A UNE DE SES COUSINES
Il Texhorte à faire tous les jours de nouveaux progrès dans la piété,
A Saint-Ram bert, le 21 août 1608.
Madame ma tr^s chère Cousine,
A mesure que je m'esloigne de vous selon rexterieuf, mon esprit retourne plus fréquemment ses yeux du costé du vostre, d'avec lequel il est inséparable, et je ne manque point d'invoquer tous les jours la bonté de nostre Sauveur sur vous, et la soigneuse assistance de vostre bon Ange, pour la conservation de vostre cœur, auquel d'une ardeur
' C'est la 158^ de la collection -Biaise, et la 27c du livre III des ancienne»
édilions.
norapareille je souhaitte toutes les plus désirables faveurs du Ciel, et sur tout cette inviolable fidélité au saint amour, que vous avés vouée par tant de resolutions au cœur debon- Daire de ce doux et cher Jésus.
Vive? tous-jours, ma chère Cousine, ma fille, avec ce courage d'aggrandir perpétuellement en la dileclion de Dieu ; tenés bien estroitement sur vostre poictrine, et entre les bras de vos saintes resolutions, celuy qui , par tant de signes visibles, vous a tesmoigné d'avoir eu éternellement vostre nom et vostre cœur gravé «^q sa volonté pleine de bienveuillance en vostre endroit.
Je pars pour aller voir cette chère seur que vous aimés tant, avec laquelle vous pouvés penser si je m'entretiendray de vostre ame , laquelle je porte ^us-jours présente a la mienne par afTection. Je vous supplie de visiter par lettre la bonne mère TAncienne , a laquelle vos encouragemens seront profitables ; car pour le présent je n'ay nul loysir que pour vous escrire ces quatre motz, que je fais, vous donnant la sainte bénédiction de Dieu , qui tous les jours me rend plus vivement et singulièrement , Madame ma chère Cousine, vostre très fidèle et très affectionné serviteur,
François , Evesque de Genève.
Je finis aujourd'huy ma quarante-unième année : priés nostre Seigneur qu'il rende le reste de mon eage utile a sa gloire et a mon salut. Dieu soit tous-jours au milieu de vostre cœur.
LETTRE
A UNE DAME
Il faut obéir aux médecins dans les maladies, et supporter son mal avec amour.
29 septembre 1608.
Je m'advise, ma chère Fille , que vous estes malade d'une maladie plus fascheuse que dangereuse ; et je sçay que telles maladies sont propres a gaster l'obéissance que l'on doit aux médecins : c'est pourquoy je vous veux dire que vous n'espargniés nullement ni le repos, ni les médecines, ni les viandes, ni les récréations qui vous sont ordonnées. Vous forés une sorte d'obéissance et de résignation en cela , qui vous rendra extrêmement aggreable a nostre Seigneur. En Un voyla une quantité de croix et mortifications que vous n'avés pas choysies, ni voulues. Dieu vous les a données de ^a sainte main; recevés-les, baysés-les, aymés-les. Mon Dieu ! elles sont toutes parfumées de la dignité du lieu d'où elles viennent.
Bon jour, ma chère Fille; je vous chéris avec empressement : que si j'avois le loysir, j'en dirois davantage; car j'affectionne infiniment que vous soyés fidèle en ces petites et fascheuses occurrences , efc que , tant au peu qu'au prou , vous disiés tous-jours : Vive Jésus. Vostre, etc.
* C'est la 15d« de la collection -Biaise, et la 49« du livre VI des ancienaei éditions.
lettre'
A SAINTE JEANNE-FRANÇOISE DE CHANTAL
Il lui fait part de la découverte qu'il avoit faite d'une pauvre paysanne bien pieuse , pour servir les religieuses de son institut.
29 septembre 1608. «
Ma Fille ,
Il faut que je vous die, que dimanche dernier je fus tre:i consolé. Une paysanne de naissance, très noble de cœur et de désir, me pria , après l'avoir confessée , de la faire servir les Religieuses que je voulois establir. Je m'enquis d'où elle sçavoit une nouvelle encor toute cachée en Dieu. De personne , me respondit-elle , mais je vous dis ce que je pense. 0 Dieu, dis-je en moy-mesme , savés-vous donq reV" *^, vostre secret a cette pauvre servante? Son discours me consola beaucoup, et j'yray tant qu'il me sera possible encourageant et soustenant cette fille , la croyant autant pieuse et studieuse qu'il est requis pour servir en nostre petit commencement.
Cette bonne servante prétendue me demande souvent quand Madame viendra. Yoyés-vous, ma Fille, vostre venue luy est bien a cœur, parce qu'elle espère de servir bien Dieu en vostre personne , et en celle des filles et femmes qui seront si heureuses que de vous suivre en la petite, mais sainte et aymable retraitte que nous méditons.
* Tirée de la Vie de sœur Anne-Angélique Coste, par la mère de Changy. C'est la 160e de la collection-Biaise.
* Il y a peut-être ici une erreur de date, mais qu'ii ne nous est pas douné de corriger.
LE S. FRANCOTS DE SATES. 291j