‹ Œuvres complétes Volume 10Chapitre 43 sur 79 · A UN SEIGNEUR · texte numérisé non relu

A UN SEIGNEUR

Souhaits de la nouvelle année.

Premier jour de l'an 1612.

IMonsieur ,

A ce commencement de nouvelle année , je vous supplie de recevoir aggreablement le renouvellement des offres de mon bien humble service, qu'avec beaucoup d'affection , d<^ sincérité et de reconnoissance je vous ai ci devant faites. Que si nostre Seigneur exauce mes vœux , cet an vous sera l'an de prospérité , de contentement et de bénédiction sur vous, Monsieur, en vous, et tout autour de vous, qui par après en verres une grande suitte de pareilz , lesquelz en fin aboutiront a l'année éternelle, en laquelle vous jouirés immortel- ^meni âe î'autheur de toute vraye prospérité et bénédiction. C'est le souhait , Monsieur, de vostre très humble et très affectionné serviteur en nostre Seigneur , etc.

* C'est la 249«= de la coUection-BIaise et ja 16» dn livre VU des aniiei ne» éditions.

L':rnŒ5 SPlKirUELLV^S

CLXVr.

LETTRE'

A SAINTE JEANNE FRANÇOISE DE CHANTAL

La chair de Jésus-Christ dans la sainte communion est une tablette cordiale. Il faut conserver la patience dans les abandons sensibles de Dieu, sans aucun retour sur soi-même.

17« janvier 161Î.

Yoyla M. Michel qui va un peu plus tost que Fordinaire , affiii que vous puissiés prendre vostre tablette au moins une heure avant disner. Mais, maires chère Fille, toutes ces deux prises que vous ferés sont des tablettes cordiales; sur tout la première , composée de la plus excellente poudre qui fut jamais au monde. Guy, ma chère Fille ; car nostre Sauveur a piis nostre vraye chair, qui est, en somme, poudre : nais en luy elle est si excellente , si pure , si sainte , que les ueux et le soleil ne sont que poussière au prix de cette poudre sacrée. Or, la tablette de la sainte communion est cela niesme qui a esté mis en tablette, allin que nous la puissions mieux prendre; bien que ce soit la très divine et très grande table , que les Chérubins et Séraphins adorent , et de laquelle ilz mangent par contemplation réelle, comme nous le mangeons par réelle communion.

0 Dieu! quel bonheur, que nostre amour, en attendant cette manifeste union que nous aurons avec nostre Seigneur

1 C'est la 250» de la collection -Biaise, et la 61* [al. 54e) du livre II des anciennes éditions. — 2 Les éditions de 1626 et de 1G63 ne donnent d'autre date à cette lettre que celle de l'année 1612. Les nouvelles éditions lui donnent de plus pour date le 7 janvier : c'est rme erreur de chidVe, puisque la suite de cotto ]r>\\r^ rronvp qii'i-'llf ['ni écrito ie jour de la tJaiuL-AuLuiat;, qui, cuiunie vu io ô.iu^ uiiive le l / janvier.

au Ciel, s'unisse par ce mystère si admirablement a luy î Md très chère Fille, tenés vostre esprit en paix, ne regardés d'oîi sa petite maladie luy vient, ni ne vous mettes nullement er. peyne de le guérir; mais divertissés-le , tant qu'il vous sera possible , de retourner sur soy-mesme.

Le grand saint Anthoine , duquel les intercessions une extraordinaire influence cette journée, vous fera, pa bonté de Dieu , lever demain toute brave. C'est une gra joye au cœur, de s'imaginer ce grand saint entre ses he nii.'es , tirer de son esprit des sentences graves et sacrées, et 1 :- prononcer avec une vénération incomparable, comaie (]iis oracles du Ciel ; mais , entre autres , il me semble qu'il (lit a nostre ame ce qu'il disoit parmi ses disciples , pris de r Evangile : Nesoyés en souci de vostre ame, ou, pour vostre ame \ Non , ma chère Fille , demeurés en paix ; car Dieu, a riîi elle est , la soulagera.

