‹ Œuvres complétes Volume 11Chapitre 45 sur 106 · A MONSIEUR COUSSELET, SECRÉTAIRE DU ROI ET DE M. LE DUC DE NEMOURS · texte numérisé non relu

A MONSIEUR COUSSELET, SECRÉTAIRE DU ROI ET DE M. LE DUC DE NEMOURS

Il lui recommande quelques affaires. Il l'assure ensuite qu'il ne tiendra pas à lui qu'une fille à laquelle cette personne s'intéressoit ne soit reçue dans le monastère de Moulins,

Annecy, 11 Juin 1620.

Monsieur,

Avec un extrême sentiment d'obligation^ je vous rens grâces du soin que vous avés eu des affaires dont j'avois supplié Monseigneur de Nemours, et en espère bonne issue, si sa grandeur en croit son conseil de deçà ; car elles sont toutes très justes, et selon Dieu. Ainsy , quant a celles de Monsieur de Vallon, il n'y a point de difficulté qu'il n'y ayt obligation de conscience a faire reparer le tort qu'on uy a fait très manifestement. Apres donq que ces Mes, sieurs les Officiers auront délibéré sur l'advis qu'ilz en doivent donner, je feray une recharge de supplication a sa grandeur.

Nous sommes parmi le passage des Espagnolz, pendant lequel M. le marquis de Lans en avoit donné la charge a M. de Monthou : mais sur les remonstrances que ces Messieurs du conseil, ont faites, il a révoqué cette charge, et fa laissé audit conseil et nommément a mon frère de Thorenc, qui, en qualité de chevalier dudit conseil, et officier de Monseigneur, en a présentement la garde. Voylanos nouvelles.

* Tirée du monastère de la Visitation de la ville du Mans. C'est la 540» de la collection-Biaise.

La Supérieure de Sainte-Marie de Moulins * m'escrivit, il y a quelque tems, que ce n'estoit pas pour aucune incommodité corporelle que la nièce que je luy avois tant recommandée luy sembloit ne devoir pas estre retenue, ains pour l'extrême aversion qu'elle avoit a tous les exercices de religion, laquelle aversion elle ne vouloit nullement surmonter^ ains s'y laissoit tout a fait aller. Depuis elle ne m'en a point escrit ; et pour moy, j'ay recommandé cette fille, en sorte qu'a mon advisrien que l'impossibilité ne la fera renvoyer.

J'escris a madame de Chantai, qui en ayant appris plus de particularités^ me les fera sçavoir, affm que si on peut treuver quelque remède, on le face. Certes, j'apprehenderois plus cent fois vostre desplaisir que le mien propre ; car je suis parfaitement tout dédié a vostre bienveuillance, et a celle de Madamoyselle ma fille, a laquelle je n'escriraypas pour cette fois, puis que j'ay des-ja trop retenu ce porteur, qui devoit partir hier matin, si j'eusse peu escrire; mais vous croirés tous deux, je vous en supplie, que vous ne sçauriés jamais rencontrer une ame qui vous honnore plus passionnément et constamment que moy, qui suis, Monsieur, vostre très humble, etc.

A ma fille Florence mille bénédictions.

Je vous supplie, Monsieur, d'asseurer M. Le Fevre que je l'honnore de tout mon cœur, et suis son serviteur ; comme aussi de prier M. et Madame de Forax qu'ilz me favorisent tous-jours de leur bienveuillance : car d'escrire, il n'y a plus de moyen.

^ La mère de Brechard.

LETTRE '

A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION

Le Saint Texhorte à l'attention sur elle-même.

9 juillet 1620.

Ce m'est tous-jours bien de la consolation^ ma très chère Fille^ de sçavoir que vostre cœur ne se départ point de ses resolutions, encor que souvent il serelaschea des immortifications; car, j'espère qu'a force de s'humilier parmi les signes de son imperfection, il reparera les defautz qu'elle luy apporte.

Ma très chère Fille, la condition de vostre esprit requiert que vous en ayésun grand soin, a cause de cette liberté et promptitude qu'il a, non seulement a penser et a vouloir, mais a déclarer ses mouvemens.

Or sus, vous l'aurés, je m'asseure, ce soin-la : car vous aspirés de plus en plus a la parfaite union avec Dieu, et ce désir vous pressera d'estre de plus en plus exacte en l'observance des vertus qui sont requises pour le contenter, entre lesquelles la paix, la douceur, l'humilité et l'attention a soy-mesme, tiennent les premiers rangs : et je prie sa divine majesté^ ma très chère Fille, qu'elle vous comble de sa dilection; et je suis parfaitement vostre, etc.

