloir en toutes choses l'honneur de Dieu et sa gloire : faysons le peu que nous pourrons pour cette fin là, selon l'advis de nostre père spirituel; et laissons à Dieu tout le soin du reste. Qui a Dieu pour objet de ses intentions , et qui fait ce qu'il peut, pourquoy se tourmente-il ? pourquoy se trouble-il ? qu'a-il à

> Veau de naffe est une eau de senteur que quelques-uns prennent psur Veau de fleurs d'orange ou de fleurs de citron.

2 Jésus factus in agoniâ prolixiùs orabat , et factus est sudor ejus sicut guttœ sanguinis decurreutis in tcrram. Luc, XXII, 43 et 44.

*6 LETTRES SPTRITl)r.TJ,ïïS

craindre ? Non , non, Dieu n'est pas si terrible à ceux qu'il ayme ; il se contente de peu, car il sçayt bien que nous n'avons pas beaucoup.

Et saches, ma chère Fille, que nostre Seigneur est appelle Prince de paix en l'Escriture, et que partant , par tout où il est maistre absolu, il tient tout en paix. Il est vray néanmoins qu'avant que de mettre la paix en un lieu , ily faii la guerre, séparant le cœur et l'ame de ses plus chères, fairûlieres et ordinaires affections, comme sont l'amour desmesnré de soy-mesme, la confiance desoy-mesme, la complaysance en soy-mesme, et semblables telles affections. Or, quand nostre Seigneur nous sépare de cms passions si mignonnes et si chéries, il semble qu'il escorche le cœur tout vif, et l'on a des sentimens très aigres; on ne peut presque qu'on ne d-sbatte de toute l'ame , parce que cette séparation est sensible.

Mais tout ce desbattement d'esprit n'est pourtant pas sans paix, Ihors qu'en fin accablés de cette destresse, nous ne laissons pas pour cela de tenir nosire volonté resignée en celle de nostre Seigneur, et la tenons là clouée sur ce divin bon playsir ; ni ne laissons nullement nos charges et l'exercice d'icelles, mais les exécutons courageusement. Dequoy nostre Seigneur nous donna l'exemple au Jardin ; car, tout accablé d'amertumeinterieure et extérieure, tout son cœur so resigna doucement à son Père et en sa divine volonté, disant : Mais vostre volonté soit faite, et non la ?nien?ie M et ne laissa pour toutes ses angoisses de venir troys fois voir ses disciples et les admonester. C'est bien estre Prince de paix, que d'estre en paix parmi la guerre, et vivre en douceur parmi les amerlûmes.

De cecy je désire que vous tiriés ces resolutions. La première , c'est que bien souvent nous estimons avoir perdu la paix, parce que nous sommes en amertume; et néanmoins

* Non mea voluntas, sed tua liât. Luc^ XXII, 42.

nous ne Tavons pas perdue pourtant : ce que nous connoissons , si pour ramerUime nous ne laissons pas de renoncer à nous-mesmes et vouloir despendre du bon playsir de Dieu , et nous ne laissons pas pour cela d'exécuter la charge en laquelle nous sommes.

La seconde, c'est qu'il est force que nous souffrions de rennuy intérieur, quand Dieu arrache la dernière peau du vieil homme pour le renouveller en l'homme nouveau, qui est créé selon Dieu * ; et partant, nous ne devons nullement nous troubler de cela , ni estimer que nous soyons en la disgrâce de nostre Seigneur.

La troysieme, c'est que toutes les pensées qui nous rendent de l'inquiétude et agitation d'esprit ne sont nullement de Dieu , qui est Prince de paix : ce sont donq des tentations de l'ennerny, et partant, il les faut rejetter et n'en tenir compte.

Il faut en tout et par tout vivre paysiblement. Nous arriveil de la peyne, ou interienro, ou extérieure, il la faut recevoir paysiblement. Nous arrive-il de la joye , il la faut recevoir paysiblement , sans pour cela tressaillir. Faut-il fuir le mal, il faut que ce soit paysiblement, sans nous troubler; car autrement en fuyant nous pourrions tomber, et donner loysir à l'ennerny de nous tuer. Faut-il faire du bien , il le faut faire paysiblement; autrement nous ferions beaucoup do fautes en nous empressant : jusque mesme à la pénitence , il la faut faire paysiblement. Voicy , disoit ce pénitent ^, que ma très amere amertume est en paix.