Cependant, ma bien aymée Fille, je ne laysse pas, dans le fond de mon esprit , de prendre des saintes espérances, qu'après que par ces petitz abandonnemens Dieu nous aura espreuvés et exercés en la mortification intérieure, il nous vivifiera par ses consolations sacrées. Il ne nous abbaisse , ce doux amour de nostre cœur, que pour nous eslever : il se musse et cache, et regarde par les treillis quelle contenance nous tenons ^. Hél Seigneur et Sauveur, j'entrevois, ce me semble, la clarté de votre œil débonnaire, qui nous promet le retour de vos rayons , pour faire renaistre un beau prittems en nostre terre. Ha ' m? Fille, nous en avons bien pas»* de plus aspres ^ ; pourquoy n'aurons-nous pas le cœur de surmonter encor cette difficulté? Croyés, ma Fille , que je prie nostre Seigneur pour vous avec tout mon cœur : car mon ame est collée a la vostre, et je vous chéris comme mon ame,

^ Ne solliciti sitis animae vestrse. Matth., VI, 25. — 2 stat post parietem, respiciens per cancellos. Gant., II, 9. — * L'édition de 1626 présente ainsi ce passage : pour faire renaistre un beau printemps en nostre terre à ma Fille. Nous en avons bien passé de plus ast)re9.

ainsy qu'il est dit de Jonathas et de David *. Dieu soit a iamais propice a ce cœur tout voiié , tout dédié, tout cousacré au céleste amour.

Bon soir, ma très chèrement unique Fille; tenés bien Jesus-Christ crucifié entre vos bras , car Tespouse l'y tenoit comme un bouquet de myrrhe ^ , c'est a dire d'amertume : mais, ma très chère Fille, ce n'est pas luy qui nous est amer, c'est luy seulement qui permet que nous nous soyons amers anous-mesmes. Voyci , dit Ezechias, que néanmoins, emmi mes travaux f ma très amere amertume est en paix ^. 0 ! le Dieu de douceur veuille addoucir vostre cœur, ou au moins faire que vostre amertume soit en paix.

Cette bonne religieuse désire vous communiquer un peu au large son cœur, mais elle dit qa'elle ne sçay t comme faire : il faudra donc l'ayder ; et luy pourrés dire que je vous l'ay ^it. Dieu soit bénit. Amen.

lettre'

A UNE RELIGIEUSE DE l'oRDRE DE SAINT-BENOIT.

11 faut s'appuyer sur la divine Providence, à l'exclusion des créatures, qui peuvent nous manquer; exercer ses emplois avec afiection, et ne point tenir à ses volontés. Quand les jugements téméraires sont mortels ou véniels.

20 janvier 1612,

Il ne m'arrivera jamais, ma très chère Seur, ma Fille, d'oublier vostre cœur, que le mien aymera perpétuellement

* Anima Jonathœ conglutinata est animée David, et dilexit eum Jonathas •nasi animam suam. I. Reg., XVIII, 1, 2 Fa?ciculus myrrhEe dilectus meus mihi. Cant., 1,12. ^ Ecce in pace amaritudo mea amarissima. Cant. cl' Ezechias, \f>., XXXVill, 17. ^ C'est la 252e de la coUection-Bldise, et la 7e {al. 6e) du livre IV de» îLiiciennes éditions.

en uostre Seigneur. Jo vois par vostro l(»ltre, que vous 1x3 vous '^p^uyés pas assés en la sainte providence divine. Ma chère Fille, si elle retiroit vostre bonne sear, ce que nous devons espérer n'arriver pas si tost, vous ne laisseriés pas pour cela d'estre sous la protection de ce très bon Père éternel, qui vous couvrirait de ses aisles. Nous serions miserables, ma Fille, si nous n'establissions noslre appuy en Dieu que par rentremise des créatures que nous aiïeclionnous : mais avec cela, ma chère Seur, il ne se faut pas former des craintes inutiles. Il suffira bien de recevoir les maux qui de tems en tems nous arrivent, sans les prévenir par Fimagination.

Pour la charge que vous avés, c'est une tentation de n'y avoir pas l'amour requis pour le tems auquel vous y serés : au contraire, je voudrois, et Dieu voudroit que vous Fexerçassiés gayement et amoureusement; et par ce moyen il auroit soin du désir que vous avés d'estre deschargée , et le feroit reûscir en son tems : car notés une fois poSr toutes, qu'il ne faut jamais s'aheurter avec une de nos volontés; ains quand il nous arrive quelque chose contre nostre gré, il le faut accepter de bon cœur, quoy que de bon cœur on desirast que cela ne fust point : et quand nostre Seigneur voit que nous sommes ainsy souples, il condescend a nos intentions. J'escriray a vostre seur qu'elle vous face faire le% services comme les autres, car cela est bon.

