‹ Œuvres complétes Volume 10Chapitre 45 sur 79 · A SON COUSIN · texte numérisé non relu

A SON COUSIN

Saint François lui envoie une lettre de son oncle M. Bonvilars.

A Chambéry, le 2 avril 1612.

Monsieur mon Cousin ,

Voyia une lettre de M. Bonvilars nostr' oncle , a laquelle e ne puis faire autre responce que celle que vous m'ordonnerés.

Cependant je demeureray de vous et de M""** ma cousine, Très affectionné , plus humble cousin et serviteur ,

François , Evesque de Genève.

* L'original en est conservé au monastère de la Visitation de Pignerol. C'est »a 140« inédite de la collection-Biaise.

DE S. FHAr,çulS DE SALES. 425

lettre'

A UNE SUPÉRIEURE DE l'oRDRE DE LA VISITATION.

Conseils pour une personne qui désiroit fonder un monastère de religieuset de la Visitation. Esprit de cet ordre.

22 avril 1612.

Ma très chère Fille ,

En peu de motz je vous dis que les âmes qui sont si heureuses que de vouloir employer les moyens que Dieu leur a donnés , a sa gloire , doivent se déterminer aux desseins qu'elles font , et se résoudre de les practiquer conformément a cette fin. Si elles sont inspirées de faire un couvent de Chartreux, il ne faut pas qu'elles veuillent qu'on y face les escolles, comme aux Jésuites; si elles veulent faire un collège de Jésuites , il ne faut pas qu'elles veuillent qu'on y observe la solitude et le silence.

Si cette bonne dame, que vous ne nommés point, veut faire un monastère de Religieuses de la Visitation, il ne faut pas qu'elle les charge de grandes prières vocales , ni de plusieurs exercices extérieurs : car ce n'est pas vouloir des filles de la Visitation.

Il doit, a mon advis, suffire que tout l'intérieur et l'extérieur des filles de la Visitation est consacré a Dieu ; que ce sont des hosties de sacrifice , et des holocaustes vivans , et toutes leurs actions et résignations sont autant de prières et d'oraysons , toutes leurs heures sont dédiées a Dieu, ouy, mesmes celles du sommeil et de la récréation, et sont desfruitz

1 C'est la 2G3* de la collection -Biaise, et la 20« du livre VI des aiicieime* éditions.

de la charité. Cela employé pour son ame , et la gloire qui revient a Dieu de la retraitte de tant de filles , estant dédiée pour l'accroissement de la charité de ce cœur, fait une somme presque infinie de richesses spirituelles.

Voyla mon sentiment. De charger les monastères de la Visitation des practiques qui divertissent de la fin pose laquelle Dieu les a disposés , je ne pense pas qu'il le faille faire. De vouloir tirer des olives d'un figuier, ou des figues d'un olivier, c'est chose hors de propos. Qai veut avoir des figues, qn'ï] plante des figuiers; qui veut avoir des olives, qu'il plante des oliviers.

Ma très chère Fille, vous estes tout a fait de mon humeur. En la réception des filles , je préfère infiniment les douces et les humbles, quoy qu'elles soyent pauvres, aux riches moins humbles et moins douces, quoy qu'elles soyent riches. Mais nous avons beau dire : Bienheureux sont les pauvres » ; la prudence humaine ne laissera pas de dire : Bienheureux sont les Monastères, les Chapitres, les maysons riches. Il faut en cela mesme cultiver la pauvreté que nous estimons; que nous souffrions amoureusement qu'elle soit mes-estimée.

Vous avés receu deux nouvelles, mais anciennes filles de

vostre May son : le retour est tous-jours plus aggreable aux

mères que le départ des enfans. Je suis de tout mon cœur,

ma très chère Fille, très entièrement vostre très humble père

t serviteur, etc.

« MaU., V, 3.

LETTRE '

A S. A. CHARLES-EMMANUEL l", DUC DE SAVOIE.

Saint François demande à S. A. la permission de prêcher le Carême à Lyon.

Anneci, 26 mai 161^.

Monseigneur ,

Je suys conjuré de la part de MM. les doyen et comtes de Saint Jean de Lion , de leur accorder mes prédications pour le caresme prochain ; la qualité de cett' Eglise-la , qui est si honnorable entre toutes celles de France ; le voysinage , et perpétuel commerce de ceux de ce pais ci avec les Lionnois, l'honneur que ces seigneurs m'ont fait de m'envoyer exprès monsieur le comte de Saconay , originaire sujet et vassal de V. A., et le quel tient un rang fort principal entr'eux, me convie a ne point refuser en une si affectionnée et digne recherche ; seulement , ay-je réservé le bon playsir de V. A., sous lequel je veux tous-jonrs vivre; qui me fait la très humblement supplier de me faire sçavoir ce qu'elle aura aggreable pour ce sujet, tandis que je continueray mes vœux pour sa prospérité , comme doit ,

Monseigneur ,

Son très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur ,

François , Evesque de Genève.

* L'autographe eu est conservé aux archives de la cour de Turin C'est la 142» inédite de la collection-Biaise.

4"R LKîTRFS SPÎRITUELLF.S

CLXXYUI.

LETTRE'

A UNE DA31E

Le Saint l'exhorte à être fidèle aux exercices spirituels et aux venus, et à ne point s'inquiéter de sa foiblesse. De quelle manière il faut prendre son cœur lorsqu'il a failli.

28 mai 1612, eu tiâte.