Lises , ma bonne fille , les chapitres 15, 16 et 17 du Combat spirituel , et les adjoustés à ce que j'ay dit; et pour le présent cela suffira. Si j'avois icy mes papiers , je vous envoyerois un traitté que je lis à Paris pour ce sujet, en faveur

* Induite novum hominem , qui secundùm Deum creatus est in juslilià et «anctitate veritatis. Ephes., IV, 24.

• Ecce in pace amaritudo mea amarissima. [saie, XXXVIII, M

l8 LF.TTP.ES SPTRITUFTXES

.l'une fille spiritiK lie, et Religieii^^e criin digne Monastère, qui en ivoit besoin et pour soy et pour les autres. Si je le treuve , à la première fois je vous î'envoyeray.

Quant à riiumilité, je n'en veux guère dire ; ains seulement que vostre chère seur de N. vous communique ce que je luy en ay escrit. Lises bien ce que la niere Thérèse en a dit au Chemin de 'perfection \ L'humilité fait que nous ne nous troublons pas de nos imperfections, nous resouvenant do celles d'autruy; car pourquoy serions-nous plusparfaitz que les autres? et, tout de mesme, que nous ne nous troublons point de celles d'autruy , nous resouvenant des nostres : car pourquoy treuverons-nous estrange que les autres ayent des imperfections, puis que nous en avons bien? L'humilité rend nostre cœur doux à l'endroit des parfailz et des imparfaitz , à l'endroit de ceux-là par révérence , à l'endroit de ceux-cy par compassion. L'humilité nous fait recevoir les peynes doucement, sachant que nous les méritons ; et les biens avec révérence , sachant que nous ne les méritons pas. Et , quant à l'extérieur, j'appreuverois que tous les jours vousfîssiés quelque acte d'humilité, ou de paroles ou d'effect ; j'entens de paroles qui sortent du cœur; de paroles, comme vous humiliant à une inférieure; d'effect, comme faysant quelque moindre office ou service , ou de la mayson ou des particulières.

Ne vous faschés pas de demeurer au lict sans méditation; car endurer les verges de nostre Seigneur n'est pas un moindre bien que méditer. Non, sans doute; car il est mieux d'estre sur la Croix avec nostre Seigneur, que delà regarder seulement. Mais je sçai bien que là, dessus le lict, vous jettes mille fois le jour vostre cœur es mains de Dieu, et c'est assés. Obéisses bien aux Médecins ; et quand ilz vous défendront Quelque exercice, ou de jeusne, ou d'orayson mentale, vocale, ou mesme d'Office, hormis la jaculatoire, je vous

^ C'est un livre que sainte Thérèse a composé.

prie, tant que je puis et par le respect et par Tamour que vous me voulés porter , d'estre fort obéissante ; car Dis^a Fa ainsy ordonné. Quand vous serés guérie et bien fortifiée, reprenés tout bellement vostre cbemin, et vous vprrés que nous irons bien loin, Dieu aydant; car nous irons où le monde ne peut atteindre, hors ses limites et confins.

Ma chère Fille, vous m'escrivés que vous estes par tout la cadette; mais vous vous trompés, les fruitz que j'espère de vous estant plus grands que de nulle autre. Croyés, je vous supplie, que je n'ay rien plus à cœur que vostre advancement devant Dieu; et, si mon sang y estoit utile, vous verriés bien en quel rang je vous tiens. Je laisse à part l'extrême confiance que vous avés en moy , qui m'oblige avec un extrême zèle à vostre bien. Vous voudriés, ce me dites-vous, m'envoyer vostre cœur. Croyés que je le verrois de bon œil ; car je l'ayme tendrement, et me semble qu'il est bon, puis qu'il est voué à nostre Seigneur. Mais vous sçavés le rendés-vous de nos cœurs : là ilz se peuvent voir les uns les autres malç gré la distance des lieux.

Parlés à ce bon père, dont je vous ay parlé , de vostre intérieur : il aura assés de conformité avec moy , et moy avec luy , pour ne point distraire vostre esprit à la diversité des chemins , laquelle aussi luy seroit fort nuisible. Bref, recevés-le comme un autre moy-mesme. Mais avec cela je vous prie de faire en sorte que cet autre bon Père, qui a désiré de vous ayder , ne puisse pas reconnoistre que vous ne le goustés pas , parce qu'à Fad venir il sera utile pour estre employé à Fœuvjre que vous et moy desirons , pour obtenir quelque chose du saint Père.