Quand les pensées nous arrivent du mal d'autruy, et que nous ne les rejetions pas prompteraent, ains nous y amusons quelque peu, pourveu que nous ne facions pas un jugemenl entier, disant en nous-mesmes : // est vrayement ainsy ; ce n'est pas péché mortel, quand bien nous dirions absolument: // est ainsy , pourveu que ce ne fust pas en chose d'importance. Car quand ce dequoy nous jugeons nostre prochain n'est pas chose griefve, ou que nous ne jugeons pas absolument, ce n'est qiie péché véniel; et demesmepour

avoir obmis quelque verset de Foffice ou quelque cérémonie, il n'y a que péché véniel.

Et quand la mémoire de telle faute nous arrive après la confession , il n'est pas requis de retourner vers le confesseur, pour aller a la communion; ains est bon de n'y retourner pas, mais le reserver a dire pour l'autre confession Riivante, afîin de le dire si on s'en souvient.

Tandis que vostre seur n'a pas voulu recevoir vostre pen- ^on, il n'y a nulle faute pour vous; mais ce sera chose tenue qu'elle la manie. Ma très chère Seur, il ne faut point perdre courage , encor que vous ne practiquiés pas si fidèlement les resolutions que vous faites : vous devés fortifier vostre cœur^, pour en venir a l'exécution. Continués donq, très chère Seur, ma Fille, et ne cessés point d'invoquer Dieu et d'espérer en luy, et il vous fera abonder en ses bénédictions; ainsy l'en supplié-je, par le mérite de sa passion et ies intercessions de sa mère et de sainte Françoise. Nostre Joux Sauveur soit donq avec vous, ma chère Seur, ma Fille , et je suis tout en luy, vostre bien humble serviteur,

François, Evesque de Genève.

La bonne mère de Chantai , qui est malade sans danger, comme j'espère, vous salue de tout son cœur. Je la recouimande a vos prières, et moy aussi^ ma chère Seur, ma Fille. A Dieu.

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LETTRE

A SAINTE JEANNE-n^ANÇOISE DE CHANTAL. Saint François l'entretient des cUfïicultés qui Tout empêché de la voir.

24 janvier.

Que diray-je plus, ma très chère Mère? En somme il faut acquiescer a la providence de Dieu en ces petitz momens, qu'il faut employer tantost en ceci, tantost en cela, au préjudice de l'extrême désir que j'ay de voir ma pauvre très chère Mère. J'allois; M. Flocard et M. de Conflans me sont venus parler de vos affaires : quand ilz m'ont laissé, j'alloys de rechef ; il m'a fallu arrester avec les députés d'un m.onastere qui est de ma charge , qui me sont venus proposer leurs nécessités , pour continuer leur reforme. Quel moyen de refuser cette si bonne audience a des gens qui viennent pour Dieu , et de deux journées loin , pour une si bonne affaire ? Le cœur de ma mère , comme le mien propre, se fust courroucé et mutiné , si pour tel sujet je n'eusse renoncé a son contentement qui est le mien mesme. Mais demain c'est le jour de sainte Clémentine , et de la naissance de ma mère ; Dieu ne permettra pas que je sois ainsi retenu; car mesme j'ai a conférer avec elle de choses qui sont pour son amour divin, et asseurer la partie ; il faut aller dire la Messe pour cette mère auprès d'elle, et elle l'oûyra cordialement dés sa

1 L'original en est conservé dans le monastère de la Visitation de San Remo, diocèse de Ventimiglia. C'est la 303^ inédite de Biaise. Cette lettre n'avoit aucune date ; mais comme nous voyons qu'elle a été écrite la veille de la naissance de la sainte baronne de Chantai, nous lui donnons pour date le 24 janvier, sans pouvoir préciser l'année.

4!3 LFITRES SPIRITUELLES

chambre, affin qu'elle et moy, d'un cœur, d'un esprit, et d'îine ame , offrions a sa Divine Majesté la suite de nostre vie pour consacrer a son service tous les instans qui nous en restent ; cependant je vay a la prière que nous espérons de convertir bien tost en action de grâces pour la paix. Bon soir, ma très chère Mère , reposés bien vostre cœur sur la poictrino de nostre Sauveur. Amen.

