A HNE DAME DU MONDE
î! priM':?:t à i:;io thniic surchargée d'affaires les ex' rcicos qui sont propres à^ cet état, et l'exhorte à souffrir sans se plaindre ses peines intérieures.
29 septembre 1612.
Madame ma très chère Fille ,
Vous sçaurés, par cette si digne porteuse, parmi quelle multitude de tracas je vous escris , qui me servira d'excuse si je ne vous parle pas si amplement comme je desirerois. Yous devés mesurer la longueur de vos prières a la quantité de vos affaires ; et puis qu'il a pieu a nostre Seigneur de vous mettre en »^iie sorte de vie en laquelle vous avés perpétuellement des distractions, il faut que vous vous accoustumiés a faire vos oraysons courtes; mais qu'aussi vous les vous rendiés si ordinaires, que jamais vous ne les layssiés sans grande nécessité. Je voudrois que le matin au lever vous plyassies les genoux devant Dieu pour l'adorer, faire le signe de la Croix, et luy demander sa bénédiction pour toute la journée, ce qui se peut faire au tems que l'on diroit un ou deux Pater noster. Si vous avés la Messe, il suffira qu'avec attention et révérence vous l'escoutiés, ainsi qu'il est marqué dans V Introduction, en disant vostre Chappellet. Le soir avant souper ou environ, vous pourries aysément faire un peu de prières ferventes , vous jettant devant nostre Seigneur autant comme on diroit un Pater ; car il n'y a point d'occasion qui vous tienne si sujette , que vous ne puissiés desrober ce petit bout
1 C'est la 277e ^e la collection -Biaise, et la 20^ du livre U des anciennes éditions.
ai' loysir. Le soir, avant qu'aller coucher, vous pourrés, faysanl autre chose, en quel lieu que ce soit, faire la reveuë de ce que vous aurés fait parmi la journée de gros en gros , et, allant au lict , vous jelter briefvement a genoux , demander pardon a Dieu des fautes que vous aurés commises, et le prier de veiller sur vous, et vous donner sa bénédiction : ce que vous pourrés faire courtement, comme pour un Ave Maria.
Mais surtout je désire qu'a tous propos, parmi la journée, vous retiriés vostre cœur en Dieu , luy disant quelques courtes paroles de fidélité et d'amour.
Quant aux afflictions de vostre cœur, ma chère Fille , vous discernerés aysément celles ausquelles il y a du remède , et celles esquelles il n'y en a point. Oij il y a du remède , il faut tascher de l'apporter doucement et paysiblement : celles où il n'y en a point, il faut que vous les supportiés comme une mortification que nostre Seigneur vous envoyé pour vous exercer et rendre toute sienne.
Prenés garde a ne vous relascher guieres aux plaintes, ains contraignes vostre cœur de souffrir tranquillement. Que s'il vous arrive quelque sorte de saillie d'impatience, soudain que vous vous en appercevrés , remettes vostre cœur ei; la paix et douceur. Croyés-moy, ma chère Fille , Dieu aym^ lésâmes qui sont agitées des flotz et tempestos du monde ^ pourveu qu'elles reçoivent de sa main le travail , et, comme vaillantes guerrières , s'essayent de garder la fidélité emmz les assautz et combatz.
Si je puis , je diray quelque chose sur ce sujet a cette chère Seur tant aymable , aifin qu'elle vous le redise ; et je m'en vay pour l'accommodement d'une querelle chaude, qu'il faut empescher. Je suis, mais d'un cœur fort entier. Madame, vostre humble et très affectionné G. et serviteur, etc.