‹ Œuvres complétes Volume 11Chapitre 37 sur 106 · A UN ONCLE · texte numérisé non relu

A UN ONCLE

Le Saint le console sur la mort de sa fille, qui avoit été tuée d'un coup

de tonnerre.

Annecy, 16 janvier 1620.

Monsieur mon Oncle-,

Il me semble que je voy vostre esprit doublement affligé pour le trespas de Madamoyselle ma cousine, et pourla façon d'iceluy : car moy-mesme, a la vérité, ayeu ce double sentiment. Mais pourtant, bien que la douleur ne puisse pas estre sitosttout a fait appaisée, nous devons néanmoins l'addoucir le plus qu'il nous sera possible par toutes sortes de bonnes et véritables considérations.

Or, quelle soit trespassée, c'est un accident sicommun, si gênerai et si inévitable, que se seroit ne connoistrepas ce que vous estes, et la fermeté de vostre esprit, que de vous vouloir donner du secours pour vostre consolation en cela. Et quant au reste, ce sont les précédentes dispositions au trespas^ et non les circonstances d'iceluy,qui sont en effect considérables. Cette chère fille estoit bonne et vertueuse, et, comme je m'asseure, ellehantoit les saintz Sacremens, et par conséquent estoit tous-joursbien disposée, au moins suf-

1 Luc, XVIII, 39.

* C'est la 514e de la collection-Biaise, et la 59^ du livre V des anc. édit

^ Le même à qui il avoit écrit la lettre du 12 octobre 1611. Biaise.

fisamment, pourseconserverenlagracedeDiea; c'estpourquoyson trespas n'a pu estreque bon, non plus que celuy de S. Simeon Stilite, que la foudre et le feu du ciel tua sur îa colomne.

Il faut entrer dans cette admirable providence de Dieu, et s'accoiser en ses ordonnances, avec une sainte confiance qu'elle aura eu soin de cette bonne arae, qu'elle aura peutestre purifiée en ce feu, pour luy éviter celuy du purgatoire.

En somme, il faut donner passage aux afflictions dedans nos cœurs; mais il ne leur fautpas permettre d'y séjourner. Dieu, vostre bon Ange, et la sagesse que vostre longue expérience vous a acquise, voussuggereront mieux tout cecy que je ne sçaurois dire : mais je le dis pour vous tesmoigner qu'après avoir contribué mes prière a vostre consolation et conservation, je voudrois bien y dédier tout ce qui seroit en mon pouvoir; puis que, ayant le bien et l'honneur de vous estre si proche, j'ay encorle devoir avec une très sincère volonté^ Monsieur mon oncle, d'estre a jamais vostre affectueux nepveu et serviteur, etc.

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LETTRE '

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