A UN ONCLE
n le console sur la mort de son épouse, par l'espérance qu'il avoit que la bonne vie de la défunte lui devoit procurer le salut éternel, et qu'il iroit bientôt la rejoindre.
A Saint-Julien, le 12 octobre 1611.
Monsieur mon Oncle ,
Quel desplaysir viens-je de recevoir en la triste nouvelle ^u trespas de Madame ma tante , et qui m'aymoit si tendrement et chèrement, a laquelle j'avois si justement voué tant d'affection! J'irois moy-mesme vous tesmoigner ce ressentiment, si je croyois par ce moyen de pouvoir alléger le vostre, ou que cet engagement auquel je suis parmi les assignations de ma visite me le permis t; mais au moins voyla mon frère qui va recevoir vos commandemens pour luy et pour nioy, et vous asseurer que, comme j'ay honnoré de tout mon cœur i la vie de cette chère défunte, aussi cheriray-je a jamais son i honnorable mémoire , autant qu'aucun de ses parens et serviteurs qu'elle ayt laissés en ce monde.
Au demeurant, Monsieur mon Oncle, cette si fascheuse séparation est d'autant moins dure, qu'elle durera peu, et que non seulement nous espérons, mais nous aspirons a cet heureux repos auquel cette belle ame est ou sera bien tost logée.
1 C'est la 245e de la collection-Biaise, et la 60^ du livre V des anciennes éditions.
8 Le même à qui il écrira la lettre du 16 janvier 1620.
Prenons, je vous supplie, en gré cette petite attente qu'il nous faut faire icy bas; et, au lieu de multiplier nos souspirs et nos larmes sur elfe , faysons-les pour elle devant nostre Seigneur, afiin qu'il luy playse haster sa réception enirf les bras de cette divine bonté, si des-ja il ne luy a fait cette' grâce.
Certes, pour moy, j'ay beaucoup de consolation en la connoissance que j'avois de l'intérieur de cette bonne tante, la^ quelle plusieurs fois , avec extrême confiance , me l'avoit communiqué en la sacrée confession : car j'en tire une asseurance que cette divine Providence , qui luy avoit donné un cœur si pieux et chrestien , l'aura comblée de bénédictions en ce départ qu'elle a fait d'entre nous.
Bénissons et lotions Dieu, Monsieur mon très cher Oncle; adorons la disposition de ses ordonnances , et reconnoissons la conduite et instabilité de cette vie, et attendons en paix la future. Je m'en vay a l'Eglise, où , par le saint Sacrifice , je commenceray les recommandations de cette chère et pretieuse ame, et celles que je dois a jamais continuer pour vous et tout ce qu'elle aymoit le plus. Je suis sans fin et sans reserve, Monsieur mon Oncle, vostre très humble et très ûdele nepveu et serviteur,
François , Evesque de Genève-
CLXF.
LETTili:^