A LA MÈRE PÉRONNE-MARIE DE CHASTEL
Il la félicite sur sa convalescence.
Juillet 16H.
Courage , au nom de nostre Seigneur, ma très chère Fille Peronne-Marie ; remettons-nous du tout en vigueur pour servir de nouveau notre divin maistre en sainteté et justice tous les jours de nostre vie ^. Tenés-vous doucement en repos en Dieu, pour reprendre vos forces de sa main; affin que quand nostre chère mère reviendra, elle nous trouve tous braves. Qu'auroit-elle dit, cette bonne mère, si, en son absence, nous eussions laissé mourir sa chère Peronne? Sans doute son cœur en eust esté maternellement affligé. Béni soit Dieu, qui nous a visités en sa douceur, et qui nous a consolés. Amen.
« C'est la 237e de la collection-Biaise.
5 Ut serviamus illi in sanctitate et justitiâ coram ipso, omnibus diebus ao»- Iris Luc^ I, là.
DE ». rKAJNÇUrS DE SALES. 395
LETTRE '
A UNE DAME
Exhortation à se livrer à rora^son mentale.
21 juillet 1611.
Madame ma très chère Fille ,
Je vous escrivis avant-bier, seulement pour accompaigrer une lettre que la bonne Maclamoyselle N. envoyoit a M. vostre mary, son frère; mais j'ayme bien mieux vous escrire maintenant sur le sujet de vostre lettre.
Tandis que nos cors sont en douleur, il est mal-aysé d'eslever nos cœurs a la considération parfaite de la bonté de nostre Seigneur; cela n'appartient qu'a ceux qui, par de longues habitudes, ont leur esprit entièrement contourné du costé du Ciel : mais nous qui sommes eneor trop tendres , nous avons des âmes qui se divertissent aysément au sentiment des travaux et douleurs du cors. C'est pourquoy , ce n'est pas merveille si durant vos maladies vous avés intermis l'usage de l'orayson intérieure : aussi en ce tems-la il suffit d'employer ces prières jaculatoires et sacrées aspirations; car puis que le mal nous fait souvent souspirer, il ne couste rien de souspirer en Dieu, et a Dieu, et pour Dieu, plus-tost que de souspirer pour faire des plaintes inutiles.
Mais maintenant que Dieu vous a rendu vostre santé , il faut bien , ma chère Fille , reprendre vostre orayson , au moin? pour demy heure le matin , et un quart d'heure le soir avant souper : car, depuis qu'une fois nostre Seigneur
la 239e de la coilection-Blaise , et la 13e du livre U des anciennes
VOUS a donné le goust de ce miel céleste, ce vous sera un grand reproche si vous vous en degoustés, et mesrnement puis qu'il vous L'a fait gouster avec beaucoup de facilité et de consolation, afiisy que je me resouviens fort bien que vous me Favés advoué. Il faut donq bien prendre courage , et ne point permettre que les conversations, et cette vaine sujettion que nous rendons a ceux que nous hantons, vous privent d'un si rare bien comme est celuy de parler cœur a cœur avec son Dieu.
Vous m'obligerés certes beaucoup de me donner un peu des nouvelles de vostre ame : car la mienne l'ayme chèrement , et ne se peut empescher de désirer de sçavoir en quel estât elle se treuve : mais la variété des desseins que M. vostre mary a eus de vous faire revenir icy, et de vous faire demeurer aux champs, m'a retenu de vous en demander. Faites-moy donq ce bien , je vous en supplie, de m'escrire quelquefois, avec asseurance que je vous donne de tous-jours vous respondre , comme aussi de correspondre fidèlement a l'honneur que vous me faites de me vouloir du bien , par une très sincère affection a vostre service. Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur, pour le remplir et faire abonder en son saint amour. Ce sont les souhaitz journaliers. Mai» dame ma chère Fille, de vostre, etc.
LETTRE