Mais que ce mot icy ne vous eschauffe point , car il faut sur tout aller bellement et pied à pied ; Fedifîce en s^ra plus ferme. Et ne faut nullement donner aucune alarme de rien qui se passe , affin que les bénédictions du Ciel viennent en nostre terre comme la rosée sur l'iierbe , que l'on voit de-

scendre avant que de s'en appercevoir; et ainsy faut-il conduire imperceptiblement tout vostre dessein jnsrfiies au comble de sa perfection. Et courage, ma chère et >,;.i'-aymée fille ; Dieu nous en fera la grâce. Quant à cet trjtrt- bon Père, j'appreuve que vous Fouyés et l'escoutiés, et (prencor vous vous prevaliés de ses conseilz en les exécutant; mais non en ce qu'ilz se treuveront contraires aux projetzque nous avons faitz de suivre en tout et par tout Pesprit de suavité et de douceur , et de penser plus à l'intérieur des âmes qu'à l'extérieur. Mais en tout vous devés participer avec moy , puis que je suis vostre chetif Père.

Non, ma chère Fille , je n'ay jamais creu qu'il fust à propos que les Religieuses eussent aucune chose en particulier , tant qu'il sera possible; mais je peux avoir dit que, tant que les Supérieures le permettent, les partïculieres peuvent user de cette liberté là avec préparation d'esprit de tout quitter et mettre en commun quand les Supérieures l'ordonneront. C'est pourquoy il est expédient d'oster peu à peu les particularités , et de rendre les nécessités et les commodités communes et esgales entre les Seurs, et ainsy faire manquer les farines d'Egypte avec la manne tombée dans vostre désert.

Ma mère, qui vous offre tout son service, et celuy de tous les siens, continue au désir qu'elle avoit d'avoir Fhonneur de voir ma seur auprès de vous. C'est une de ses grandes passions et des miennes : Dieu veuille que ce soit avec autant de vostre consentement.

Il n'estoit ja besoin de me faire des excuses de la lettre ouverte ; car mon propre cœur voudroit estre ouvert devant vos yeux , si ses imperfections et imbécillités ne vous donnoyent trop d'ennuy. Vives , je vous supplie , avec mfy , en toute asseurance; et croyés que je ne désire rien tant que de vous voir avec un esprit tout plein de charité, laquelle est toute franche et saintement libre. Et pourquoy dis-je cecy?

parce qu'il me semble que vous avés quelque appréhension de m'offenser. Je ne suis nullement tendre et douillet en cet endroit, et particulièrement avec lésâmes, Famitié desquelle.s est enracinée sur le mont de Calvaire avec la Croix de nostre Seigneur.

J'escris à celle de vos filles que vous désirés , le plus pro^ prement que j'ay sceu pour son mal. 0 ! que nostre S. Bernard dit divinement bien que l'office de la charge des âmes ne regarde pas les âmes fortes! car celles-là vont à leur propre pied ; mais il regarde les âmes foibles et languissantes, lesquelles il faut porter et supporter sur les espaules de la charité, laquelle est toute-puissante. La pauvrette est de la seconde sorte , languissante sous les melancholies et embarrassemens Je diversité de foiblesse, qui semblent accablef fia vertu. Il faut l'ayder tant qu'on pourra, et laisser le re'^^à Dieu. Je ne finirois jamais de vous escrire, si je suivois ©on inclination pleine d'affection. Mais c'est assés : la Messe m'appelle , où je vay présenter nostre Seigneur à son Père pour vous , ma très chère Fille, et pour toute vostre mayson, pour obtenir de sa divine bonté son saint Esprit, qui addresse toutes vos actions et affections à sa gloire et pour vostre salut. Je ]e supplie qu'il vous préserve des vaines tristesses et inquiétudes, et qu'il se repose en vostre cœur, affîn que vostre cœur se repose en luy. Ameu.

A SAINTE JEÂNNE-ERANÇOISE DE CHANTAL.

Devoirs des veuves relativ , /lent à leur salut: moyens de parvenir à ce but.