CLXÏX.

LETTRE '

A LA MÊME

Saint François consent à ce que madame de Vigni soit reçue dans f€ monastère.

Je ne treuve nul inconvénient que l'on reçoive ^l""" de Vigtj . et toutes, autres bienfaictrices , sur tout quand elles ne veulent plus sortir du monastère , ou que du moins elles en veulent sortir peu souvent ; car en cela il n'y a rien de contraire a la bienséance ; je ne croy pas qu'il faille recevoir dans les monastères de la Visitation toutes les filles repentantes, mais je ne croy pas aussi qu'il les faille esconduire toutes. Il faut modérer la prudence par la douceur, et la douceur par la prudence. <!

Il y a quelquefois tant a gaigner es âmes pénitentes, qu'on ne doit rien leur refuser. Il me semble que les balustres doivent estre a la grille du chœur comme a celle du parloir. Je pense aussi, ma très chère Mère, qu'il faudra dire qu'avec tân peu de loysir on pourra pourvoir a Marseille.

i L'or'ginal en est conservé dans le monastère de la Visitation de San Remo^ ii ,;'./ï.e de Veuiimiglia. C'est la 304« inédite de la coUectiou-Blaise.

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LETTRE

A LA MÊME

Sai.it François deirrande son avis pour recevoir un ermite au servies du monastère.

^la très chère Seur, ma Fille,

Ce bon'hermite venu de la part du P. de Monchi, me dit hier au soir que si le P. de Monchi venoit, il reviendroit aussi avec luy, parce qu'il s'estoit mis sous son obeyssance, et il Tavoit pris pour supérieur. Cela, ma chère Fille, me lient encor plus en opinion de différer encor un peu a le faire venir, en luy parlant néanmoins en sorte que s'il ¥oulovt v€nir, il n'en fust pas du tout fasché ; car pour parler entre nous deux , s'il vient sur ma parole, il me sommera de le si bien accommoder, que j'en auray bien de la peyne , ce qu'il ne feroit pas s'il venoit d'autre façon. Car le bonhomme va selon son esprit, et je ne désire point de luy donner aucun sujet de plainte ; mais dites-moy vostre advis sur cela , ma très chère Fille , a laquelle je souhaitte incessamment un parfaict engloutissement en l'amour très pur de nostre Seigneur, auquel soit honneur et gloire. Bon jour, ma très chère Fille , ma Seur. Nostre Baron ^ a peyne de penser au retour ; mais il me semble tous-jours qu'il l'y faut disposer.

î L'original s'en conserve dons le monastère de la Visitation de San Rerao, diocèse de Ventimiglia. C'est la 305e inédile de la collection-Biaise.

2 Ce baron ne seroit-il pas le baron même Celse-Bénigne de Chantai, fils de notre sainte î

420 LETl'RES SPIIirrUELLES

A LA MÊME

Sur une affaire du monastère.

Qae dites-vous , ma très chère Mère ? la messe du P. dom Simplician vous sera-elle suffisante? Si cela n'est, je m'y en vay. Or, je suis sur le livre ^ que j'ay tant laissé ces jours passés , et après disné nous avons un concours , après le quel je verray d'acheminer l'eschange des jardins. Hier nous ne fismes rien, la partie estant remise a jeudy. Bon jour, ma très chère Mère , a laquelle je souhaitte mille bénédictions.

LETTRE

A LA MÊME

Saint François renvoie à M""« de Chantai une relique de sainte Apolline.

9 février 1612.

Ma très chère Fille ,

Voyla nostre sacré remède , que je puis dire m'avoir esté souverain , puis que Dieu a agi avec moy selon vostre foy ,

1 L'original en étoit conservé chez l'abbé Pullini , à Turin. C'est la 306» inédite de la collection-Biaise. — * Sans doute le Traité de l'amour de Dieu,

* Tirée du registre des lettres de saint François de Saies, conservé au monastère de la Visitation de Pignerol. C'est la !>•>« inédite de la collection- Biaise.

