‹ Œuvres complétes Volume 11Chapitre 42 sur 106 · A UN GENTILHOMME · texte numérisé non relu

A UN GENTILHOMME

Le Saint le console au sujet de son mariage, qui avoit indisposé mal à propos contre lui sa famille, qui, par la même raison, débitoit de mauvais discours contre l'homme de Dieu. L'amour conjugal est une marque assurée de la bénédiction de Dieu sur un mariage.

8 avril 1620.

Monsieur mon très cher Frère,

Ne prenés pas garde a ce que j'ay tant tardé de vous escrire : car vous auriés grand tort si vous pensiés,que pour cela j'aye jamais cessé de vous chérir et honnorer tendrement et très partialement ; et d'autant plus, certes, que je vous sçavois estre en peyne sous la persécution que l'on faysoit a vostre personne et a mon nom : mais j'avois quelque desfiance que mes lettres n'eussent esté ni utiles, ni a propos, si l'on eust sceu que vous les eussiés receues. Or, laissons cette pensée, et pour moy j'ay tous-jours espéré que vostre mariage reûsciroit grandement heureux en son progrès, cette entrée ayant esté si fascheuse : car c'est une des ordinaires méthodes dont la providence de Dieu use, de faire naistre les espines avant les roses.

On m'escrit que vostre amitié nuptiale est si entière et si parfaite, que rien plus, et n'est-ce pas cela la véritable et certaine marque de la bénédiction de Dieu sur un mariage ? Et ce que Dieu bénit, qu^importe-il que les hommes le censurent? Continués seulement en cette bénédiction, et nourrisses soigneusement ce bonheur par une persévérante fide-

* C'est la 529e de la collection-Biaise, et la 8« {al. 9^) du livre III des anciennes éditions.

lité au service de la divine Majesté ; et que tout le monde parle tant qu'il voudra. Mais on me dit que tous ces Messieurs les parens commencent fort a s'appaiser, et je le crois aysement : car en fin ilz ouvriront les yeux^ et verront que la volonté de Dieu doit estre adorée en tout ce qu'elle fait, et qu'elle a fait cette lyaison de sa sainte main. Je finis donq, vous asseurant que je suis sans fin, Monsieur mon très cher Frère, vostre très humble et très affectionné frère et serviteur, etc.

LETTRE '

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