DE S. FRANÇOIS DE SALES A SAINTE JEANNE-FRANÇOISE DE CHANTAL
Sur le même sujet. Combien le Saint étoit porté au renoncement à soimême. Avantages de cette vertu. Divers exemples de dépouillement ; exhortation et pratique.
9 août 1619.
0 Jésus ! que de bénédictions et de consolations a mon ame de sçavoir ma mère toute desnuée devant Dieu ! Il y a long-temsquej'ay une suavité nompareille quand je chante ces respons' : Niidje suis sorty du ventre de ma mère, et nud je retournerai/ la. Le Seigneur me la donné, le Seigneur me Va os té: le nom du Seicjneur soit bénit K
Quel contentement a S. Joseph et a la glorieuse Vierge allant en Egypte, Ihors qu'en la plus part du chemin ilz ne voyent chose quelconque, sinon le doux Jésus ! C'est la fin de la transfiguration, ma très chère Mère, de ne voir plus ni Moyse, ni Elle, mais le seul Jésus. C'est la gloire de la sacrée Sulamite, de pouvoir estre seule avec son seul Roy, pour luy dire: Mon bien-aymé est a moy, et
1 C'est la 472e de la collection-Biaise, et la 89e ^alias 75ej du livre IV ■des anciennes éditions.
2 Ce sont des répons de l'office divin.
» Nudus egressus sum de utero matris mcce, et nudus revertar illuc. Dominus dédit, Dominus abstulit : sit nomen Domini benedictum. Job. 1,21.
moy je suis a luy\ Il faut donq demeurer a jaDiais toute nue, ma très chère Mère, quant a l'affection, bien qu'en effect nous nous revestions ; car il faut avoir nostre affection si simplement et absolument unie a Dieu, que rien ne s'attache a nous. 0 que bienheureux fut Joseph l'Ancien, qui n'avoit ni boutonné ni aggrafé sa robe, de sorte que quand on le voulut attraper par icelle, il la lascha en un moment ^
J'admire avec suavité le Sauveur de nos âmes, sorty nud du ventre et du sein de sa mère, et mourant tout nud sur la Croix, puis remis dans le giron de sa mère pour estre ensevely. J'admire sa glorieuse mère qui nasquit nue de maternité, et fut desnuée de cette maternité au pied de la Croix, et pouvoit bien dire : Nue j'estois de mon plus grand bonheur quand mon fils vint en mes entrailles, et nue je suis quand mort je le reçois dans mon sein. Le Seigneur me Va donné, le Seigneur me l'a osté : le nom du Seigneur soit bénit. Je vous dis donq, ma très chère Mère, que bénit soit le Seigneur qui vous a despouillée. 0 que mon cœur est content de vous sçavoir en cet estât si désirable ! et je vous dis comme il fut dit alsaye^ : Marchés et prophétisés toute nue ces troys jours: persévères en cette nudité de demeurer auprès de nostre Seigneur; il n'est plus besoin que vous faciès des actes, s'il ne vous vient au cœur ; ains* que seulement vous chantiés, si vous pouvés, doucement le cantique de vostre nudité : Nue je suis née du ventre de ma mère, et ce qui s'ensuit.
1 Dilectus meus mihi, et ego illi. Gant., II, 16.
•2 Accidit ut intraret Joseph domum, et operis quippiam absqne arbitre faceret ; et illa (hera ejus), apprehensa lacinia vestimenti ejus diceret: Dormi mecum. Qui relicto in manu ejus pallio, fugit, et egressus est foras. Gen., XXXIX, 11 et 12.
3 Locutus estDominus in manu Isaiee filii Amos, dicens : Vade et solve saccum de lumbis tuis, et calceamenta toile de pedibus tuis. Et fecit sic, vadens nudus et discalceatus. Is., XX, 2.
ilO LETTRES SPIRITUELLES
Ne faites plus aucun effort; mais, fondée sur la resolution d'hier, allés, ma très chère Fille, et ouyés et mclinés vostre aureille ; oubliés toute la peuplade des autres affections, et la mayson de vostre père: car le Roy a convoité^ Tostre nudité et simplicité. Demeurés en repos la en esprit de très simple confiance^ sans seulement regarder où sont vos vestemens; je dis, regarder avec attention ou soin quelconque.
Bonjour, ma très chère Mère. Vive Jésus desnué de père et de mère sur la croix : vive sa très sainte nudité : vive Marie desnuée de fîlz au pied de la Croix.
Faites doucement les insensibles acquiescemens de vostre nudité ; ne faites plus d'effortz, soulagés vostre corps suavement. Vive Jésus I Amen.