A MADAME LA PRÉSIDENTE FAVRE
Témoignage de l'amitié sainte qu'il lui portoit.
Annecy, 10 août 1618.
Madame,
Ce porteur m'a fort obligé par la peyne qu'il a prise de me venir voir, mais encor plus par le soin qu'il a eu de me dire de vos nouvelles, puis qu'elles sont toutes bonnes, et qu'avec cela, pour me donner plus de gloire et de contentement, il m'a dit que vous aviés souvent mémoire de moy. Car je confesse franchement que ce bonheur m'est grandement pretieux, selon l'extrême affection que je sens en mon ame a chérir et honnorer singulièrement la vostre, qui m'est tous-jours présente, je vous asseure, au moins en mes principales prières, qui sont celles de la sainte Messe ; et aussi, certes serois-je extrêmement ingrat, si je ne respondois de tout mon cœur a la sainte confiance que le vostre a prise en moy. Dieu par sa bonté vous veuille combler de ses plus désirables bénédictions, ma très chère Fille, et vous rende de plus en plus toute parfaitement sienne.
En cette espérance, vives joyeuse, et en fin éternellement sans fm, ma très chère Fille, selon le souhait continuel de vostre, etc.
1 Tirée du premier monastère de la Visitation de la ville de Grenoble. C'est la 447e de Ja collection-Biaise.
LETTRE '
À VUE DEM0I8ELLB
Dieu bénit l'obéissance que l'on rend à ses confesseurs en ce qui regarde la communion ; avis sur les revues annuelles ; l'amour divin adoucit toutes choses.
u août 1618.
Vous le voyés bien, ma très chère Fille, si l'obéissance est aymable : vous y alliés avec un peu de répugnance, et vous y avés treuvéla permission de recueillir force manne céleste. Or ainsy soit-il, et a la très bonne heure que tousjours, quand vous obeirés, vous vous treuviésde plus en plus unie a nostre Sauveur, Vous avés donq extrêmement bien fait d'obéir a vostre confesseur, et vostre confesseur a bien fait de vous imposer l'obéissance en un sujet si aggreable. Je ne seray jamais celuy qui vous ostera vostre pain quotidien, tandis que vous serés bien obéissante. Je vous diray, ma très chère Fille, que vous communies hardiment tous-jours, quand ceux a qui vous vous confessés diront ouy, outre les communions ordinaires que je vous ay marquées.
Quand je vous escrivis que vous rendissiés conte de tems en tems a vostre confesseur, je ne voulois pas dire que vous fissiés des reveuës ; car il suffit que ce soit d'année en année a celuy que vous voudrés : mais je voulois dire que vous allassiés vous représenter a luy, pour luy
1 C'est la 448e de la collection-Biaise, et la 46^ (al. 40^) du livre II des anciennes éditions.
faire connoistre la continuation de vostre soumission, partie pour vous humilier, partie pour le consoler.
Je suis bien ayse que vous ayés une parfaite confiance a la mère de delà ; je croy qu'elle vous sera utile : et c'est une mère qui est toute ma très chère fille, et en laquelle j'ay toute confiance : et sans cette confiance je luy escrirois plus souvent ; mais je m'en dispense, comme je ferai de vous a qui j'escris maintenant par rencontre, et j'en suis bien ayse.
Mon Dieu ! ma très chère Fille, que l'amour céleste est aymable, voire mesme quand il est exercé icy bas, parmi les misères de nostre mortalité ! la distance des lieux, ni rien du monde ne luy peutoster sa suavité. Ainsy me semble-il que je suis tous-jours avec vostre cœur, et avec celuy de cette chère mère, et que nos cœurs s'entretiennent les uns aux autres, et ainsy ne font qu'un C03ur, qui de toute sa force veut aimer Dieu, et ne Taimer qu'en Dieu et pour Dieu.
La très sainte vierge, nostre Dame etMaistresse, etnotre sainte Abbesse, soit a jamais nostre mère et directrice. Et je cesse de vous escrire davantage malgré mon inclination, pour aller penser comme elle mourut d'amour, et comme elle est couronnée de son amour au ciel, pour en parler demain a mon cher peuple de cette ville, qui s'y attend. Dieu soit a jamais nostre tout amour.
Ce XIV aoust, 1618.
LETTRE
A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION, QUI ÉTOlT SUPÉRIEURE
Les aridités ne sont point contraires à l'amour de Dieu, et nos imperfections mêmes produisent l'humilité. Privilèges des fondatrices, tant séculières que religieuses, de la Visitation.
Annecy, 19 août 1618.
Dites-moy, ma très chère Fille, vostre cœur que fait-il ? 11 est, je m'asseure, plus brave que l'ordinaire en cette sainte Octave^ en laquelle on célèbre les triomphes de nostre Reyne, en la protection de laquelle nostre esprit repose, et nostre petite Congrégation respire. 0 ma Fille î il le faut tenir haut eslevé ce cœur, et ne permettre point qu'aucun accident de sécheresse, d'empressement ou d'ennuy l'estonne, puis que, encor que cela le puisse esloigner de la consolation sensible delà charité, il ne le peut toutefois esloigner de la véritable charité, qui est la souveraine grâce de Dieu envers nous pendant cette vie mortelle.
Nos imperfections a traitter des affaires tant intérieures qu'extérieures sont un grand sujet d'humilité, et l'humilité produit et nourrit la générosité.
Mais quel privilège ont les fondatrices devant Dieu? Leurs privilèges sont grans, car elles participent en une façon particulière a tous les biens qui se font au monastère et a l'occasion du monastère. C'est un œuvre de charité presque le plus excellent qu'on puisse faire; bien plus grand sans comparayson que de bastir un hospital, recevoir les pèlerins, nourrir les orphelins.
1 C'est la 449e de la collection-Biaise et la 33« [al. 28»^) du livre Vides anciennes éditions.
Mais devant les hommes, il n'y a point de privilège que celuy d'estre supportées et assistées et honnorées au monastère, dans lequel les fondatrices séculières obtiennent ordinairement Fentrée, et après la mort, des services particuliers.
Or cette fille yci, voulant estre Religieuse, establira quant a elle son privilège, je m'asseure, a mieux obéir, si elle peut, que les autres, et a faire le plus de progrès qu'elle pourra en l'humilité, pureté de cœur, douceur, modestie et obéissance ; puis que le privilège des vrayes Religieuses est d'abonder en l'amour du céleste Espoux.
Au reste, je me resjouysque cette fille face une si bonne eslection, et que, quittant les amours peu aymables des hommes, elle se consacre a l'amour très aymable de son Dieu, vray espoux des âmes généreuses.
LU LETTRE
À UNE DAME
Saint François se réserve d'écrire à Monseigneur le Prince en son temps, et lui envoie la règle des sœurs de la Visitation.
Quand il en sera tems, Madame, j'escriray a monseigneur le Prince, pour la prospérité du quel et de toute la mayson nous faysons de spéciales et continuelles prières tant publiques que particulières, en quoy nous obéissons avec anticipation de soumission aux désirs des Ser. Infantes.
Madame de Rressie'j, qui est la, m'a fait grandement presser d'envoyer ces règles ; c'est pourquoi je n'ay pas
* L'original en existe au monastère de la Visitation de Pignerol. C'&et la 3l8e inédite de la collection-Biaise.
pris leloysir de les faire mieux escrire, dont je vous supplie de m'escuser.