A UN RELIGIEUX
!î lui témoigne une grande amitié, et lui demande des noux'elles d'une personne nouvellement entrée en religion.
12 octobre 1611.
0 mon très cher Père î
Que mes yeux portent d'envie a ceux de N. et de ce garçon mon nepveu, car ilz vous verront : mais je ne perte point d'envie au cœur de qui que ce soit ; car jamais il n'y en aura qui vous ayme et ciierisse plus que le mien fait; et si je ne craignois d'ofrencer celui de ma très chère fille (dites-moy son nom moderne), je dirois absolument : ni tant que le mien fait '^t fera jamais.
Or sus, que fait-elle, cette chère fille? M. N. et M. N. me firent un grand cas dequoy toute la cour de Madame, des serenissinies Princes et Princesses, furent a sa réception au noviciat; et moy, je me resjouys en la créance que j'ay dequoy nostre Dame, les Anges et les Saintz du Paradis y furent, et Fhonnorerent de leur attention, et Dieu nostre Seigneur de sa bénédiction.
Nous sommes a faire les formalités pour le Prieuré. 0 mon Dieu 1 que le monde est fascheux en ces saintes occasions î
Mais dites-moy , je vous prie, mon très cher Père , puis-je loysiblement oser vous supplier de faire très humblement la révérence de mapart anosserenissimesDames Infantes, ou du
1 C'est la 246« de la coUection-Blai^o, et 1^ «Se du livre !•' des anciennes éditions.
UJ s. FRANÇOIS DE SALES. 407
moins a la serenissime Princesse Catherine? car mon Pfre , si cela est bonnement permis a mon indignité , faites-le , je vous en prie de tout mon cœur, et dites-leur que J3 L-» révère grandement, a cause de leurs altesses , que je regarde avec toute extrême sousmission ; mais que je les révère encor davantage a rayson de la profonde hiuuilité qu'elles practiquent en leur serenissime altesse et grandeur. Au moins , mon révérend Père, faites bien sçavoir a la serenissime îqfante Catherine , que je luy souhaitte les bénédictions des plus serenissimes princesses qui furent jamais, et sur tout 1% persévérance aux désirs fervens d'aymer de plus en plu? Jesus-Christ crucifié, qui est la bénédiction des bénédictions.
0 mon Père ! on me presse , et il faut faire partir cet enfant, qui est vostre , puis qu'il est mien , filz/- ^ mon frère, qui me le donna , mourant tout a fait comme un saint entre mes bras, comme l'autre mourut entre les vostres.
Je suis vostre, mon cher Père, je dis tout vostre, sans reserve.
LETTRE
A MADAME DE VISSILIEU.
11 la console par le motif de rinconstance des choses du monde, et rengage à jeter la vue de son esprit sur réternitô et sur la croix de Jésus-Christ
13 décembre 1611.
t> ne faudroit pas vous avoir au milieu de mon cœur , ma trec chère Fille , pour ne pas avoir avec vous part a vos
i Tirée du monastère des filles de la Visitation de Toulouse. C'est la 248» #1 la coUection-Blaise.
afflictions; niais il est tout vray qu'estant ce que je vous suis et a vostre Mayson,- je compatis grandement a toutes vos afflictions, et de Madame la Baronne vostre chère seur» Helasî ma très chère Fille, il me semble que vous estes un ^eu plus susceptible des consolations que cette chère seur; /est pourquoy je vous dis que nous avons tort, si nous regardons nos parens , nos amys , nos satisfactions et contentemens comme choses sur lesquelles nous puissions establir nos cœurs. Sommes-nous , je vous prie, en ce monde, qu'avec les conditions des autres hommes, et de la perpétuelle inconstance dans laquelle il est establi? Il faut s'arrester la , ma chère Fille , et reposer nos intentions en la sainte éternité, a laquelle îious aspirons. 0 paix du cœur humain! on ne te treuve qu'en la gloire et en la croix de Jesus-Christ. Ma très chère Fille, vives ainsy , et resjouyssés souvent vostre i;œur bien aymé en la véritable espérance de jouir un jour éternellement de la bienheureuse et immuable éternité. Je suis pressé, ma très chère Fille , et il ne me reste de loysir |ue pour vous dire que je suis a jamais tout vostre, etc.