* C'est la 543« de la collection-Biaise, et la 58e (a/. 54e) du livre III de& anciennes éditions.

LETTRE

A SAINTE JEANNE-FRANÇOISE DE CHANTAI

Cette commodité descrire vous semblera grande, ma véritablement et uiiiquementtres chère Mère, et néanmoins elle ne lest pas ; car il ma fallu faire tant de despences et escrire a tant de prelatz pour Lyon, Nevers, Orléans, Glermont, qu'il me faut bien haster pour vous rendre mon devoir, ma très chère Mère, je dis, selon que je le puis rendre. Voyla donq nos Seurs qui sen vont, et si je ne me trompe^ elles sont toutes fort bonnes et de bonn' observance, [et nostre seur Cl. Agnes ^ a si bien fait icy, que comme je croy elle fera encor mieux la. Nous avons pensé de vous envoyer ma seur Marie Gasparde d'Avisé, pour vous accompaigner a v'^ retour, qui sera quand vous le jugeres a propos, si rien ne pressedu costé de Thurin. MaseurFrançoise Marguerite est demeurée assistante par élection et consentement des deux tiers des voix, ma seur M. Magdeleineen eut plusieurs, et sans considération amon advis, puis quellenest encor point du monastère^ ains seulement de la Congrégation, ayant encor demande terme, pour achever sesaffaires. MaseurM.

1 Cette lettre étoit restée presque entièrement inédite jusqu'ici ; nous l'avons trouvée écrite de la propre main de saint François de Sales parmi ceux de ses autres écrits autographes que possède le monastère de la Visitation de Rennes. Elle est sans date ni adresse ; mais elle doitse rapporter a l'époque de la fondation du monastère delà Visitation d'Orléans..

* La mère Claude Agnès Joly de la Roche, première supérieure du nao^ nastère de la Visitation d'Orléans, et fondatrice de celui de Rennes.

Adrieniie en eut aussi quelques unes. Mais »[enrin Dieu vouut que ce fut ma seur Franc". Marguerite et il veut tousjours le mieux, car cest une bonne femme, sage, constante, et véritable servante de N. S. un peu sèche et froide de visage, mais bonne de cœur, courte en paroles, mais moelleuse. Nous ne faysons guère de préfaces elle et moy ni d'appendices, non plus.

Mays il faut que je vous die que nostre seur Per. Marie est une fille tout a fait admirable, en parole, en maintien, en affection, car tout cela respire la vertu et pieté.

Je suis tout a fait de vostre advis et de celuy de nostre bon P. Binet ^ pour ma seur M. Radegonde. Quune fille soit de tant mauvais naturel qu'on voudra, mais quand elle agit en ses essentielz deportemensparla grâce et non parla nature, selon la grâce et non selon la nature^ elle est digne d'estre recueillie avec amour et respect comme temple du saint Esprit, loup par nature, mais brebis par grâce.

0 ma mère, je crains souverainement la prudence naturelle, au discernement des choses de la grâce. Et si la prudence du serpent n'est destrempee en la simplicité delacoiombe du saint Esprit, elF est tout a fait vénéneuse. ]Mon Dieu ! que nostre grande fille * est admirable ! ell' a regarde ma lettre dun biays, duquel je ne lay pas escrit. Il ny a remède ; et ma lettre et la sienne sont escrittes. Si jamais nous nous revoyons, vous les confronteres et verres qui a le tort. Mais tous-jours ayme-je cette fille et ne crainnul-

^ Les crochets indiquent ce qui a déjà été publié de cette lettre, tome VI de cette édition, pages 547 et 548, d'après toutes les autres éditions antérieures à celle-ci.

^ Perrone Marie de Blonay, fondatrice du premier monastère de la Visitation de Sainte- Marie de Rouen.

' Le P. François Binet, de la compagnie de Jésus.

* Ne seroit-ce point lamère Favre qu'il appelleroit de ce nom ici même •comme dans sa lettre du 10 septembre 1611? La mère Favre, à l'époque ot noussommes arrivés, devoit quitter le couvent de la Visitation de Lyon ipour aller fonder celui de Monferant, et de là celui de Turin.

lement ses émotions de découragement. Car après tout cela Dieu qui a voulu que je luy sois ce que je luy suis, luy seul fera quelle n'en douterajamais, ou si elle en doute cenesera que par secousses, et comme par manière de tentation.

