A. MADEMWSELLE DE LA MOIGNON
Le Saint la prie de faire passer une lettre incluse à une dame.
Paris, 7 août 1619.
Voyla, ma très chère Fille^ p^our la bonne Madame de Vaugrenant, a laquelle j'ay beaucoup de compassion, la considérant ainsy environnée d'affaires, elle qui, a mon advis, n'est pas accoustumée a cela. Mais Dieu l'assistera et la tiendra de sa main, ainsy que j'en supplie sa souveraine bontés que je ne cesseray jamais non plus de vous souhaiter propice et secourable, ma très chère Fille, demeurant a jamais vostre très humble, etc.
* Tirée du monastère de la Visitation du faubourg Saint-Jacques. C'est la 467e ^g ^ collestion-Blaise.
LETTRE
A UNE SUPÉRIEURE 2 DE LA MSITATION, OU'iL APPELOIT SA NIÈCE
Il lui recommande une dame qui, étant demeurée veuve ^, avoit résolu de ne plus s'engager dans le mariage, et qui, sentant de l'inclination à être religieuse, vouloit, dans une vie retirée, éprouver si c'étoit la volonté de Dieu.
Paris, vers le 8 août 1619.
Ma très chère Fille,
Vous recevrés cette lettre, Dieu aydant, par les mains de Madamoyselle duN., grandement bien apparentée en cette ville, laquelle estant demeurée vefve depuis peu, et s'estant résolue a ne plus rentrer dans les liens du mariage, a <*-reu ne pouvoir mieux conserver sa resolution que dans Testât religieux, auquel néanmoins ne sentant pas encor une si forte affection qu'elle souhaiteroit pour pouvoir d'abord s'y engager, elle a nonobstant un grand désir de s'y voir arrestée, qu'elle veut rechercher cette grâce de Dieu es lieux où elle espère qu'elle luy sera plus facilement accordée. Et pour cela elle a choysi entre toutes les Gongretions celle de la Visitation, où elle prétend qu'estant retirée, Dieu l'inspirera plus fortement qu'ailleurs, et que la oordiale douceur et charité dont on y fait profession servira de moyens a la divine Providence pour cet effect.
A cette occasion donq^ ma très chère Fille, nostre bonne mère* etmoy vous l'envoyons, et avons fait cette eslection
* C'est la 468e ^q \^ collection-Biaise et la 17e ^^^ livre II des anciennes édit.
2 La mère de Brechart, supérieure de Sainte-Marie de Moulins. ^ Voyez la lettre du 9 juin 1620, à la fin de laquelle il est parlé de cette jeune veuve.
* Madame de Chantai, qui étoit aus=i à Paris.
i02 LETTRES SPIRITUELLES
pour elle comme la plus convenable, dontelle-mesme vous dira franchement toutesles autres raysons , mais je vous diray celle-cy, que vous ne croiriés pas si aysément de sa bouche. C'est que nous desirons grandement qu'elle soit conduite a la vraye connoissanceet practique de la vie devote : et parce quejusques apresentelle a esté maistresse de soy-mesme,etque, pour la bien et utilement mettre au vray chemin de la vie spirituelle, il faut doucement^ amoureusement et prudemment la délivrer de cette ancienne et tyrannique sujettion, plus luy imposer le joug et la douce maistrise que le saint Esprit veut avoir sur son ame, nous avonspris cette confiance envostrecharité, quevousprendriés volontier ce soin, et sçauriés y employer les moyens convenables. Je la voy toute franche, toute désireuse de reposer en la grâce de Dieu, toute désireuse de selaisser gouverner a quelque main amie, et lasse de se gouverner soymesme. En somme, j'ayme en elle certaine marque de bonté, qui me fait espérer qu'un jour elle sera bonne servante de Dieu. Elle ne demandera point d'exception, ni pour la rigueur de la clausure, ni pour toute labienseance qu'on doit observer en vostre Mayson a parler aux estrangers, donner ou recevoir des lettres, ni pour telles occasions qui sont requises d'estre soigneusement gardées.
En fm, je vous dis trop de choses, a vous qui m'entendes si bien, ma très chère Fille. Je la recommande en un mot a vostre douceur et prudence, a vostre zèle et condescendance, a vostre vigilance et gracieuse conduite.
Monsieur de N. m'a envoyé une requeste pour estre présenté au Roy de vostre part. Je ne lay sçeu faire jusques a présent ; mais sije puis, pensés si je le feray de tout mon cœur, tout tel que je suis, qui ne suis ni bon demandeur, ni bon delfendeur. Je vous escris a moitié malade, avectant dedistractionsque je nesçai si vous m'entendrésbien. Nostre Mère suppléera par la sienne.
Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur, de vostre petit trouppeau, et de toute cette Congrégation. Je suis en luy vostre très humble frère, oncle et serviteur^
François, Ev. de Genève.
Encor faut-il que je vous die, que la retraicte de cette Damoiselle en cette Congrégation a esté appreuvée par tout le Conseil de Monseigneur le Cardinal, luy absent, et notamment par le R. P. B.,bien qu'elle ayt déclaré, qu'elle n^avoit que le désir d'estre inspirée a demeurer en Testât religieux : et si la mayson d^icy n'eust esté toute en Noviciat, incommodée de logis, et embarrassée de tant de visites, nous l'eussions retenue très volontier.
LETTRE