A UNE RELIGIEUSE
!1 lui recommande de ne point tourmenter son cœur, mais de le traiter doucement , l'encourager, et veiller sur lui.
10 mars 1612.
Nous parlons ycide vous si souvent, et avec tant de playsir , ma chère Fille , que vous ne devés pas avoir soin de nous en rafraischir la mémoire. Mais ce n'est pas cela que je vous veux dire; car j'ay d'autres choses a vous demander. Dites-moy donq vous-mesme, ma chère Fille; le pauvre cœur bien-aymé, comme se porte-il? est-il tous-jours vaillant et vigilant pour s'empescher des surprises de la tristesse? Je le vous recommande au nom de nostre Seigneur, ne le tourmentés point; je dis mesme, quand bien il auroit
1 Au lieu de ce mot : mère, l'édillùn de 1663 porte : issue. — - G'est ta 261« \ie ia culiection-BIaise, et la 37^ du livre IV des anciennes éditions.
fait quelque petit destour : mais reprenés-le doucement, et ie ramenés en son chemin ; car il est bon , certes , ce chetif petit cœur de ma grande fille ; et pourveu qu'elle le traitte bien , qu'elle demeure un peu soigneusement en attention sur luy , que souvent elle le rencourage par de petites oraysons jaculatoires, par de petites conférences de ses bons souhaitz avec nostre mère et avec moy, par de petites bonnes cogitations faites sur ce sujet en diverses occasions, vous verres, ma chère Fille , que ce cœur deviendra un vray cœur selon le cœur de Dieu. Seigneur Jésus, c'est pour cela que deux foislejourje vous fais prière particulière. Vives joyeuse, ma très chère Fille ; Dieu vous ayme , et vous fera la grâce que vous l'aymerés : c'est le souverain bonheur de l'ame pour cette vie et pour l'éternelle. Ma très chère Fille, je suis incomparablement tout vostre.
LETTRE