Annecy, le jour de la sainte Croix , 3 mai 1604. Madanre , C'est tous-jours pour vous asseurer d'avantage que j'observeray soigneusement la promesse que je vous ay faite de vous escrire le plus souvent que je pourray. Plus je me suis esloigné de vous selon l'extérieur, plus me sens-je joint et lié selon l'intérieur, et ne cesseray jamais de prier nostre bon Dieu qu'il ) y playse de parfaire en vous son saiut ouvrage, c'est à dire .e bon désir et dessein de parvenir à la perfection de la vie chrestienne : désir lequel vous devés chérir et nourrir tendrement en vostre cœur, comme unebesoigne du saint Esprit , et une estincelle de son feu divin. J'ay veu un arbre planté parle bienheureux S. Dominique à Rome ; chacun k va voir et chérit pour l'amour du planteur : c'est pourquoi ayant veu en vous l'arbre du désir de sainteté , que nostr« Seigneur a planté en vostre ame, je le chéris tendrement, et prens playsir à le considérer plus maintenant qu'en présence ; et je vous exhorte d'en faire de mesme , et de dire avec moy : Dieu vous croisse, ô bel arbre planté ! divine semence céleste, Dieu vous veuille faire produire vostre fruit à mt^.urité; et Ihors que vous l'aurés produit, Dieu vous veuille garder du vent qui fait tomber les fruitz en terre , où les

» C'est la 57* de la collection-Biaise, et la 100* du livre IV des ancr^niiea idilions.

DE S. FRAiNÇOlS DÇ. SÂLF.S. 23

Lestes vilaines les vont manger. Madame , ce désir doit estre en vous comme les orangers de la coste maritime de Oennes, qui sont presque toute Tannée chargés de fruitz , de fleurs et de feuilles tout ensemble; car vostre désir doit tous-jours fructifier par les occasions qui se présentent d'en effectuer quelque partie tous les jours, et néanmoins il ne doit jamais cesser de souhaitter des objetz etsujetz de passer plus avant : et ces souliaitz sont des fleurs de l'arbre de vostre dessein ; les feuilles seront les fréquentes connoissances de vostre imbécillité , qui conserve et les bonnes œuvres et les bons desirs : c'est là l'une des colomnes de vostre tabernacle; l'autre est l'amour de vostre viduité, amour saint et désirable, pour autant de raysons qu'il y a d'estoilles au ciel , et sans lequel la viduité est mesprisable et fausse. S. Paul nous commande d'Jionnorer les vefves qui sont vrayement vefves ^ : mais celles qui n'ayment pas leur viduité ne sont vefves qu'en apparence, leur cœur est marié. Ce ne sont pas celles desquelles il est dit : Bénissant je bénir mj la vefve %• et ailleurs , que Dieu est le juge protecteur et défenseur des vefves ^ Loué soit Dieu , qui vous a donné ce cher saint amour : faites-le croistre tous les jours de plus en plus , et la consolation vous en accroistra tout de mesme , puis que tout l'édifice de vostre bonheur est appuyé sur ces deux colomnes. Regardés , au moins une fois le moys , is l'une ou l'autre n'est point esbranlée , par quelque méditation et considération pareille à celle de laquelle je vous envoyé une coppie, et que j'ay communiquée avec quelque fruit à d'autres âmes que j'ay en charge. Ne vous liés pas toutesfois à cette mesme méditation ; car je ne vous l'envoyé pas pour cet effect , mais seulement pour vous faire voir à quoy doit tendre l'examen et espreuve de soy-mesme

î Viduas honora, quœ verè viduœ sunt. I. Tim., V, 13.

2 Viduam ejus benedicens benedicam. Ps. CXXXI, 15.

3 Turbabuntur à ficie ejus, patris orphanoriini, et judicis viduarum. Ps. LXVII, 6. — Pupillum et viduam suscipiet. Ps. CXXXI, 13.