Madame ,

Il est vray, je désire fort que quand vous penserés tirer de la consolation en m'escrivant , vous le faciès avec confiance. Il nous faut joindre ces deux choses ensemble : une extrême affection de bien exactement practiquer nos exercices , tant de Torayson que des vertus, et de nullement nous troubler, ni inquiéter, ni estonner, s'il nous arrive d'y commettre des manquemens ; car le premier point dépend de nostre fidélité, qui doit tous-jours estre entière et croistre d'heure en heure; le seconc? dépend de nostre infirmité , laquelle nous ne seaurions jamais déposer pendant cette vie mortelle.

Ma très chère Fille, quand il nous arrive des defautz, examinons nostre cœur tout a l'heure , et demandons-luy s'il a pas tous-jours vive et entière la resolution de servir a Dieu ; et j'espère qu'il nous respondra qu'ouy, et que plustost il souffriroit mille mortz que de se séparer de cette resolution.

Demandons-luy de rechef : Pourquoy donq bronches-tu maintenant? pourquoy es-tu si lasche? il respondra : J'ay esté surpris , je ne sçai comment ; mais je suis ainsy pesant maintenant.

Helas ! ma chère Fille, il luy faut pardonner : ce n'est pas

» C'est l;i 267e de l'édition de 1834 de Biaise, la 800*' de l'édition de 1821 du même éditeur, et la 39" ial. 32^) du livre IV des anciennes éditions.

par infidélité qu'il manque , c'est par inlîrmité ; il le faut donq corriger doucement et tranquillement , et non pas le courroucer et troubler davantage. Or sus , luy devons-nous dire, mon cœur, mon amy, au nom deDieu,'prens courage , cheminons , prenons garde a nous , eslevons-nous a nostre secours et a nostre Dieu. Helas î ma chère Fille, il nous faut estre charitables a l'endroit de nostre ame , et ne la point gourmander , tandis que nous voyons qu'elle n'offence pas de guet a pend.

Yoyés-vous, en cet exercice nous practiquons la sainte humilité : ce que nous faysons pour nostre salut, est fait pour le service de Dieu ; car nostre Seigneur mesme n'a fait en ce monde que nostre salut. Ne désirés point la guerre , mais attendés-la de pied coy. Nostre Seigneur soit vostre force.

Je suis en luy vostre très affectionné serviteur , etc. Le 28 may en haste.

LETTRE

A SAINTE JEANNE-FRANÇOISE DE CHANTAL

Sur la réception d'une fille de Dijon dans le monastère de la Visitation.

17 juin 1612.

Vive Jésus, ma très chère Seur, ma Fille, je je

suis sans loysir : mesme que demain il faut que jaille estre l'aumosnier de nos seurs de la Visitation pour la réception d'une fille de Dijon de fort bonne famille et de très bonne mine , qui y est arrivée ce matin avec sa mère et assés bien

» L'original en appartenoit à madame la comtesse Massimino di Ce va, née Carron de Saint-Thomas, à Turin. C'est la U4* inédite de la collection-Biaise.

accompaignée. C/ost imacquestque M. de Millet et mes filles ont fait en leur voyage. Je voudrois, mays je ne puis escrire a M. de la Forest sur sa convalescence ,• ce sera donq a la première commodité. Gloyre soit au Père et au Filz et au saint Esprit dont nous célébrons îa foy aujourd'huy \ Yostre très humble frère et serviteur, François , Evesque 3é Genève.

LETTRE '

AS. A. CHARLES-EMMANUEL l*"", DUC DE SAVOIE.

Recommandation en faveur de M. Chaperon, qui alloit remercier S. A. de l'obtention de sa liberté.

T.^ - . Annecy, 18 juin 1612.

monseigneur,

Apres que le sieur Chaperon a eu receu la liberté par la bonté et équité de V. A., il a voulu aller a ses pies pour luy en porter le très humble remerciement qu'il en doit.

Et moy , Monseigneur , qui ay intercédé pour luy, je Taccompaign'encor en cett' action de grâces, et suppliant ïïostre Seigneur qu'il comble de prospérité V. A., je demeure,

Monseigneur,

Vostre très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur ,

François, Evesque de Genève.

^ Dimanche de la samte Trinité.

2 i;. riginal en est conservé aux archives de la cour de Turint C'est la i48« inédite de U colicction-Blaise,

DE S. FRANÇOIS DE SALES. 43 f

LETTRE

A s. A. CHARLES-EMMANUEL l", DUC DE SAVOIE.

Kecomrnandation en faveur d'un Gentilhomme qui a besoin de recourir à la justice de S. A.

Annecy, 30 juin 1612.

Monseigneur,

Ce gentil-homme qui a en ce païs plusieurs alliés dignes de recommandation, recourt a la justice de V. A. S. pour tirer rayson d'un homme qui est maintenant a Thurin, des-ja remarqué pour desloyal, ai nsy qu'on luiafaict entendre. Et bien que la justice ne soit desniée a personne, si est-ce * que si V. A. le reçoit en sa spéciale protection pour ce regard, il espère qu'il jouira beaucoup plus tost des fruilz qu'il en prétend ; et pour cela il implore sa bonté , a quoy j'adjouste ma très humble intercession, qui suis,

Monseigneur,

Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur de V. A. S.

François , Evesque de Genève.

* L'original en existe anx archives de la cour de Turin. C'est la 146e inéd. Ae la collection-Biaise. 2 L'édition-Biaiso porte ici estre, au lieu de est-ce. C'est une erreur visible».

432 LETTRES SPIRITUEU.KS

CLXXXir.

LETTRE

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