Et Madauie de Priançon , comment se porte-elle? Je luy i^scriray tout a la fine première commodité. La nièce qui est » ci estonien heureuse d'estre si bonne et si douce religieuse COQime elle est.
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LETTRE '
AU TRÈS-RÉVÉREND PÈRE EN N.-S. LE PÈRE GÉNÉRAL DE l'ORDRE DES CHARTREUX,
En fa,veLir de mademoiselle de Bressieux , qui désiroit d'être admise coniïM religieuse au monastère de Melans.
Mon très Révérend Père , Comme cacheroit-on le feu? Je ne puis non plus celr^î Textreme affection que j'ay au milieu de mon cœur a vous jhonnorer de toute ma force. Et chacun croid que réciproquement j'aye le bonheur d'estre grandement aymé de vostre 5)onté. Et sur cela, comme vous voyés, souvent on recourt a mon intercession aux occurrences esquelks on recherche vostre faveur. Messieurs de Bressieux ont une seur au monastère de Melans qui a grand désir d'y estre religieuse. Hz vous supplieront, mon très Révérend Père, de les gratifier de vostre authorité requise pour cela, <it, puisqu'ilz le souhaitent , j'implore avec eux vostre bonté , ce que je fay d'autant plus volontier que si je puys prendre connoissance des qualités de cette fille par celle de son aysnée , qui est m^ belle seur , elle sera vertueuse et bonne servante de Dieu \ et j'allègue cet argument ainsy a la bonne foy affin de dire encor une des raysons pour lesquelles je doy coopérer auprès de vostre Paternité pour le bien et la consolation de cette ame , puisque mesme je me promets d'estre advoué de vostre debonnaireté , tel que je suis et que l'on me croid ,
Mon très Révérend Père , Vostre très humble et très affectionné confrère et serviteur,
François , Evesque de Genève, xiii Dec. 1611, Annessy.
^ Cette lettre ctoil restée inédite jusqu'à ce jour; elle nous a été commiii piquée Ue la pai't de JVIgr. l'Archevêque de Chambéry.
410 LEITRES SPlRirUELLES
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lettre'
A SAINTE JEANNE FRANÇOISE DE CHANTAL
Il lui donne aes avis sur la conduite à tenir dans une visite que devoit lui faire M. Berthelot.
Dieu vous comble de son saint amour, ma très chère Fille, ma Mère ! Hier madame la Présidente me dit que M. Berthelot vous vouloit aller voir avec elle , et crois que ce sera aujourd'huy. Or ainsy qu'elle me parla, il a tout plein de bonnes volontés pour nostre congrégation; c'est pourquoy il le faut recevoir avec un accueil saintement et dévotement aggreable, et aggreablement dévot et saint, et luy tesmoigner jue des-ja la congrégation a beaucoup d'obligations a mon- ^eigneui' de Nemours ( qu'il faut nommer Monsieur tout court ), a cause de la bonne volonté qu'il a eue tant pour les laods de ce que vous achèteriez de son fait que pour le four ; et que puis qu'il a pieu a Dieu de donner commencement a cette petite Congrégation dans sa ville principale, vous vou- .és avoir une spéciale dévotion pour son salut et prospérité , et le tenir comme spécial protecteur : qu'il ne se pourra, qu'en plusieurs occasions , vous n'ayés besoin de ses grâces et faveurs , et que vous priés ledit sieur Berthelot de vous y vouloir assister de sa charité et intercession ; que la Congrégation s'e'^sayera de faire en sorte , que personne n'aura du repentir de l'avoir aydée ; et semblables petites choses. Ledit sieur Berthelot est un jeune homme fort esveillé , mais il ne
* I/onginal en est conservé dans le monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 135e inédite de la collectiou-Dlaise.
faut pas laisser de le traitter dévotement , et de l'entretenir selon le loysir que vous en aurés. Il dit que luy-mesme contribuera , si M. de la Bretonniere se peut résoudre de faire nostre chapelle.
Bon jour, ma très chère Fille; pour ce jourd'huy je n'iray pas vers vous, voulant laisser le loysir a cette autre visite. Dites-moy si vous vistes hier M. de Mirebel ; je pense Taller voir aujourd'huy.
LETTRE