‹ Œuvres complétes Volume 10Chapitre 46 sur 79 · A UNE DE SES SŒURS · texte numérisé non relu

A UNE DE SES SŒURS

Le Saint lui recommande la douceur et la paix dans les contre-temps de cette vie.

30 juin 1612.

Ma chère Seur, ma Fille,

Je suis marry que je n'ay plus tost receu la salutation que maistre Constantin m'avoit apportée de vostre part : car ^'eusse eu plus de loysir de vous escrire selon mon cœur, qui est si plein d'affection pour vous, et vous chérit si fort, qu'il ne peut se contenter de vous en entretenir pour un peu. Je vis avec beaucoup de contentement de sçavoir que vostre ame est toute dédiée a l'amour de Dieu, auquel vouf prétendes de vous avancer petit a petit par toutes sortes de saintz exercices. Mais je vous recommande tous-jours plus que tout, celuy de la sainte douceur et suavité es rencontres que cette vie vous présente sans doute souventesfois. Demeurés tranquille et toute amiable avec nostre Seigneur sur vostre cœur. Qne vous serés heureuse, très chère Seur, ma Fille, si vous continués de vous tenir a la main de sa Divine Majesté, entre le soin et le train de vos affaires, lesquelles reûsciront bien plus a souhait quand Dieu vous y assistera! et la moindre consolation que vous en aurés sera meilleure, que les plus grandes de celles que vous pourries avoir de la terre.

Ouy, ma chère Fille, ma Seur, que je vous ayme, et plus

3 C'est la 271« de l'édition de 1834 de Biaise, la 751c de l'édition de 1821 du même Edite'-/»r, et la 26e (a/. 18*) du livre IV des anciennes éditions.

que vous ne sçauriés croire, mais principalement dés quij j'ay veu en vostre ame ce digne et honnorable désir de vou-' loir aymer nostre Seigneur avec toute fidélité et synctrité ! d quoy je vous conjure de persévérer constamment, et ai m'aymer tous-jours bien entièrement, puis que je suis d'ur. cœur tout entier et fidèle, vostre humble frère et très affectionné serviteur, etc.

CLxxxin.

LETTRE

A UNE DAME

Il compatit à ses afflictions, et se réjouit de son courage et de sa patience i il l'exhorte à continuer, et lui en marque les moyens.

20 juillet 1C12.

Madame ,

Saches que j'ay un particulier contentement, quand jt reçois de vos lettres, de voir que, parmi beaucoup d'empeschemens et de contradictions, vous conservés la volonté de servir nostre Seigneur : car c'est la vérité que, si vouy estes bien fidèle entre ces traverses , vous en aurés d'autanl plus de consolations, que les difficultés que vous avés au« ront esté grandes. Je pense en vous quand moins vous le pensés, et vous voy avec un cœur de compassion, sachant bien combien vous avés de rencontres en ce tracas parmi lequel vous vives, qui vous peuvent divertir de la sainte attention que vous désirés avoir a Dieu. Pour cela je ne veux point cesser de recommander a sa divine bonté vostre nécessité ; mais je ne veux pas aussi laisser devons conjurer de la rendre utile a vostre advancement spirituel.

' C'est la 273« de la coUectiou- Biaise, et : i 12<» {al. il») du livre V dei aucieunes éditions.

âSI leitres spirituelles

Nous n'avons point de récompense sans vieînii e, ni point de victoire sans guerre. Prenés donq bien courage, et convertisses vostre peyne, qui est sans remède, en matière de vertu. Voyés souvent nostre Seigneur, qui vous regarde, \)auvre petite créature que vous estes, et vous voit emmi vos travaux et vos distractions. Il vous envoyé du secours ^ et bénit vos afflictions. Vous devés, a cette consideratiou , prendre patiemment et doucement les ennuys qui vous arrivent, pour l'amour de celuy qui ne permet cet exercice vous arriver que pour vostre bien.

Eslevés donq souvent vostre cœur a Dieu : requerés son ayde , et faites vostre principal fondement de consolation au bonheur que vous avés d'estre sienne. Tous les objetz de desplaysir vous seront peu de chose, quand vous sçaurés d'avoir un tel amy, un si grand support, et un si excellent refuge. Dieu soit tous-jours au milieu de vostre cœur, Madame ma très chère Fille, et je suis de tout le mien, vostre humble et très affectionné compère et serviteur, etc.

lettre'

A UNE DAME MARIÉE

avantages d'un saint mariage; on doit, par motif de reconnoissance envers Dieu, y vivre dans la pratique de la vertu, et continuer à pratiquer les bonnes résolutions qu'on avoit prises auparavant.

