A UNE DAME SA COUSINE
11 la console au sujet de la mort de son père, et répond à la recommandation qu'elle lui avoit faite d'un ecclésiastique pour une cure. Sa pratique dans la collation des bénéfices.
!«' novembre 1G14.
Nous avons esté yci , au moins moy, ma très chère Fille , entre la crainte et Fesperance pour le sujet duquel j'ay sceu depuis peu que le seul desplaysir vous estoit demeuré. Et je puis dire en vérité que la considération de vostre ennuy fut une des plus promptes appréhensions dont je fus touché, a l'abord de Fasseurance du mal, qu'on vous avoit présagé par les bruitz incertains qui nous en arrivoyent. Mays , or sus , ma très chère cousine , il faut pourtant accoiser vostre c(Bur> et pour rendre juste vostre douleur, il la faut borner par la rayson. Nous avons deu sçavoir, que nous ne sçavons Fheure en laquelle quelque semblable événement nous arriveroit par le trespas des autres, ou aux autres par le nostre. Que si nous n'y avions pas pensé, nous devons advouer ïîostre tort , et nous en repentir : car le nom que nous portons tous de mortelz nous rend inexcusables.
Ne nous faschons pas, ma Fille : nous serons bien tost tous réunis. Nous allons incessamment, et tirons pais du costé où sont nos trespassés, et en deux ou troys momens
' C'est la 311e de la collection -Biaise, et la 88e («A 83«) du livre V des anciennes éilitions.
DE S. FRANÇOIS DE SALKS. 49 î
îîous y arriverons. Pensons seulement a bien marcher, et a suivre tout le bien que nous aurons reconneu en eux. Bénit soit Dieu, qui a fait la grâce a celuy duquel nous ressentons l'absence, de luy donner le loysir et la commodité de se bien disposer pour faire le voyage heureusement. Mettes vostre ^.œur, je vous prie, ma très chère Fille, au pied de la croix , et acceptés la mort et la vie de tout ce que vous aymés, pour l'amour de celuy qui donna sa vie et receut la mort pour vous. Au reste , licn ne me pouvoit empescher de vous rendre le contentement que vous désirés de moy, sinon le devoir que j'ay au service de nostre Seigneur et de l'Eglise, lequel s'estant treuvé favorable a vostre souhait , j'ay esté extrêmement consolé de vous pouvoir donner satisfaction, comme je feray en tout ce qu'il me sera possible. Mais en la distribution des cures, je suis attaché a une méthode de laquelle je ne peux me départir *. Si selon icelle je puis faire selon vostre désir, ce sera mon c(> hntement : si je ne puis en l'occasion présente, ce porteur ne perdant point courage , et s'advançant aux lettres et en la vertu , comme je pense qu'il a fort bien commencé , il ne manquera pas d'autres occurrences , où il treuvera vostre recommandation utile. Au demeurant, je ne vous asseureray point de mon service fidèle en cette occasion : il vous a esté dédié une fois pour toutes fort entièrement , et je vous supplie de n'en jamais douter, non plus que du soin que j'auray d'assister des Sacrifices que je présente a Dieu l'ame de ce digne chevalier, les mérites duquel je veux a jamais honnorer avec tout ce qu'il a laissé de plus cher icy bas. Dieu soit au milieu de vostre cœur, ma très
1 La pratique du Saint étoit, afin que tous les prêtres s'appliqiiassent séneusement à l'étude, de ne donner les bénéfices, et surtout les cures, qu'au conccnrSj oii les plus habiles et les plus vertueux étoient les seuls favorisés et préférés, sans qu'aucune recommandation put lui faire changei- cet ordre. Le cardinal de Marquemont, Archevêque de Lyon , ayant une fois honoré ce concours ae s^ 'Drésence, vit refuser une cure à un candidat, qui menaça le Saint des pripces temporels dont il avoit apporté des lettres.
4n'2 LETTRÏÏS SIMlUTUEi.LTLS
chère cousine , ma Fille, et je suis de tout le mien vostre plus humble et très affectionné cousin et serviteur,
François , Ev. de Genève,
CGXX.
A SAINTE JEANNE-FRANÇOISE DE CHANTAL
Il lui souhaite uu heureux voyage.
Vers le 23 janvier 1615.
Voyci le souhait de vostre père , ma très chère Fille : Dieu soit avec vous au chemin par lequel vous irés; Dieu vous tienne tous-jours vestue de la robhe de sa charité ; Dieu vous nourrisse du pain céleste de ses consolations ; Dieu vous ramené saint- et sauve en la mayson de vostre père ; Dieu soit a jamais vostre Dieu , ma chère mère ! Ce sont les bénédictions que Jacob se souhaitoit^, quand il partit de Bethel, et le sont celles-là que je me souhaitte a moy-mesme% ma très
1 C'est la 662e ^e la collection-Biaise. Cette lettre y est donnée sans indication de date , et ce n'est que par conjecture que nous lui assignons pour époque le voyage que la Sainte fit à Lyon avec les mères Favre , de Chastel et de Blonay pour y fonder la seconde maison de leur institut, et pour date 1*» moment même de leur départ d'Annecy.
* Vovit etiam ( Jacob ) votum , dicens : Si fuerit Deus mecum, et custodierit
e in via per quam ambulo , et dederit mihi panem ad vescendum , et vesraentum ad induendum, reversasque fuero prospère ad domum patris mei, rit mihi Dominus in Deum. Gen., XVIII, 20-21.
3 II paroît difïicile de comprendre que saint François se souhaite à lui-même les bénédictions qu'il dirige à madame de Chantai, et de savoir comment elle peut demeurer en partant, et partir en demeurant, si l'on ne savoit que quand il parloit de lui et d'elle, c'étoit presque toujours comme d'une personne unique, n'ayant qu'un cœur et qu'une âme. Ainsi il ne pouvoit rien lui souhaiter qu'il ne se le souhaitât à lui-même, et quand elle partoit en. personne d'Annecy, elle y demeuroit dans la personne de saint François.
chère et très unique Fille , a vostre départ de ce lieu , où vous demeurés en partant , et d'où vous partes en demeurant.
i^llés en paix, ma très chère Fille , allés en paix où Dieu vous appelle ; demeurés en paix , mays demeurés en la sainte paix de Dieu , où il vous tient et arreste yci. Les âmes que Dieu a rendues tout une sont inséparables : car qui peut séparer ce que Dieu a joint * ? Non , ni la mort , ni chose quelconque ne nous séparera jamais de Funité qui est en Jesus- Chr.vst % q;i vive a jamais en nostre cœur ! Amen.
GGXXI.
LETTRE