24 LETTKKS SPIRITUELLES

que votîs rlovés faire tous les moys , affin que vous sarhiés \ous ev» prévaloir plus aysemenl. Que si vous aymés mieux n^peler cette mesme méditation , elle ne vous sera pas inutile : mais je dis , si vous Faymiés mieux ; car en tout et par tout je désire que vous ayés une sainte liberté d'esprit touchant les moyens de vous perfectionner ; pourveu que les deux colomnes en soyent conservées et affermies , il n'importe pas beaucoup comment. Gardés-vous des scrupules, et vous reposés entièrement sur ce que je vous ay dit du bouche ; car je l'ay dit en nostre Seigneur. Tenés-vous fort en la présence de Dieu , par les moyens que vous avés. Gardés-vons des empressemens et inquiétudes ; car il n'y a rien qui nous empesche plus de cheminer eti la perfection. Jettes doucement vostre cœur es playes de nostre Seigneur, et non pas à force de bras. Ayés une extrême confiance en sa miséricorde et bonté , et qu'il ne vous abandonnera point ; mais ne laissés pas pour cela de vous bien prendre à sa sainte Croix. Apres Tamour de nostre Seigneur, je vous recommande celuy de son espouse l'Eglise, de cette chère et douce colombe, laquelle seule peut pondre et faire escîore les colcaibeaux et les colombelles à l'Espoux. Loués Dieu cent fois le jour d'estre fîlle de l'Eglise , à l'exemple de la mère Thérèse*, qui repetoit souvent ce mot à Theure de sa mort avec extrême consolation. Jettes vos yeux sur l'Espoux et F Espouse , et dites à l'Espoux : 0 que vous estes espoux d'une belle espouse ! el à i'Espouse : Hé! que vous estes espouse d'un divin espoux î Ayés grande compassion à tous les Pasteurs et Prédicateurs de l'Eglise , et voyés comme ilz sont espars sur toute la face de la terre ; car il n'y a province au monde où il n'y en ayt plusieurs. Priés Dieu pour eux, alFin qu'en se sauvant ilz procurent fructueusement le salut des âmes ; et en cet endroit je vous supplie de ne jamais m'oublier, puis que Dieu lae donne tant de volonté de ne jamais vous oublier aussi. * Sainte Thérèse,

Je VOUS envoyé un escrit touchant la perfection do ia vie de tous les Ghrestiens. Je l'ay dressé, non pour vous, mais pour plusieurs autres : néanmoins vous verres en quoy vous pourrés le faire prévaloir pour vous. Escrivez-moy, je vous prie, le plus souvent que vous pourrés , avec toute la confîanca que vous sçaurés ; caï' l'extrême désir que j'ay de vostre bien et advancement me donnera de l'affection , si je sçai souvent a quoy vous en estes. Recommandés-moy à nostre Seigneur, car j'en ay plus de besoin que nul homme du monde. Je le «upplie de vous donner abondamment son saint amour^ et à îout ce qui vous appartient. Je suis sans fin et vous supplie je me tenir pour vostre serviteur tout asseuré et desdié en jesus-Christ.

LETTRE

.jusqu'où l'on doit porter la soumission el le respect que Ton doit à so'ii Directeur.

14 juin 1604.

Madame ,

Ce m'a esté une très grande consolation d'avoir eu la lettre que vous m'escrivistes le 30 de may. Toutes ces parties sont aggreables : la souvenance que vous avés de moy en vos prières , car cela tesmoigne vostre charité ; la mémoire que vous<ivés des sermons que j'ay faitz ce caresme ; car, encor que de mon costé il ny ayt eu autre chose q l'imperfection , si est-ce que c'a tous-jours esté parole de Dieu , de laquelle le souvenir ne vous peut estre que fort utile ; le désir qu'i

^ Tirée des reliques de l'archevêché de Paris. C'est la 58e de la collection- BlaisCj et la 49c {al. 43^) du livre II des anciennes éditions.

VOUS avés de la perfection , car c'est un bon fondement pour l'obtenir. Tout cela donques me console , comme aussi ce que vous m'inscrives que le révérend Père que nostre Seigneur voiis a baillé pour Directeur avoit treuvé fort bon que pendant mon séjour à Dijon vous m'avés communiqué vostre ame , et que mesme il ne treuveroit pas mauvais que vous me donnassiés quelquesfois de vos lettres. Madame , si vous vous en resouvenés , je vous dis bien cela mesme , quand vous me dites que vous craigniés de l'avoir offensé , ayant receu les petitz advis que je vous donnay verbalement sur le sujet de vostre affliction intérieure, qui vous troubioit en la sainte orayson : car je vous dis qu'en cela vous ne sçauriés avoir fait faute , puis que le mal vous pressoit , et vostre Médecin spirituel estoit absent; que cela n'estoitpas changer de Directeur, ce que vous ne pouviés faire sans perte bien grande, mais que c'estoit seulement se soulager pour Fattendre ; que mes advis ne s'estendoyent que sur le mal présent, qui requeroit un remède présent; et partant ne pouvoyent nullement prejudicier à la conduicte générale de vostre premier Directeur.

