‹ Œuvres complétes Volume 10Chapitre 66 sur 79 · A LA MÈRE FAVRE · texte numérisé non relu

A LA MÈRE FAVRE

Oufc la naïve confession d'une faute commise est un trait généreux, et qu'ii faut se supporter les unes les autres.

18 décembre 1615c

Si fay, si fay, de par Dieu , ma très chère grande Fille, je sçai hieo quel cœur vous avés eu en mon endroit : mais ne vonlés-vous pas que je prenne le tems et la sayson pour y planter les plantes des vertus plus excellentes , desquelles le fruit est éternel ? Or sus , je n'ay nul loysir ; mais je vous dis on vérité que vostre lettre a embaumé mon ame d'un si doux parfum, que de long-tems je n'avois rien leu qui m'eust donné une si pariaite consolation. Mais je dis de reclief , ma chère Fille, que cette lettre m'a donné des ('slans d'amour :!nvers Dieu qui est si bon, et envers vous qu'ii veut rendre si bonne, que certes je suis obligé d'en rendre action de grâces a sa divine providence. C'est aiusy, ma Fille , qu'il faut tout de bon mettre la main dans les replis de nos cœurs, pour ^jn arracher les ordes productions que nostre amour propre 7 fait, par l'entremise de nos humeurs, inclinations et aversions.

0 Dieu ! quel contentement au cœur d'un père très aymant , d'ouyr celuy de sa fille très aymée protester qu'elle a

i C'est la 36ie de la collection -Biaise, et la 58e (q/. 51e) du livre IV des anciennes éditions. Cette lettre jusqu'ici étoit simplement intitulée : A une relirjieuse de la Visitation; mais une note manuscrite de l'exemplaire de 162G conservé au monastère de la Visitation de Reims, qui l'a hérité de l'ancien couvent de Sainte-Claire de la même ville, prouve que cette religieuse, que S. François appelle sa grande fille ici comme ailleurs, ne pouvoit être aue la mè/e tavre.

esté envieuse et maligne ! Que bienheureuse est cette envie , puisqu'elle est suivie d'une si naïfve confession ! Vostre main escrivant vostre lettre faysoit un trait plus vaillant que ne fît jamais celle d'Alexandre. 0 î faites donq bien , ma Fille , ce q5ie vostre cœur a projette. Ne vous estonnés point de ce qui s'est passé ; mais simplement , humblement , amoureuse* ment, confîdemment, réunisses vostre esprit a celuy de cette bien aymable ame, qui, je m'asseure, en recevra mille et mille consolations, lîelas ! ma Fille, c'est une grande partie de nostre perfection que de nous supporter les uns les autres en nos imperfections : car en quoy pouvons-nous exercer l'amour du prochain , sinon en ce support ? Ma Fille, elle vous aymera, et vous l'aymerés, et Dieu vous aymera toutes ; et moy, ma chère Fille, vous m'aymerés aussi, puisq'--; Dieu le veut , et en suitte de cela me donne un parfait amour de vostre ame, que je conjure d'aller de bien en mieux, et de mieux en mieux au pourchas des vertus. Allés courageuse et relevée. Vive Jésus. Amen.

CGXXXIX.

LETTRE

À UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION 'c

Les fautes contre la vertu de religion sont considérables. Réflexion sur la naissance de notre Seigneur.

27 décembre 1615.

Il faut donq bien faire ainsy, ma très chère Fille ; escrire seulement au père ou a la raere amplement, et a l'autre un seul petit billet.

^ C'est la 362e de la collôClîon'»Blaise, et la 51^ {al. 45^) du livre II des ancienneb éditions. — * Il y a apparence que c'est madame de Chantai.

532 LlLTTr.ES SPIRITUELLES

La tentation de rire en l'Eglise et a l'office est mauvaise , qnoy qu'elle ne semble que folastre et badine ; car, après la charité, la vertu de religion est la plus excellente. Car, comme la charité rend a nostre Seigneur l'amour qui luyest deu selon nostre pouvoir, aussi la religion lui rend l'honneur et la révérence requise ; et, partant, les fautes qui se commettent contre elle sont grandement mauvaises. Il est vray qu'en cela je ne voy pas grand péché , puisque c'est contre la volonté ; mais il ne faut pas pourtant laisser cela sans quelque pénitence. Quand Vennemy ne peut jias rendre nos amcs Marion, il rend nos coeurs Robin^ ; et il ne s'en soucie pas, pourveuque le tems se perde, que l'esprit se dissipe , et que tous-jours quelqu'un soit scandalizé. Mais voyésvous , ma chère Fille de mon cœur, n'espouvantés pas ces bonnes fiJ^^^s ; car d'une extrémité elles pourroyent passer a l'autre , ce qu'il ne faut pas.

Je uo vous dis pas encor mes pensées sur le sujet dont vous m'avés escrit, parce que c'est aujourd'huy Noël% jour auquel les Anges viennent chercher le Paradis en terre , où certes il est descendu en la petite spelonque de Bethlehem , dans laquelle, ma chère Fille, je vous treuveray ces jours suivans avec toutes nos chères seurs , qui sans doute feront leur résidence, comme de sages abeilles, auprès de leur petit Roy. Celles qui s'humilieront plus profondement le verront de plus près; car il est tout abysmé dans le fin fond de l'humilité, mais humilité courageuse, confiante et constante. Ce doux enfant soit a jamais la vie de vostre cœur, ma très chère Fille, que je chéris nompareillement , et qui est tous-jours

* C'est une manière de parler proverbiale, et qui signifie que lorsque le démon ne peut pas nous faire tomber dans la mélancolie, il tâche de nous porter à une joie immodérée.

' C'est-à-dire, le temps ou Toctave de Noël ; la date de cette lettre ne permet pas de prendre le mot de Noël pour le jour même de cette fête; à moins toutefois que la date n'ait été viciée à l'impression, comnje nous avons eu plusieurs fois occasion d'observer que cela est arrivé pour d'autres lettres.

présent au mien, tant il plait a Dieu que mon affection sp fortifie par cette séparation de bien extérieur !

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CGXL.

LETTRE

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