XI
teur, qui, comme m'escrit madamoyselle du Tertre, estime que la moytié suffira pour commencer la fondation, et l'autre moytié pour bien accommoder la mayson de Moulins.
Reste la difficulté de vostre personne et de celle de cette chère fille ; car je voy aussi la grande affection que M. le Mareschal [ de Saint-Geran * Jet Madame la Mareschale ont que vous vous arrestiés, et elle aussi, a Moulins. Et faut que je confesse, que je voy que cet affaire se prend d'un biais, que j'appréhende de dire mon sentiment ; je le fay néanmoins, et dis qu'il seroit a propos que vous, qui avés traitté, et qui estes connue, menassiés ma Seur P, Hieronyme a Nevers, et Vj establissiés le mieux que vous pourries pour le séjour d'un mois ou deux : et quand je dis que vous y allassiés, j'entens aussi parler de Madamoyselle du Tertre^ ma fille, laquelle je sçai estre inséparable avec vous.
Or, je présuppose que ces Messieurs prennent confiance a la parole que vous leur donnerés ?de revenir infailliblement, etde ramener Madamoyselle du Tertre ; ques'ilznele veulent pas, il faudra envoyer ma Seur P. Hieronyme, avec deux ou troys qu'elle choisiroit, et faire le mieux qu'on pourroit, pourveu qu'on fist le partage susescrit; car ma Seur P. Hieronyme a assés de courage et de capacité de bien faire, moyennant la grâce de Dieu, pour reiiscir en cette entreprise.
Je vous asseure^ ma très chère Fille, que cette difficulté ne m'a point tant fasché, que pour le desplaysir que je sçai que vous en avés eu, sur le sujet duquel il faut que je vous die que vouslisiés un peu le chapitre de la patience dePhilothée% où vous verres que la picqueuredes mouches a miel est plus douloureuse que celle des autres mouches. Les en-
* Jean>François de la Guiche, comte de La Palisse, sieur de S. Géran, chevalier des ordres du roi, maréchal de France et gouverneur du Bourbonnois.
* G'est-à-dire de V Introduction à la vie dévoie.
treprises que les amis fontsurnostre liberté, sont merveilleusement fascheuses , maisen finilles fautsupporter, puis porter, et enfm aymer comme des chères contradictions. Certes^ il ne faut vouloir que Dieu absolument, invariablement, inviolablement ; mais les moyens de le servir^ il ne les faut vouloir que doucement et foiblement, affinque si on nous empesche en Femploite d'iceux, nous ne soyons pas grandement secoués. Il faut peu vouloir, et petitement tout ce qui n'est pas Dieu. Or sus, prenés courage: si le père Recteur et moy sommes creus, selon ce quej'ay ditcy dessus, tout n'en ira que mieux. Vous souvenés-vous de la fondation de cette Mayson d'icy ! Elle fut faite comme celle du monde^ de rien du tout, et maintenant on a despensé près de seize mille ducatons ^ es bastimens, et jamais fille n'en bailla mille que ma Seur Favre.
Nevers sera une mayson bénite, et sa fondation ferme et solide^ puisqu'elle a esté agitée. Mais si d'adventure ces Messieurs de Moulins ne vouloyent pas entendre au party duquel le père Recteur et moy sommes d'advis, queferoiton? 0 certes, je ne puis pas imaginer cela: mais en ce cas, il faudroit avoir bien soin de nostre Seur P. Hieronyme et de sa compaignie, etadvertir nostre Mère, qui peutestre a quelque autre fondation par les mains, où elle pourroit estre employée. Si moins, on nous la renverra quand le tems sera un peu plus propre.
Et en tous evenemens il faut demeurer en paix dans la volonté de Dieu, pour laquelle la nostre est faite. Je salue de tout mon cœur cette chère Seur P. Hieronyme, et la Seur Françoise-Jacqueline, et toutes nos chères Seurs.
En somme, bienheureux sont ceux qui ne font pas leurs volontés en terre ; car Dieu la fera la haut au Ciel. Je suis infiniment vostre, maîtres chère Fille, et vous souhaite
* Le ducaton valoit environ sept francs delà monnoie actuelle, exactement 6 fr. 70 G.
mille bénédictions. Salués, je vous supplie, le révérend père Recteur.
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