Et quant au scrupule que vous aviés de m'avoir demandé mon advis pour l'addresse de toute vostre vie, je vous dis que vous n'aviés non plus contrevenu aux loix de la sousmission que les âmes dévotes doivent à leurs Pères spirituelz, parce que mes conseilz ne seroyent rien plus qu'un escrit spirituel, duquel la practique seroit tous-jours mesurée par le discernement de vostre Directeur ordinaire , selon que la présence de son œil et la plus grande lumière spirituelle, avec la plus entière connoissance qu'il a de vostre capacité, luy donnent le moyen de le mieux faire que je ne puis, estant ce que je suis ^; joinct que les advis, que je peii-

1 C'est-à-dire, étant éloigné de vous, et moins à portée de connoUre; ayant moins de lumières que lui, et y ayant si peu de temps que j'entends parler de voire intérieur. Il y a lieu de croire que le saint évêque pensoit ainsi.

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sois VOUS donner , seroyent telz , qu'ilz ne pourroyent estro que bien accordans avec ceux du Père Directeur. Mays quand vous m'eustes nommé le personnage, resouvenés-vous ^ je vous supplie, que je vous dis avec pleyne confiance qu'il mo connoissoit, et m'avoit fait ce bien de me promettre un jour son amitié; et que je m'asseurois qu'il ne treuveroit poi:!: mauvaise la communication que vous avies eue avec moy , tant je le tenois de mes amis. Yous voyés donq, Madame, que je jugeay fort bien de tout cela, et n'employai giieres d ' tems ni de considération pour me résoudre à ce jugement. Je me resjouis donques que vous ayés reconneu combien il est véritable que ceux qui sont bien accordans en Fintentioîi du service de Dieu, ne sont jamais guère esloignés d'affections et conceptions.

Je loue infiniment le respect religieux que vous portés à vostre directeur , et vous exhorte de soigneusement y persévérer : mais si faut-il que je vous die encor ce mot : ce respect vous doit sans doute contenir en la sainte conduicte en laquelle vous vous estes si heureusement rangée, mais il ne vous doit pas gehenner ni estouffer la juste liberté qu( l'esprit de Dieu donne à ceux qu'il possède; car pour certain, recevoir les advis et enseignemens des autres, et recourir à eux en l'absence du Directeur, n'est nullement contraire à ce respect, pourveu que le Directeur et son authorité soit tousjours préférée. Bénit soit Dieu ! je vous ay voulu resouvenir de tout ce que je vous ay dit en présence , et y adjouster ce que j'ay pensé en escrivant, pour vous représenter pour un bon coup mon opinion sur ce scrupule; et si , j'ose bien me promettre , que si vous le proposés à vostre Directeur , la première fois que vous le verres, il se treuvera autant conforme avec moy en cet endroit , comme il l'a esté à l'autre. Mais je laisse à vostre discrétion de le luy proposer , ou n^ri : bien vous supplieray-je de le saluer à mon nom , et l'asseurer de mon service. Je l'ay longuement honoré, avant que de l'a-

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voir veu ; l'ayant veu , mon affection s'en est accreue ; m'estant apperceu du fruit qu'il a fait à Digeon (car vous n'estes pas seule), je luy ay donné et voué autant de cœur et de service, qu'il en sçauroit désirer de moy. Je vous chéris en luy, et luy en vous, et l'un et l'autre en Jesus-Christ. M. l'archevesque ( de Bourges ) vostre frère m'a escrit une lettre si excessive en faveurs, que ma misère en est accablée. Il le faut pardonner à sa courtoisie et naturelle bonté; mais je m'en plains à vous, parce que cela me met en danger de vanité. Vous ne m'escrivés point de la «antc; ds tl. vostre père , et toutesfois j'en suis extrêmement désireux, ni de M. vostre oncle que je vous avois supplié de saliier de ma part. Au demeurant, puisque le père Directeur vous permet de m'escrire quelquesfois, faites-le, je vous prie, de bon cœur, encor que cela vous donnera de la distraction; car ce sera charité. Je suis en un lieu et en une occupation qui me rend digne de quelque compassion ; et ce m'est consolation de recevoir , parmi la presse de tant de fascheuses et difficiles affaires, des nouvelles de vos semblables; ce m'est une rosée. Je vous tesmoigne par cette longueur combien mon esprit aggrée la conversation du vostre. Dieu nous face la grâce de vivre et mourir en son amour, et, s'il luy plait, pour son amour! Je l'en supplie, et vous salue bien humblement, donnant la sainte bénédiction à vos petitz enfans, si vous estes à Chantai ; car si vous estes à Digeon, je ne le voudrois entreprendre en la présence de M. leur oncle , bien que leur petit agenouillement et vostre demande me fit faire une pareille iaute à mon despart. A Dieu soit vostre cœur et vostre ame , Madame ! Je suis vostre plus humble et affectionné serviteur,

François, Evesque de Genève,

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