‹ Œuvres complétes Volume 11Chapitre 32 sur 106 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

LETTRE '

A LA MÈRE ANGÉLIQUE ARNAULD, ABBESSE DE PORT-ROYAL , ALORS A MAUBUISSON.

Mépris du Saint pour les grandeurs mondaines ; préférence qu'il donne à l'état ecclésiastique et à l'état religieux sur toute? les conditions du siècle. Il lui marque son empressement pour voir M. d'Andilly, son frère qui étoit à Tours à la suite du roi. Son dégoût de la cour. Son aii'ection pour cette abbesse et pour ses sœurs.

Tours, jeudi 19 septembre 16192.

Le second jour se passe, ma très chère Fille^ de nostre arrivée en ce lieu ; et je n'ay encor sceu voir M. d'Andilly,

"^ C'est la 489e ^q la cqllection-Blaise, et la 82e Jq ]ivre III des anciennes éditions.

2 L'événement dont il est fait mention dans cette lettre est raconté avec beaucoup de détails par J. Racine dans son Histoire du Port-Royal. {Voyez tome VI, page 256 et suivantes, Paris, H. Agasse, 1807.)

Cependant il faut remarquer qu'il le place en l'année 1618, et que

quoy que je l'aye désiré : ce sera, Dieu aydant, demain; mais enattendantfaut-ilpasque mon cœur salue le vostre? Je sceu a mon départ de Paris que vous estiés rentrée dans Maubuisson avec vostre petite chère troupe ; maisje n'ay pas peu sçavoir si vous aviés treuvé vos papiers, vos meubles de dévotion, et vostre argenterie sacrée : car celle * qui s'est elle-mesme desrobée a Dieu, pourquoy ne desroberoit-elle pas toute autre chose ?

Or sus, ma très chère *Fille, parmi toutes ces grandeurs de la cour ( où il faut que je vous die que je ^suis fort caressé) je n'estime rien tant que nostre condition ecclésiastique. 0 Dieu ! que c'est bien autre chose de voir un train d'avettes qui toutes concourent a fournir une ruche de miel, etunamasdeguespes qui sont acharnées sur un cors mort, pour parler honnestement ?

Je vous escriray avant mon départ de ce lieu, après que j'auray veu ce cher frère ; et croyés-moy, ma très chère Fille, mon ame se console a vous escrire, tant il est vray que Dieu veut que mon ame regarde la vostre, la chérisse, et soit parfaitement vostre. Je salue les chères Seurs Gacette lettre, insérée dans un recueil imprimé en 1697 [Lettres aux religieuses de la Visitation du monastère de Paris, etc. ; voyez, pour le détail du titre, la note de la lettre du 3 septembre 1619), y est portée à la date du 19 septembre 1619.

Il est facile de se convaincre qu'elle n'a pu être écrite qu'à cette dernière époque, car elle est datée de Tours ; or la visite de S. François de baies à Maubuisson n'a pu avoir lieu eu 1618, comme l'indique Racine, puisque S. François de Sales ne vint en France qu'en 16^9; c'est donc dans cette année 1619 qu'il faut placer la visite dont S. François de baies honora cette abbaye. Il y fut conduit le 5 avril par M. de Bonneuil, in roducteur des ambassadeurs, pour y donner la confirmation à sa fille, religieuse des Clairets, que la mère Angélique Arnauld avoit reçue à Maubuisson avec vingt-huit ou trente religieuses, qu'elle emmena depuis à 1 abbaye de Port-Royal quand elle y retourna. Ce fut alors que Be formèrent entre lui et la mère Angélique les nœuds de cette sainte amitie dont on trouve la preuve dans les lettres 478, 491, 501, 517,534, 592 et la note, et 740 de ce recueil. [Biaise.) 1 11 s'agit d'une religieuse qui s'étoit évadée.

therine, Agnes, Marie et Anne, et nostre bonne séculière qui m'est si chère, ma Seur Catherine de Gènes. En somme, mon cœur se retourne a tous momens de vostre costé, et ne cesse point de respandre des souhaitz pour vostre advancement au pur et courageux, mais humble et doux amour divin.

François, Evesque de Genève.

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