A LA MÈRE DE BRECHARD
Il la console sur les peines et les afflictions qu'elle ressentoit de son absence et de celle de madame de Chantai, alors en Bourgogne pour ses affaires de famille.
Vers le mois de septembre 1611.
Ma très cliere Fille ,
fl faut prendre du repos , et du repos suffisamment , laisser amoureusement du travail aux autres, et ne vouloir pas avoir toutes les couronnes : le cher prochain sera tout ayse d'en avoir quelques-unes. L'ardeur du SoiiUt amour, qui vous pousse a vouloir tout faire, vous doit aussi retenir, et laisser faire quelque chose aux autres pour leur consolation. Dieu nous sera bon, ma Fille; j'espère qu'il vous menace pour ne vous point frapper, et que la chère personne de nostre mère ira au devant de son arrivée , avec sa très chère lieutenante sa fille très aymée , que je désire qui travaille avec un esprit ardent, mais doux ; fervent, mais modéré; attendant le bon succès des maladies et affaires, non de sa peyne , non de son soin, mais de l'amoureuse bonté de son espoux. Qu'il la veuille bénir éternellement , avec toute la trouppe de ma très chère mère absente , et qui nous est si présente au cœur, en la présence de celuy qui est l'unique tout du cœur de la mère et des filles : priés-le aussi qu'ainsy soit du père , afiin que tout soit saintement esgal en vostre pauvre chère petite Visitation. Amen.
1 Tirée de la Vie de ia mère de Brechard, par la mère de Ghangy. C'est la 9.429 de la cullection-Blaise.
A SALNTE JEANXE FRANÇOISE DE CHANÏAL , ALORS EN COLIUÎOGNE FOUR LES AFFAIRES DE SON FILS.
Il l'exhorte à ne point se troubler de la multiplicité et de la difficulté de s.;» affaires, mais à expédier l'une après l'autre tout doucement.
rhonon, 10 septembre 1611.
Me voyci a Tonon depuis troys jours, ma très chère Fille^ OÙ je vins fort heureusement, et sans ressentiment d'aucune lassitude. 0 Dieu ! ma très chère Fille , je ne sçai quel chemin j'ay fait, ou celuy de Tonon, ou celui de Bourgoigue; mais je sçai hien que je suis plus en Bourgoigne qu'icy.^Ouy, ma Fille , puis qu'il plait ainsi a la divine bonté, je suis inséparable de vostre aine; et pour parler avec le saint Esprit^ nous rC avons meshuy plus cjuun cœur et qu'une ame ^ : car ce qui est dit de tous les Chrestiens de la naissante Eglise , se treuve , grâces a Dieu, maintenant entre nous. Or, demeurons donq Lien ainsy en iiostre Seigneur, ma très ayméo.
Je suis tous-jours attendant des nouvelles du succès de vostre voyage, que je me prometz avoir esté bon, mais non pas sans crainte pourtant, a cause de la foiblesse de vostie santé, et l'excessive chaleur qui a régné quelques heures de ces jours passés; mais je veux croire que ces jours-la vous aurés sejcurné, et aurés employé les matinées et les soirs, qu'il a tous-jours fait un peu de vent. Je prie Dieu qu'il vous conserve chèrement et saintement comme ma propre ame.
* C'est la 243e de la coliection-Blaiàe , et la 32»^ {ai. 29^) du avre III des anciennes éditions.
« Multitudinis credcatium erat cor unum et anima una. Act., IV, 8«,
Hé! je vous supplie, ma 1res chère Fille, tenés-vous bien a JesuS' Christ et a nostre Dame, et a vostre bon ange, en toutes vos affaires, affin que la multiplicité d'icelles ne vous trouble point , et que leur difficulté ne vous estonne point. Faites l'un après Tautre au mieux que vous pourrés, et employés pour cela fidèlement vostre esprit, mais doucement et suavement. Si Dieu vous en donne l'issue, nous l'en bénirons; s'il ne luy plait pas, nous l'en bénirons aussi. Et il vous suffira que tout a la bonne foy vous vous soyés essayée de reiiscir, puis que nostre Seigneur et la rayson ne requièrent pas de nous les effectz et evenemens, mais nostre fîdelle et franche application, emploite et diligence : car ceci dépend de nous , mais non pas les succès.
Dieu bénira vostre bonne intention en ce voyage, et en l'entreprise que vous avés faite de mettre en ordre les affaires de cette mayson-la pour vostre filz , et vous recompensera , ou par une bonne issue , ou par une sainte humiliation et résignation. Mon cœur fera cependant mille millions de bons désirs pour le vostre , comme pour soy-mesme, et ne cessera point d'implorer les prières de la très sainte Vierge en ce lieu , qui est tout consacré a son honneur.
Je renvoyé ce jourd'huy nostre M. Michel auprès de nos fille > , affin qu'elles ne demeurent pas tout a fait privées de quelqu'un en qui elles ayent confiance. J'escris a nostre seur de Brechard une lettre pour toutes, afïîn de leur donner courage. Ma petite seur se porte bien; car la vostre petite, ma cousine , me l'escrit par une fille de chambre qu'elle a envoyée icy. Ce sont toutes vos nouvelles, ma chère Fille. De jour a autre je vous tiendray advertie de ce que je feray.
Monsieur de Blonay depeschera sa fille pour vostre retour. Je la vis le jour de nostre Dame; elle a tous-jours sa bonne mine et les marques de vertueuse fille. Ce jour-la je prcschay devant un grand peuple et force estrangers; et la glorieuse Reyne du Ciel m'assista, pour dire quelque chose de
bon a sa gloire. Jt; me depescheray au plus-tost en faveur de nos lilles.
