A MADAME DE LA FLÉC'HÈRE
Pour l'exhorter à conserver, durant les rudes épreuves de sa grossesse , ïe adlme d'esprit et la sérénité d'âme nécessaires pour les supporter avec résignation.
ANeci, 13 juillet 1608.
Madame ,
Je n'ay pas respondu ci devant a vos.tre dernière lettre ^ parce que je n'ay point rencontré de porteur asseuré, et maintenant, je n'ay pas le loysir requis pour vous bien satisfaire. J'ay voulu néanmoins vous escrire , pour simplement vous tesmoigner que je prie tous les jours N. S. pour vous, mais je dis d'une affection toute spéciale, le requérant qu'il vous assiste de ses saintes consolations parmi les tra- Taux que vostre grossesse vous donnera. Voyés-V0us , Madame, je m'imagine que l'humeur melancholiqufc ^e prévaudra de vostre grossesse pour vous attrister beaucoup , et que vous voyant triste , vous vous inquieterés ; mais ne le faites pas , je vous prie. Si vous vous treuvés pesante, triste et sombre , ne laissés pas pour cela de demeurer en paix, et bien qu'il vous semblera que tout ce que vousierés se face sans goust , sans sentiment et sans force, ne laissés pourtant pas d'embrasser nostre Seigneur crucifié et de luy donner vostre cœur , et consacrer votre esprit avec vos affections telles quelles et toutes languissantes qu'elles sont. La Bienheureuse Angeline de Foligni disoit que N. S. luy avoit révélé , qu'il n'avoit nulle sorte de bien tant aggreable que
* Communiquée par M. le comte de Sales, ambassadeur de Sardaigne prô» ia cour de France. C'est la îUe inédite de la collection-Biaise.
ceîuy qui lui estoit fait par force , c'est a dire, que celuy qu'une volonté bien résolue luy fait contre les alanguisseinensde la chair, les respugnances delà partie inférieure, et au travers des sécheresses, tristesses et désolations intérieures. Mon Dieu, ma chère Fille , que vous serés heureuse si -vous estes fidèle en vos resolutions , parmi les croix qui se présentent, a celuy qui vous ayma si fidèlement jusques a la mort, et la moi't de la croix. J'escriray au premier loysir sur le sujet de vostre lettre dernière, et à monsieur de Miendry et à madame La Forest, vostre bon rie seur. Demeurés avec Jésus, vives en luy et par iuy, qui m'a fait
Vostre serviteur tout d edié ,
XGI
LETTRE'