‹ Œuvres complétes Volume 11Chapitre 10 sur 106 · DE S. FRANÇOIS DE SALES A LA MÈRE FAVRE · texte numérisé non relu

DE S. FRANÇOIS DE SALES A LA MÈRE FAVRE

Il lui fait part de la mort de sa belle-sœur la baronne de Thorenc, et lui en rapporte quelques circonstances.

12 septembre 1667.

Vous vous imaginerésbiende quelle sorte nous avons esté touchés ces jours passés, ma très chère Fille. Ce n'est pas la Madame de Thorenc que vous avés veuë, quoy que celle-là fust fort aymable : c'est une Madame de Thorenc toute dédiée a Dieu, toute relevée au dessein de ne vivre qu'a Dieu, toute pleine de clarté es choses spirituelles, et de la connoissance de Dieu et de soy-mesme, et telle que l'on pouvoit espérer que dans quelque tems elle seroitune autre nostre mère.

Je ne vous diray rien de sa fin très sainte. Entre ceux qui la virent, il y en eutqui, le jour suyvant^ mevindrent demander congé de l'invoquer : et d'autres qui vindrent renouveller leurs propos, esmeus du spectacle de cette mort toute pleyne de douleur extrême, et douleur toute parsemée de Vive Jésus ! Seigneur Jésus, tirés-moy a vous, O passion et mort de mon Sauveur! je vous embrasse, je vous ayme, je vous adore, vous estes mon espérance. Vive Jésus et Marie, que jayme plus que ma vie. Et cela prononcé si suavement, que merveilles. Or sus, ma très chère Fille, il m'a fait grand bien devons dire ces quatre motz, qui sont un eschantillon de la pieté de cette mort. Elle est morte seur et fille de la Visitation. Je suis infiniment vostre.

* C'est la 405e de la collection-Biaise, et la 90e [aL 79e) du livre Vides anciennes éditions.

LETTRE

A UNE DAME

Le Saint l'exhorte à la douceur et à la simplicité et à ne pas se décourager pour ses imperfections.

12 septembre 1617.

J'ay vrayement esté malade, ma très chère Fille, et bien malade, mais sans péril. Qu'eussiés-vous fait de plus, sachant le mal que j'avois ? car, comme je voy, vous priés tous-jours nostre Seigneur pour moy, qui réciproquement ne manque jamais avons faire part deschetives oraysons et de la très sainte Messe que je célèbre. Je vay encor un peu trainant, et ne suis pas si parfaitement remis que je ne porte les marques du mal passé ; je le suis toutesfois assés pour faire mes exercices ordinaires.

Tenés ferme, ma chore Fille, entreprenés d'estre parfaitement, le plus que vous pourrés, servante de Dieu, selon les advis du livre ; car ce sera bien suffisamment pour attirer plus de perfection encor que je n'en ay passceu enseigner. Ayés soin de la douceur. Je ne vousdispasquevous aymiés cequevousdevésaymer,carjesçaiquevouslefaites; mais je vous dis que vous soyés esgaîe^ patiente et douce. Reprimés les saillies de vostre naturel, un peu trop vif et ardant.

Je ne sçai quel mescontentementvouspouvés avoir de vos confessions, car vousles faites très bien. Orsus, demeurés en

1 C'est la 406e de la collection-Biaise, et la 4e du livre II des anciennes éditions.

paix devant nostre Seigneur, qui vous aymeil y a longtems, vousdonnant la très sainte crainte et le désir de son amour. Que si vous n'avés pasbien correspondu jusques a présent, il y a bon remède, car il faut bien correspondre d'ores-enavant. Vos misères et infirmités ne vous doivent pas estonner : Dieu en a bien veu d'autres, et sa miséricorde ne rejette pas les misérables, ains s'exerce a leurfaire du bien, faisant le sujet de sa gloire sur leur abjection.

Je voudrois avoir un bon marteau pour esmousser la pointe de vostre esprit, qui est trop subtil es pensées de vostre advancement. Je vous ay dit si souvent qu'il faut aller a la bonne foy en la dévotion, et, comme l'on dit, a la grosse mode\ Si vous faites bien, loués Dieu, Si vous faites mal, humiliés-vous. Je sçai bien que de faire mal de guet-a-pans, vous ne le voulés pas ; les autres maux ne servent qu'a nous humilier.

Ne craignes donq plus^ et ne soyés plus a picoter sur votre chère conscience ; car vous sçavés bien qu'après vos diligences il ne vous reste plus rien a faire auprès de nostre Seigneur, qu'a reclamer son amour, qui ne désire de vous que le vostre.

Faites ainsy, ma très chère Fille, et cultivés soigneusement la douceur et l'humilité intérieure. Je fais incessamment mille souhaitz de bénédiction sur vous ; et sur tout que vous soyés humble, douce et toute succrée, et que vous faciès profit de vos peynes, les acceptant amoureusement pour l'amour de celuy qui pour l'amour de vous en a tant souffert. Je suis^ ma très chère fille, en luy très affectionné, tout vostre, etc.

* Grosso Qiodo.

LETTRE '

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