DE S. FUAXÇOIS DE S.\L':S. 421

voslre espérance et vostre charité, et je dois confesser a la gloire de Jesus-Christ et de sa sainte Espouse , que je ne croyois pas de pouvoir dire la Messe aujourd'huy a cause de la grande enflure de ma joue, et du dedans de ma bouche; mais estant appuyé sur mon prie-Dieu et ayant posé lareliqne sur ma joue, j'ay dit : Mon Dieu , qu'il me soit fait comme mes filles désirent, si c'est vostre sainte volonté ; et toutaussi-tost mon mal a cessé. Nostre Seigneur m'a donné pendant ce tems-la plusieurs bonnes pensées sur le raminement que la sainte Espouse dit qu'elle faysoit entre ses dens. Au sortir de la chacun m'a dit que ma joue estoit desenflée, et je le sentois fort bien moy-mesme. 0 vive Dieu! ma Fille; il est admirable en ses saintes espouses et en tous les Saintz; il a voulu que ce mal soit venu aujourd'huy pour nous faire honnorer son espouse Apolonie , et pour nous donner une preuve sensible de la communion des Saintz.

CLxxin.

LETTRE

A UNE DAME

Un confesseur pent retrancher la fréquente communion à certaines personnes, soit pour les éprouver, soit pour les obliger de se corriger de leurs défauts ; il faut supporter cette privation avec une humble obéissance , pour la rendre avantageuse. Ne pas s'en tenir au désir qu'on a d'être tout à Dieu, et au goût que l'on sent pour l'oraison, mais avec cela travailler k l'acquisition des vertus.

11 février 1612.

Vous avés maintenant , ma très chère Fille , ma responce la lettre que N. m'apporta , et voyci celle que je fais a la

ï C'est la 2540 de la collection- Biaise, et la 45» du livre II des ancienne! éditions.

vubire du quatorzième janvier. Yous avés bien fait d'obeir a vostre confesseur, soit qu'il vous ayt retranché la consolation de communier souvent pour vous espreuver, soit qu'il Fayt fait parce que vous n'aviés pas assés de soin de vous corriger de vostre impatience; et moy, je crois qu'il l'a fait pour l'un et pour l'autre, et que vous devés persévérer en cette patience tant qu'il vous l'ordonnera, puisque vous avés tout sujet de croire qu'il ne fait rien qu'avec une juste considération : et si vous obéisses humblement, une communion vous sera plus utile en effect que deux ou troys faites autrement ; car il n'y a rien qui nous rende la viande si prolïitable , que de la prendre avec appétit et après l'exercice ; or, la retardation vous donnera l'appétit plus grand, et l'exercice que vous ferés a mortifier vostre impatience revigorera vostre estomach spirituel.

Humiiiés-vous cependant doucement, et faites souvent l'acte de l'amour de vostre propre abjection. Demeurés pour un peu en la posture de la Cananée : Ouy , Seigneur, je ne suis pas digne de manger le pain des enfans *; si, je suis vrayesr.ent une chienne qui rechigne et mords le prochain sans propos par mes paroles d'impatience. Mais si les chiens ne mangent le pain entier, au moins ont-ilz les miettes de la table de leurs maistres. Ainsi, o mon doux maistre ! je vous demande , sinon vostre cors , au moins les bénédictions qu'il respand sur ceux qui en approchent par amour. C'est le sentiment que vous pourrés faire , ma très chère Fille, es jours que vous souliés commuiiier, ot que vous ne communies pas.

Le sentiment que vous avés d'estre tout^a Dieu n'est point trompeur; mais il requiert que vous vous amusiés un peu plus a l'exercice des vertuz, et que vous ayés un soin spécial

1 (Jésus) ait : Non est bonum suinere panem filiorum, et mittere canibus. At illa (Chanana'a) dixit : Eiiara, Domine ; nam et catelli edunt de raicia Qase cadunt de mensà doniiiiorum suorum. Matth., XV, 2C et 27.

d'acquérir celles esquelles vous vous treuvés plus défaillante. Relises le Combat spirituel, et faites une spéciale attention aux documens qui y sont : il vous sera fort a propos.

Les sentimens de Forayson sont bons; mais il ne faut pa? pou rtant s'y complaire tellement, qu'on ne s'employe diligemment aux vertus et mortifications des passions. Je prie tousjours pour la bonne mère * des chères Filles. De vray, puisque vous estes en train de Forayson , et que la bonne mère Carmeline vous assiste, il suffit. Je me recommande a ses prières et aux vostres , et suis sans fin ni reserve très parfaitement vrifUri;. Vive Jps'-îs. Amen.

LETTRE

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