‹ Œuvres complétes Volume 10Chapitre 49 sur 79 · AU DUC DE SAVOIE · texte numérisé non relu

AU DUC DE SAVOIE

te Saint le remercie d'un présent qu'il avoit reçu de lui.

Monseigneur , Je ne puis dignement vous remercier des beaux presena qu'il vous a pieu m'addresser, que j'ay receus avec une ex-

» Tirée du monastère de la Visitation de la ville de Bordeaux. C'est la 039» de la coUection-Blaise , où elle porte pour suscription : A un Evêque. Mais 40 saint François qualifie de Monseigneur et do Vostre Altesse l'éminent personnage auquel il écrit, tandiô ^^/. l'^ût nommé simplement Monsieur et Vostre Grandeur s'il se fût adressé à un évêque , du moins de France. 2» Il eût trouvé ce personnage à Paris, si Son Altesse lui avoit permis cette annéelà d'en faire le voyage; or il n'avoit du obtenir du Duc de Savoie la permission d'aller à Paris prêcher le Carême en 161S, tandis que le Duc lui-même put fort bien y aller cette même année. 3» Saint François se proposoit de faire le vo.vage du Piémont au printemps de cette année où il écrivoit, et nous voyons en effet qu'il se trouvoit à Turin au printemps de l'année 1613 pour la fête du Saint-Suaire. Il résulte de toutes ces raisons que celte lettre a pu être adres.^ée au Duc de Savoie vers janvier ou février 1G13.

4o0 LETTRES SPIRITUELLES

treme joye, non ceries pour leur valeur, qui est granc^e^ mais parce que ce sont de grans tesmoignages du coîur que vous avés envers moy, m'estant envoyés avec bien du soin et incommodité ; et pour en retirer plus de gloire, je n'ay «ias oublié d'en faire part a tous ceux de cette ville que j'estime capables de peser le bonheur que ce m'est d'estre aynié de vous, auquel ne pouvant donner avec contre-eschange, je :îhy pour le moins humble reconnoissance que mon devoir surpasse mes forces, lesquelles néanmoins vous les dédie toutes a l'honneur de vostre service.

Mais quel contre-tems ! si j'eusse esté si heureux d'aller a Paris cette année , selon le désir de Monsieur nostre Grand , pour recueillir autour de vous et de luy les fruitz de la pi^s excellente consolation que jepouvois avoir! J' acquiesce néanmoins a l'ordonnance de la providence céleste, laquei> au moins a permis que, pour mes péchés, ce playsir me so:t interdit. J'espère que le voyage de ^^Wîmoni, dont j'ay dessein pour ce printems, impetrera de 'itre Altesse une si forte confiance en ma simplicité , que je pourray l'année suivante avoir ma juste liberté.

Cependant allés. Monseigneur, dessus ce grand theastre ; et suyvant Dieu , comme vous faites , espérés toutes sortes de bons effectz, et vous employés pour le bien de l'Eglise et de la providence pour laquelle vous vous acheminés. Mais disons doucement et toutefois, si vous me croyés, un peu avilement , de la présence du grand amy, que j'estime si grand miv moy, que je ne voy rien de si grand parmi toutes les grandeurs de Paris, qu'il ne me semble petit en comparayson de sa bienveuillance. Que si quelquefois, comme je n'en doute pas, vous me favorisés de quelque mention de nous ensem])lement, je vous conjure, Monseigneur, que ce soit comme de vostre très humble, eic.

CXGIV.

LETTRE '

A UNE DAME

ji Snint console une de ses pénitentes sur reniîirisonnom-^nt de sor. :i?vr C'est dans les afflictions que l'on doit marquer son amour à noirji S^/ gneur; elles sont préférables aux satisfactions. 11 l'exhorte à rmattre sa coi liance en Dieu , et lui promet de s'employer pour l'élargissement du pr». sonnier.

-Ja très chère Fille ,

C'est liicùntenant , que vous estes en affliction, que vou<7 devés tesmoigner nostre Seigneur l'amour que vous luy avés si souvent promis et protesté entre me3 mains. €e me sera une extrême consolation d'apprendre que vostre cœur se comporte bien pour ce regard.

Recommandés-vous aux prières de saint Louis, lequel après avoir longuement assisté et servy les malades de con« tagion en son armée, s'estima bienheureux d'en mourir, prononçant cette orayson pour ses dernières paroles : J^entreray en ta mayson , ô mon Dieu, f adorer ay en ton temple, et confcsseray ton nom "-.

Remettés-vous en la volonté divine, qui vous conduira selon vostre mieux pour l'emprisonnement de vostre mary. Je voudrois bien en cette occasion vous donner quelque sorte de bonne consolation, mais je n'ay pas dequoy. Je prie donq

1 C'est la 837e de Biaise, et la 32^ du livre V des anciennes éditions. Nous présumons que cette lettre a pu être adressée à madame de Charmoysi;, dont le mari se truuvoit emprisonné à l'époque du 20 mai 1613 (Voyez, tom. VII, pag. 232). Du reste, rien ne prouve que cette lettre n'ait pas été écrite à, toute autre occasion.

* Introibo in domum tuam, adorabo ad templum sanctum tuum, et confitebor nomini tuo. Ps. GXXXVII, 2.

nostre Seigneur qu'il soit voslre consolation , et qu'il vous face bien entendre que par plusieurs travaux et tribulations il vo7fs faut entrer au royaume des cieux^; et que les croix et alïïictions sont plus aymables que les contentemens et délectations , puisque nostre Seigneur les a choisies pour soy et pour tous ses vrays serviteurs*.

Ayés bon courage, ma chère Fille, tenés ferme vostre confiancB en celuy au service duquel vous vous estes dédiée el abandonnée, car il ne vous abandonnera point : et cependant je m'employeray de tout mon cœur affin d'ayder vostri niary envers tous ceux que je croy avoir du crédit pour le faire délivrer, et que je sçauray vouloir faire quelque chose a ma considération; et des-ja j'ay commencé ce bon office dés avant hier, vous chérissant comme ma vraye fille, et tout ce qui vous appartient, pour l'amour de nostre Seigneur a qui vous appartenés; la volonté duquel soit faite es siècles des siècles. Amen.

François , Ev. de Genève.

A Nessy.

1 Per multas tribulationes opottet nos intrare in regnum Dei. Act., XIV, 21, •Proposito sibi gaudio, (Jésus) suslinuit crucem,*confusione contempla. Beor., XII, 12.

DE S. FRA^XOIS DE SALES. ''^'i.l

CXGV.

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