Vousrecevres les formulaires delà réception des novices a la profession et des pretendentes a l'habit. Je croy qu'il ny a rien a dire par rayson. [ J'admire ces bons pères qui croyent quon doive adjouster que l'on fait vœu aux Supérieurs. S'ilz voyoient la profession des bénédictins qui est la profession des plus anciens et peuplés monastères, ilz auroyent donq bien a discourir, car il ny est fait mention quelconque ni des Supérieurs ni des vœux de chasteté, pauvreté et obéissance, ains seulement de stabilité au monastère et de la conversion des mœurs selon la règle de saint Benoist. Qui promet l'obéissance selon les constitutions de sainte Marie promet lobeissance et l'observance des vœux a l'Eglise et aux Supérieurs de laGongregration ou monastère. En somme, il faut demeurer en paix. Car qui voudra meshuy ouyr tout ce qui se dira aura fort a faire, ] Véritablement M.* la présidente de Herce est ma très chère Fille et comere, et tout aymable devant Dieu et les hommes. Je luy escris, et la rayson mesme vouloit bien que je luy eusse plustost rendu ce devoir. Je vous supplie de laymer chèrement encor pour l'amour de moy, qui voudrois que tous les gens de bien l'affectionnassent parfaitemeat.

Madame la Comtesse de Fiesque est une des dames que j'honnorele plusen ce monde; etje sens encor avec suavité l'odeur de sa pieté et vertu, que je receu en deux seules fois que je la vis chez le bon monsieur de Monthelon, et chez madame deGuise, et m'estimerois grandement favorisé sije pouvois luy rendre quelque digne service ; son ame est bien appellee de Dieu, etje croy quelle correspondra heureusement.

1 C'est-à-dire ici Madame.

Quest il besoin de vous dire ni de l'honneur que je porte a nostre chère M. (madame) de Villesain, ni de Faffon que j'ay pour sa pieté. Car vous le sçaves bien, etsije puis gaigner un moment^ je luy escriray et a M. son mary qui ma fait Ihonneur de mescrire. Mais si je ne puis, faites luybien mes honneurs et ne craignes point d^en trop dire, car les paroles de qui que ce soitnegaleront pas ce que j'en sens. Et donnes encor, je vous supplie, la bonne et saintejoye, a Madame Hamelot, de son heureux accouchement. Ses consolations seront tous-jours les miennes, puisqu'en toute veritté mon amelacherittres singulièrement. M. deFrouvillesçait bien qu'elT est tout a fait ma chère Fille : elle a, je m'asseure, sa response.

Je supplie de saluer chèrement M"° dePuipeyroux et de la prier quelle asseure M. de Grevant et M. de Verton, et la bonne M. (madame) Amory qu'en vérité je conserve soigneusement unememoire continuelle du devoirque mon cœur a de leurs âmes que je chéris parfaitement. Ma mère nous avons eu ces huit jours entiers nostre très aymable Monseigneur de Belley, qui a fait des merveilleusement dévotes exhortations et mesme le jour de la Visitation Ce ma este une consolation extrême de le voir et savourer la véritable honte de son esprit. Je nay point de nouvelles de mon frère de Boisy* des il y a trois semaines : il attend la venue du P. D. Juste qui peut estre arrivera aujourdhuy, maisje ne sçai sil amènera la très bonne fille la signorade Genevra que mon frère m'aescrit il y a quelque tems avoir demandé son congé aux Princes pour venir, impatiente de voir que Ion diffère tant lerectiondu monastère du Turin. Cest une fille, comme mon frère mescrit, tout a fait généreuse et sainte.

Il est vray, j'ay prié nos seurs de garder cette grande Peronne espérant que si les projetz de la reformation de plu-

^ Gallois de Sales, seigneur de Boisy et Gadeoisy.

sieurs monastères en ce pay reuscit, je pourray trouver quelque moyen delà faire retirer, etosterde leminentperildestre perdue auquel elle seroit, si on la renvoyoita son père qui ne menasse de rien moins que l'envoyer parmi leshuguenotz, et qui est homme si horrible, que puis qu'il le dit, on ne luy fait pas tort d'en douter et le craindre, On fait beaucoup de choses pour sauver un' ame, etjenapprenspasque celle cy face de si gransmaux quepour celaonnepuisseluy faire la charité. Et croyes moy,ma très chère Mère, quand j'importune, il faut queje me sois premièrement fort importunemoy mesme. JetreuverayDieuaydantquelqueretraitte pour cette fille, avec un peu deloysir. Et cependant, nayant pas Ihabit, on n'en peut pas faire grande conséquence.

GXXXII

LETTRE

A LA MÊME

Eloge de l'institut de la Visitation et des vertus des Religieuses, prélats persécutés, dignes de respect.

