A UNE JEUNE DAME NOUVELLEMENT MARIÉE
Il la complimente sur son mariage, et, pour son règlement de vie, la renvoie à V Introduction à la vie dévote. 11 lui conseille la douce humilité, l'amour de son époux, le combat de ses inclinations, la pratique des vertus, etc.
12 mars 1613.
Dieu soit bénit et glorifié de ce changement de condition que vous avés fait pour son nom , ma très chère Fille ; et je dis tous-jours ma très chère Fille, car ce changement ne changera rien en cette affection vrayement paternelle que je vous ay dédiée. Vous verres bien que si vous avés une parfaite résignation de vostre ame en la providence et volonté de nostre Seigneur, vous marcheiés en cette vocation, vous y aurés bien de la consolation , et deviendrés fort sainte a la lin. C'estoit ce qu'il falloit a vostre esprit, puis que vous avés rencontré ce gentil-homme si plein de bonne inclination. Vous avés tort de faire scrupule de rompre le jeusne , pajs que l'advis du Médecin le porte.
Conduisés-vous en la Communion au gré de vostre Confesseur ; car il luy faut donner cette satisfaction , et vous ne perdrés rien pour cela ; car ce que vcus n'aurés pas par la réception du Sacrement , vous le rencontrerés en la sousmission et obéissance. De règles pour vostre vie, jii ne vous en donneray que celle qui est dans le livre : mais si Dieu dispose que je vous puisse voir, et s'il y a quelque sorte de difficulté , je vous respondray.
» C'est la 288e de la collection-Biaise, et la 43« {.aliàs 36') du livre IV dm
ftuciennes éditions.
454 LEÏTRES SPIRITUELLES
Il n'est nul besoin que vous m'escriviés vostre confession i que si vous avés quelque point parîiciilier duquel vous desiries conférer avec mon cœur, qui est tout vostre , vous le pour ré s.
Soyés bien douce : ne vives point selon vos humeurs et selon vos inclinations, mais selon la rayson et la dévotion. Jiymés vostre rnary tendrement , comme vous ayant esté donné de la propre main de nostre Seigneur.
Soyés bien humble envers tous : vous devés avoir un grand soin de ranger vostre esprit a la paix et tranquillité , et d'estouffer ces mauvaises inclinations que vous avés, par une intention a la practique des vertus contraires , en vous resolvant d'est^e plus diligente, attentive et active a la practique des vertus : et marqués ces quatre paroles que je vous vay dire : vostre mal vient dequoy vous craignes plus les vices , que vous n'aymés les vertus.
Si vous pouviés provoquer un peu profondément vostre ame a l'amour et la practique de la douceur et de la vraye humilité , ma chère Fille , vous sériés brave ; mais il faut y penser souvent. Faites la préparation du matin *, et en somme prenés a prix fait cette besoigne , que Dieu vous payera de mille consolations ; et pour cela, n'oubliés de souvent esleyer vostre cœur en Dieu, et vos pensées a Feternité. Lises, au nom de Dieu, tous les jours un peu , je vous en prie : faites cela pour moy, qui tous les jours vous recommande a Dieu , et je prie son infinie bonté qu'a jamais elle vous bénisse.
3 întrchirtion à la vie dévote, !!« Partie, chap. X, de l'Exercice du mcjin.
DE S. FRANÇOIS DE SAT.Î'S. 4;jO
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LETTRE
A SAliNTE JEANNE-FKAxNCOISE T'E CHANT AL.
Le Saint lui parle de diverses affaires temporelles.
A Turin, 14 mai 1613.
Et moy, ma chère Fiile , je vous escris encor plus courte» ment pour resporice a vostre lettre du 5 de ce mois , tant pour mille petites affaires et visites que je reçois, que pour la ferme espérance que j'ay de vous voir bien tost, résolu, Dieu oydant , de partir d'yci samedi ou dimanche prochain , pour ïïstre a INessy au joar de la sainte Pentecoste , puis que je n'arreste plus que pour l'affaire de ces pauvres bannis ' \ir, quant aux despeches, je iaisseray le bon M. de Blonay, qui de bon cœur demeurera pour les solliciter ; mais cette négociation de l'appaisement de Monseigneur de Nemours ne peut estn? faite qu'en présence.
Or, j'ay toute ma confiance en Dieu d'en reiiscir. Je vous ay des-ja fait sçavoir que nous aurons Madame la Duchesse de Mantoue , qui est la vertu mesme , pour nostre protectrice ; mais il ne faut pas encor faire du bruit, pour une ray- SuM que je vous diray. M. de LaBretonniere est encor en volonté de nous ayder en quelques choses pour l'édification de nostre Oratoire.
(Auessés cordialement les Messieurs qui s'en revont, en particulier M. Floccard. Je suis en peine du retardement de Madame des Gouffiez , remettant néanmoins cela a la sainte
1 Tiiée du iiKinastere de la Visitation de la ville de Lavaldoite. C'est la 289» de la colleclioii-13iaise.
providence de nostre Seigneur, comme aussi nostre pauvre petite malade.
Nous ramènerons vostre fîlz, qui , a la vérité , a grand desir de s'employer a la guerre, si elle suit. Je salue fort ma chère Fille , Madame de Torens , et madame de Rabutin , qui est aussi ma Fille ; comme encor toutes celles qui sont autour de vous , que vous sçavés m'estre précieuses plus qu'il ne se peut dire.
Dieu soit a jamais dedans nostre cœur pour y vivre et régner éternellement ; c'est luy qui sçayt ce qu'il luy plait que nous soyons en la très parfaite union qu'il a faite en luymesme et par luy-mesme. Amen.