A Dieu , ma très chère Fille ; a Dieu soyons-nous a ja« mais ! que son amour soit éternellement l'unité de nostre cœur.
Je salue d'une affection extrême ma très chère grande fille % a laquelle je recommande tous-jours la santé de nostre douce mère, et luy porte bien envie, sans luy désirer la privation de ce qu'elle possède : elle vacquera cependant a rendre son cœur un peu fort et généreux contre la tendreté et délicatesse qui le tenoit a tout propos sujet au degoust. Vous sçavés, ma Fille, que nostre cœur ayme d'amour celuy de cette grande fille. Salués-la donq amoureusement de ma part, comme je la prie de saluer de la mienne ^ « madamoiselle de N. et toutes ces Dames de la, specialemeî^- madame la Prieure et monsieur N. car j'avois oublié ces petites particularités. Je salue aussi monsieur de N. et madamoiselle N. mais tout a part, monsieur de N. pour le bonheur duquel je prie tous les jours : et monsieur de N. et enfin monsieur de Torens » mon cher frère, auquel je recommande le service de sa mère, sa santé et sa consolation. M. de Boisy a esté u peu estonné de la chaleur; mais il se remet. Dieu mercy.
Vive Jésus et Marie! Dieu vous bénisse, ma très chère Fi i 'e. Je suis en luy ce aue luy seul sçay t.
* La mère Favre.
2 Ce que nous mettons ici entre guillemets avoit été omis dans loules 'm éditions, excepté celle de 1626.
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CLÏX-
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LETTRE '
A LA MÊME
Même sujet que la précédente.
14 septembre 16Î1.
0 Dieuî ma très cîiere Fille, si est-ce que je vous escris :oigneiisemt..c a toutes les occasions. Or sus, bénit soit Dieu, qui vous a fait arriver au lieu où les affaires qu'il vous avoit laissées sur les bras voos ont appellée. Ma très chère Fille, appliqués le travail et tracas que vous y sou ff rires a la gloire de la divine Majesté , pour la gloire de laquelle vous les subisses; traittés des affaires de la terre avec les yeux.fîschés au Ciel. Je serai' tous-jours présent a voslre chère ame comme vous-mesme, et respandray soigneusement la bénédiction des sacrifices divins sur vostre peine , aifin qu'elle vous soit douce et utile au saint amour, pour lequel mieux practiquer vous estes allée terminer les occasions de vos distractions. ÎMa chère Fille, tout ce qui se fait pour l'amour est amour; le travail, ouy mesme la mort n'est qu'amour, quand c'est pour l'amour que nous les reeevonb Oy sus, parlons de nos affaires.
J'ay achevé ce bout de visite assés heureusement , et avec espérance de quelque fruit pour les âmes.
Je me porte extrêmement bien, a mon advis, et observe soigneusement vos ordonnances pour ma santé ; mais pour ma sainteté, qui est ce que vous afiectionnés le plus , je ne
1 C'est la 24ie de la collection-Biaise, et la 33e (a/. 3o«) du livre III de» anciennes éditions.
DE f. FRANÇOIS DE SALES. 40/î
fais gueres de choses , sinon mille continuelz désirs et queU ques prières particulières, affin qu'il playse a nostre Sei* gneur les rendre utiles et fructueux pour tnut nostre cœur ; et presque ordinairement je me treuve plein d'une douce coniîance que sa divine bonté nous exaucera : et puis qu'en vérité nous desirons, en vérité nous parviendrons; car ce grand amy de nostre cœur ne le remplit, ce me semble, de désirs, que pour le combler d'amour, comme il ne cliarge leâ arbres de fleurs, que pour les recharger de fruitz.
lia! Sauveur de nostre ame, quand serons-nous autant ardans a vous aymer, que nous le sommes aie désirer? Il me tarde, ma très chère Fille , que ce cœur que Dieu vous a donné soit uniquement et inséparablement donné et lié a son Dieu par ce saint amour unissant qui est plus fort que la mort et que tout.
Mon Dieu ! ma très chère Fille , remplissons nostre cœur de courage , et faysons désormais des merveilles pour Tad- Vc^ncement de nostre cœur en cet amour céleste ; et remarquons que nostre Seigneur ne vous donne jamais de violentes inspirations de la pureté et perfection de vostre cœur, qu'il ne me donne la mesme volonté , pour nous faire connoistre qu'il ne faut qu'une inspiration d'une mesme chose a un mesme cœur, et que, par l'unité de l'inspiration , nous sachions que cette souveraine Providence veut que nou? soyons une mesme ame, pour la poursuitte d'une mesme œuvre, et pour la pureté de nostre perfection.
Or sus , ma très chère Fille , ma Mère , il faut finir. C'est aujourd'huy le jour de la sainte Croix : o Dieu 1 qu'elle est belle , et qu'elle est aymable ! On donne des batailles pour en avoir le boys, et on l'exalte sur le mont du Calvaire. Ma très chère Fille, helasî que bienheureux sont ceux qui l'ayment et qui la portent ! Elle sera plantée au Ciel , quand nostre Seigneur viendra juger les vivans et les mortz, pour -zdus apprendre que le Ciel est l'autel des crucifiés. Aymous
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donq bien ces croix que nous rencontrons en nostre chemin. Dieu vous bénisse en Tamour de la sainte Croix.
LETTRE'