Ma très chère Mère, Dieu qui a disposé de nos amespour n'en faire qu'une en sa dilection, soit a jamais bénit. Je salue vostre cœur qui m'est plus pretieux que le mien propre. Hé ! que je désire que nostre vie ne vive pas en nous, mais enla viedeJesus- Ghrist nostre Seigneur ! Et que puis-je désirer de mieux pour nostre cœur?

^ C'estla 653e de la collection-Biaise, etla 21® (a/. 16e) des anc. éditions. Nous plaçons cette lettre à la suite de la précédente, à cause de la grande fille et de son mécontentement dont il est également question dans les deux.

Pour la grande fiUe^ je luy escriray au premier jour^ carjevoy bienquenous sommes en unesaison, en laquelle il faut que les pères commencent a faire leur paix. Helas! il est pourtant vray que mon cœur n'a point de tort : car j'escrivis innocemment et tout a fait sans fiel, quoy qu'avec un peu de liberté, et contre le sentiment de cette fille. La hayne irréconciliable que j'ay aux procès, aux contentions et aux tracas, me fit escrire ainsy. J'appreuve grandement que vous luy donniés la somme qu'elle désire, puisque cela est plus conforme a la douceur, que nostre Seigneur enseigne a ses enfans, Enfin la paix est une sainte marchandise^ qui mérite d'estre acheptée chèrement.

Ouy, je dis qu'il faut tenir bon dans l'enclos de nos règles et denostre Institut : car Dieu ne l'apasproduit pour néant ni ne l'a pas fait désirer en tant de lieux pour estre changé. L'édification que les Maysonsdonnenttous les jours, fait foy de l'intention du saint Esprit : carc'estmerveille, combien la réputation de la viedevotes'aggranditpar la communication de nos Seurs, lesquelles je voy aussi profiter tous les jours, et devenir plus affectionnées a la pureté et sainteté de vie. Je fus une heure et demie au parloir: je vistroysde nos Seurs, et je fus fort consolé de voir comme la vraye lumière leur fait voir la vérité des grandes et profondes maximes de la perfection, qui plus, qui moins; mais toutes, a mon advis^ advancées : et plusieurs dames estrangeres qui les ont veiies, s'en sont allées les larmes aux yeux et avec des goustz extrêmes.

Ma très chère mere,je salue vostre cœur de tout le mien, qui est très part aittement et irrévocablement vostre en nostre Seigneur, nostre unique amour. Je salue toutes nos [Seurs, et vous supplie de saluer très humblement Monseigneur nostre archevesque ^ que je ne puis assés dignement hon-

1 La mère Favre, suivant l'observation de M. Biaise lui-même. Voyez aussi la lettre précédente, note 4, page 220. — - Sans doute M. André Frémiot,

norera mon gré, depuis qu'il a esté persécuté a la façon des anciens evesques de l'Eglise. Je voudrois bienluy pouvoir manifester le sentiment d'honneur et de respect que j'ay pour luy. Je suis de plus en plus, ma très chereMere, tout uniquement vostre en nostre Seigneur. Dieu soit bénit.

François, Ev. de Genève.

GXXXIll

LETTRE

A LA MÈRE DE BRECHARD, SUPÉRIEURE DU MONASTÈRE DE LA VISITATION DE MOULINS.

Avis sur des difficultés arrivées pour la fondation du monastère de son ordre à Nevers. Il faut vouloir Dieu absolument et invariablement ; et quant aux moyens de le servir, il les faut vouloir paisiblement et foiblement.

21 juillet 1620.

Je n'avois garde de deviner que cette difficulté deust jamais arriver pour la fondation de Nevers, ma très chère Fille, car quelle conséquence y a -il ? Une fille est a Moulins ; il faut donq qu'elle et ses moyens y demeurent? Mais ceux qui la font, sont dignes de si grand respect, et ont tant de mérite sur vostre Mayson, et sur toute la congrégation et ont tant de bon zèle et de pieté^qu'encorqu'a la rigueur elle ne soit pas bien forte, il faut, ce me semble, la faire valoir pour une partie, selon l'advis du révérend pereRec-

frère de la Sainte et archevêque de Bourges, où. sainte Chantai pouvoit être en ce moment, à moins, ce qui est plus probable, qu'il ne fût luimême à Paris auprès de sa sœur, occupée alors à fonder la maison de la Visitation delà rue Saint- Antoine.

1 C'est la 544e de la collection-Biaise, et la 46^ (al. 42e) du livre Ilf des anciennes éditions.

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