P. S. Il seroit mieux qu'on accommodast le procès en mon absence , a cause de ma trop grande condescendance. Je prieray pour le pauvre sire Pierre , et loue Dieu qu'il soit passé en bonne disposition.
GXGVII.
LETTRE
A MADAME DE TREVERNEY.
Il la remercie de son amitié, et souhaite des bénédictions à sa filleule, qui étoit fille de cette dame.
15 juin 1G13.
Ma très chère Fille ,
Ce n'est que pour vous remercier bien simplement, que je
vous escris ce billet, me sentant extrêmement obligé dequoy
vous aggreés si fort mes lettres , et l'affection que je porte a
vostre ame, a laquelle, en vérité, je souhaitte toute sainte
consolation et perfection.
1 Tirée du second monastère de la Visitation de la ville de Rennes. C'est la 293e de la collection de Biaise.
Je fais un mot de respoiice a la bonne madamoyselle des Crilles, puis qu'il vous plait de l'envoyer.
La petite chère filleule, comme je pense , a quelque ressentiment secret de l'amour que je luy ay, puis qu'elle me chérit si fort. Dieu la rende si brave et si bonne , que vous en ayés le contentement que vous en devés espérer. Je suis de tout mon cœur et sans fin, ma très chère Fille, vostre, etc.
GXGVUl.
Il là fait déclarer ses intentions par madame de Chantai, et attend sa réponse par la même voie. Marques de son amitié.
16 juillet 1613.
Ma très chère Seur, ma Fille ,
Ce billet n'est que pour vous advertir que nostre bonne seur de Chantai est la meilleure et plus grande lettre que je vous puisse envoyer ; car elle vous peut dire toutes choses^ et parler de mon cœur envers vous comme du sien mesme. Elle me rapportera dedans le sien tout ce que vous luy confierés. Je vous prie aussi de luy bien confier, car il y a si longtems que je ne voy rien de vostre cœur, que le mien en est mortifié.
Croyés bien cette chère seur, surtout quand elle vous asseurera que je suis plus parfaitement vostre que chose du monde : car je le suis en vérité. Je ne prie point sans vous, je ne célèbre point sans vous ; et si, je ne le dis pas par vantance , car je m'y sens infiniment obligé.
* Tirée du monastère de la Visitation du Puits-d'Orbe. C'est la 294* de la collection-Biaise.
Je saïuë toute vostre chère troupe , toutes unies en nostre Seigneur. Pour Monsieur N., je ne sçai s'il est la, je Temirassede cœur. Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur, ina tros cliere et bien aymée Fille , a qui je suis tout dédié,
Aiv.im.
LETTRE '
A SAINTE JEANNE-FRANÇOISE DE CHANTAL
il lai marque sa résignation à la volonté de Dieu, et lui enseigne un remède pour guérir ses maladies spirituelles.
12 août, 1G13.
Haussons nostre cœur, ma très chère Mère : voyons celuy de Dieu tout bon , tout amiable pour nous : adorons et bénissons toutes ses volontés : qu'elles tranchent , qu'elles taillent sur nous, par tout où il luy plaira; car nous sommes siens éternellement. Vous verres bien que parmi tant de destours nous ferons prou , et que nostre Seigneur nous conduira par les desertz a sa sainte terre de promission , et que de tems en tems il nous donnera dequoy priser les desertz plus que les fertiles campagnes, dans lesquelles les blé croissent en leurs saysons, mais la manne pourtant n'y tombe pas.
Mon Dieu ! ma très chère Mère, quaad vous m'escrivistes que vous estiés une pauvre abeille , je pensay que je ne le voudrois pas , tandis que vos sécheresses et aiÏÏictions intérieures durent ^ : car ce petit animal , qui en santé est si di-
' C'est la 295e de la collection-Biaise, et la 54e (ju livre Vil des anciennes éditions. — 2 Les nouvelles éditions portent dureront, au lieu de durent, qui
îigent et pressant, perd le cœur et demeure sans rien faire tout aussi tost qu'il est malade.
'^Mais depuys je changeay desouhaitz, et dis : Ha! ouy, je le veux bien, que ma mère soit abeille , mesme quand elle sera en travail spirituel : car ce petit animal n'a poin! d'autre remède de soy-mesme en ses maladies, que de s'exposer au soleil , et attendre sa guerison de sa chaleur et de sa lumière.
0 Dieu ! ma Fille , mettons-nous ainsy devant nostre Soleil crucifié, et puis disons-luy : 0 beau Soleil des cœurs, vous vivifiés tout par les rayons de vostre bonté : nous voyci my mortz devant vous , d'où nous ne bougerons point , que vostre chaleur ne nous avive. Seigneur Jésus.
Ma chère Fille, la mort est une vie , cjuand elle se fait devant Dieu. Appuyés vostre esprit sur la pierre qui estoit représentée par celle que Jacob avoit sous sa teste quand il vid sa belle eschelle : car c'est celle-Ia mesme sur laquelle saint Jean l'Evangeliste se reposa au jour de Fexces de la charité de son maistre. Jésus, nostre cœur et le cœur de nostre cœur, veillera amoureusement sur vous. Demeurés en paix. Dieu soit a jamais au milieu de nostre cœur ; qu'a jamais il le rende plus uniquement sien. Vive Jésus. Amen , amen.
est la leçon que présentent les éditions de Î62G et de 1663^ et que nous préférons pour cette raison.
4 b '3 LETIT.ES ôPHUTUEliES
ce.
LETTRE