A MADEMOISELLE DU TERTRE A SAINTE-MARIE, A MOULINS
Le Saint la prie de le justifier du soupçon de lui avoir conseillé de donner son bien pour la fondation d'un nouveau monastère de Sainte- Marie àNevers, où elle se vouloit donner à Dieu, au préjudice de celui de Moulins. Il l'engage à donner moitié à l'un et moitié à 1 autre, et lui laisse le choix de celui qu'elle voudroit des deux pour sa demeure.
27 juillet 1620.
Je crois fort seurement, ma très chère Fille, que vous tesmoigneréspartouten faveur de la vérité, que, par mille désirs quej'ay eus de rendre du service et de la consolation a vostre ame"^, je ne me suis jamais mesléde sçavoirquelz estoyentvos moyens temporelz,nine vous ay jamais incitée de les employer pour la Mayson de sainte Marie ; que (si) vous avés engagé vostre ame pour la fondation d'un Monastère aNevers,ç'a esté tout a fait sans m'en communiquer, sinon après que vous en eûtes contracté lasainteobligation.
Certes, je ne voadrois nullement estre en estime d'un homme ^ui attire l'argent et l'or, non pasmesme pour les œuvres pies ; car je ne suis pas appelle a cela. Je ne sçai donq comment on a peu penser que je vous aye addresseea Moulins en considération descommoditésque vousaves, et que ce soitinjustice de les divertir ailleurs. Mais il me suffit devons avoir dit ces quatre paroles pour justifier le consentement que j'avois donné a vostre dessein pour Nevers: en
1 Tirée de la communauté de S. François de Sales, à Paris. C'est la 45e de la collection-Biaise.
quoyil me semblequeje n'ay rien commis digne de censure.
Or maintenant, ma très chère Fille, je voy les ardans désirs de M. le Mareschal et de Madame la Mareschale de saint Geran, et encor de M. de Paliere et de Monsieur delà ville de Moulins, dont le zèle est digne de mille louanges, et le vostre de toute sorte de respect. Si vous n'estiés pas obligée par vœu, j'aurois bientost donné mon advis ; mais la considération de vostre vœu me fait adhérer au conseil du révérend père Recteur, qui porte, comme vous m'escrivés, que vous faciès l'un, etnelaissiés pas l'autre ; puisque, comme il est présupposé, il y a suffisamment pour ayder puissamment la fondation de la Mayson de Nevers, et pour appuyer et secourir celle de Moulins, en quoy vostre conscience demeurera dans son accoisésur laplus grande gloire de Dieu, qui reviendra de ce partage, par le moyen duquel vous servirés Dieu au Monastère dans lequel vous demeurerés, en vostre propre personne et par vos propres actions, et en celuy où vous ne serés pas, en la personne des Seurs qui par vos moyens y seront assemblées.
Voyla tout ce que je vous puis dire, matres chère Filie : je demeure au reste plein d'une sainte satisfaction, et s'il m'est permis de le dire, tout glorieux dequoyon m'estime si fort que vous faciès des merveilles en pieté; et d'autant plus que c'est Madame la Mareschale de saint-Geran, qui est, grâces a Dieu, sçavante en ce saint mestier; car je croy que vous ne doutés pas que la très sincère et immuable dilection quenostre Seigneurm'a donnée pour vostre ame, ne mefaceaymer, chérir etsentir très passionnément vostre establissement et progrés au saint service de sa divine Majesté. Continués, ma très chère Fille, croisses tous les jours en humilité d'un cœur pur, et recommandés souvent a cette xîeleste bonté celuy qui vous recommande incessamment a ■elle, et qui est a jamais, ma très chère Fille^ vostre^ etc.
GXXXV
LETTRE