Madame , L'espérance que j'ay tous-jours eu, dés une année en ça, d'aller en France, m'a retenu de vous ramentevoir mon inviolable affection a vostre service par lettre , puis que ja

1 C'est la 274e de l'édition de 1834 de Biaise, la 786* de celle de 1821 du même Editeur, et la 6» du livre III des anciemies éditions.

croyois que quelque heureux rencontre me donneroit le moyen de vous rendre ce devoir en présence ; mais maintenant que je n'espère presque plus ce bien, et que ce digne porteur me donne une commodité si asseurée, je me resjouis de tout mon cœur avec vous, ma très chère Fille; car ce mot est plus cordial.

Je me resjouys et loue nostre Seigneur de vostre si estimable et aymable mariage , qui vous servira de fondement pour bastir et eslever en vous une douce et aggreable vie en ce mcncle, et pour heureusement passer cette mortalité en la très sainte crainte de Dieu , en laquelle , par sa grâce , vous avés esté nourrie dés vostre berceau ; car tout le monde me dit que Monsieur vostre mary est un des plus sages et accomplis cavaliers de France, et que vostre liayson est non seulement nouée de la sainte amitié qui la doit serrer de plus en plus, mais aussi des-ja bénie de la ferlilité par laquelle vous estes a la veille de vos couches, ainsy que N. m'asseure.

Il faut donq bien correspondre a toutes les faveurs du Ciel, ma très chère Fille ; car elles vous sont sans doute données afhn que vous les faciès profiter a la gloire de celuy qui vous gratifie, et a vostre salut. Je ne puis que je ne croye, ma très chère Fille, que vous n'employés vostre courage a €ela, et que vous ne le faciès comme sachant que le bonheut de vostre mayson et de vostre personne dépend de cela eiL cette vie passagère, et Tasseurance de l'immortelle après celle-ci.

Or sus, en ce nouvel estât de mariage auquel vous estes, renouvelles souvent les resolutions que nous avons si souvent faites de vivre saintement et vertueusement, de quelle condition que Dieu nous fist estre. Et si vousl'avés aggreable, continués a me favoriser de vostre bienveuillance filiale, comme je vous asseure, ma très chère Fille, que d'un cœur tout remply d^dicction paternelle, je ne célèbre jamais la

très sainte Messe , que li es particulièrement je na vous recommande a Dieu avec Monsieur vostre mary, auquel je suis et seray tous-jours, ainsy que je suis pour vous, Madame, vostre très humble et très affectionné serviteur,

La veille de nostre Dame, a Lyon 14 août, 1612.

LETTRE'

A UNE DAME

De la résignation dans les peines, et de la douceur chrétienne.

17 août 1612.

Or sus, que voulés-vous que je vous die, ma très chère Fille, sur le retour de vos misères, sinon qu'autour de Tennemy il faut reprendre et les armes et le courage pour combattre plus fort que jamais? Je ne voy rien de bien grand au billet. Mais, mon Dieu! gardés-vous bien d'entrer en aucune sorte de desfiance : car cette céleste bonté ne vous \aisse pas tomber de ces cheutes pour vous abandonner, ains j pour vous humilier, et faire que vous vous teniés plus serrée i et ferme a la main de sa miséricorde.

Vous faites extrêmement a mon gré de continuer vos exercices emmi les sécheresses et langueurs intérieures qui vous sont revenues. Car, puis que nous ne voulons servir Dieu que pour l'amour de luy, et que le service que nous luy rendons parmi le travail des sécheresses luy est plus aggreable que celuy que nous faysons parmi les douceurs,

1 C'est la 275e de la coIIecîion-Blaise, et la 37* (al. 3ie) du livre II deS tncicnnes éditions.

nous devons aussi de nostre costé l'aggreer davantage, au moins de nostre volonté supérieure; et, bien que selon nostre goust et l'amour propre, les suavités et tendretés nous soyent plus douces, les sécheresses néanmoins, selon le goust de Dieu et son amour, sont plus profitables, ainsy qae les viandes sèches sont meilleures aux hydropiques que les hu' mides, bien qu'ilz ayment tous-jours plus les humides.

Pour vostre temporel, puis que vous vous estes essayée d'y mettre de l'ordre , et que vous n'avés peu , il faut donq maintenant user de patience et de résignation , embrassant volontiers la croix qui vous est arrivée en partage ; et selon que les occasions se présentent , vous practiauerés l'adviï que je vous avois donné pour ce regard.

Demeurés en paix , ma chère Fille ; dites souvent a nostre Seigneur que vous voulés estre ce qu'il veut que vous soyés, et souffrir ce qu'il veut que vous souffriés. Combattes fidèlement vos impatiences, en exerçant non seulement a tous propos, mais encor sans propos, la sainte debonnaireté et douceur a l'endroit de ceux qui vous sont plus ennuvenx , el Dieu bénira vostre dessein. Bon soir, ma très chère Fille; Dieu soit uniquement vostre amour.

Je suis en luy de tout mon cœur tout vostre ,

François, Evesque de Genève»

l,?J LETTRES SPIRITUELLES

LETTRE

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