A UN COUSIN
Consolations sur la mort d'an père fort âgé.
28 juillet 1621.
Monsieur mon Cousin,
Ce porteur va de la part de M. de Chalcedoineet du Chevalier, mes frères, comme aussi de la mienne, pour vous offrir nostre service en cette occasion de la perte que vous avés faite, laquelle comme elle est extrême, aussi nous la ressentons vivement avec vous, etne laissonspaspourtantde vous prier de soulager vostre cœur de tout vostre pouvoir,
1 C'est la 579» de Biaise, et la 62e du livre V des anciennes éditions.
en considération de la grâce que Dieu vous a faite, et a tous ceux qui ont le bien de vous appartenir, vous ayant laissé jouyssance de ce bon père a longues années, ne l'ayant retiréqu'a l'eageapreslequelcette vienepouvoit plus guère durer sans beaucoup de peynes et de travaux qui accompaignent ordinairement la vieillesse.
Mais vous devés encor plus vous consoler dequoycebon père a vescutoutesces années dans l'honneur et la vertu, en l'estime publique, en l'affection de sa parenté et de tousceux qui le connoissoyent, et en fm dequoy il est decedé dans le sein de l'Eglise et parmi les actions de la pieté: de sorte que vous avés dequoy espérer qu'il vous assistera mesme en la vie des Bienheureux : et tandis, je vous offre de rechef mon fidèle service, et a Madame la Baronne deN.ma cousine, qui suis de tout mon cœur, Monsieur mon Cousin, vostre très affectionné Cousin et serviteur, etc.
LETTRE '
A UNE SŒUR TOURIÈRE DE LA VISITATION
Il fait l'éloge de son emploi, en montre l'importance, et conclut qu'il n'y a rien de petit au service de Dieu.
2 août 162L
Ma très chère Fille,
Je suis grandement consolé de sçavoir que vous estes arrestéeplusparticulierementauservicedenostreSeigneur, en laMaysonde sa très sainte Mère, en une condition que j'estime de grand profit, fay choysi destre abject, dit le
1 C'est la 580e de Biaise, et la 61e [al. 57«) du livre VI des anciennes éditions.
Prophète, en la mayson de mon Dieu, plus que d'hûbiter les tabernacles des grans, qui souvent ne sontpassipieux^
Vous avés esté heureuse d'avoir jusques a présent servy Dieu dans la personne d'une maistresse de laquelle Dieu est le maistre,et avec laquelle vous avés eu toutes sortes de sujetz de profiter spirituellement ; mais vous estes encor plus heureuse d'aller servir ce mesme Seigneur en la personne de celles qui, pour le mieux servir, ont quitté toutes choses.
C'est un grand honneur^ ma chère File, d'avoir en charge la conservation d'une Mayson toute composée d'espousesde nostre Seigneur , car qui garde les portes, les tours et les parloirs des Monastères, il garde la paix, la tranquillité et la dévotion de la Mayson^ et de plus peut grandement édifier ceux qui ont besoin d'aborder le Monastère.
Il n'y a rien de petit au service de Dieu ; mais il m'est advis que cette charge du tour est de très grande importance, et grandement utile a celles qui l'exercent avec humilité et considération.
Je vous remercie delà participation que vous m'avez donnée de vostre contentement, et vous prie de saluer Mesdames de la Moignon, et, quand vous la verres. Madame de Villeneuve. Vostre humble frère et serviteur, etc.
*Elegi adjectus esse in domo Dei mei, magis quam habitare in taiernaculispeccatorum. Ps. LXXXIII, 11.
LETTRE
A UNE DAME
Le Saint ayant donné à cette dame quelques avis un peu plus librement qu'elle ne désiroit, elle s'en refroidit envers lui, et ne lui fit pas de réponse. Cette lettre tend à lui faire rompre le silence, et la ramener à la raison.
2 août 1621.
Je crains en fin, si nous demeurons ainsy, sans dire mot, ma très chère Fille, que vostre cœur n'apprenne petit a petit a me desaymer, et certes je ne le voudrois pas ; car il me semble que la chère amitié que vous avés eue pour moy n'ayant pris ni peu prendre sa source que de la volonté de Dieu, il nela fautpas laisserperir : et quantacelle queDieu m'a donnée pour vostre ame, je la tiens tous-jours vive et impérissable en mon cœur.
Or sus, puisque la méthode de ce tems porte que c'est au père de commencer et recommencer l'entretien et le sacré commercede l'affection, dites tout ce que vous voudrés,ma très chère Fille, mais en efTect vous avés tort. Ma lettre n'estoit point, certes, si amere qu'une douce fille ne l'eust addoucie; elle estoit toute pleyne d'une paternelle confiance ; et je veuxbien qu'il y eust de la rusticité, mais fautil se despiter pour cela ? Vous sçavés bien le pays où vous m'avés pris; devés-vous attendre des fruitzdelicatzd'un arbre des montaignes, et encor d'un si pauvre arbre comme moy?Obien ! ne mevoyésplusquecequ'ilvous plaira, moy je seray tous-jours vostre, mais je dis tout a fait ; et, si je
' C'est la 581e de Biaise, et la 103e du livre IV des anciennes éditions.
ne puis autre chose, je ne cesseray point de le tesmoigner devant JDieu, es saintz sacrifices que j'offriray a sa bonté. 0 ma Fille, ma Fille ! Dieu veiiille faire régner l'esprit de Jesus-Ghrist crucifié sur nostre esprit, affm que nostre esprit vive selon cet esprit souverain qui m'a rendu etme conserve eternellementvostre; et croyés que mon cœur placé au milieu des montaignes de neige, et parmi la glace de mes propres infirmités n'a point eu de froideur pour le cœur de ma très chère Fille, que ce mien malheur me ravit, mais que j'ayme mieux perdre, pourveu que Dieu ne soit point courroucé^ que de manquer en la sainte sincérité que j'ay voilée au service de son ame, que je ne sçaurois flatter sans la trahir, ni trahir sans la perdre ; et cette perte-la seroit mon affliction, car j'ayme cette fille, comme estant son très humble, etc.
GLXIII
LETTRE '
A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION OUI TRAVAILLOIT A LA FONDATION d'UN MONASTÈRE
Il l'exhorte à se bien acquitter de son office, àêtrehumble et courageuse, et à mettre toute sa confiance en Dieu.
4 août 1621.
Je vous connois assés, ma très chère Seur, ma Fille, pour vous chérir de tout mon cœur en la dilection de nostre Seigneur, qui, ayant disposé de vouspour la chargeen laquelle vous estes, s'est par conséquent obligé soy-mesme a soymesme de vous prester sa très sainte main en toutes les
1 C'est la 582e de la collection-Biaise, et la 97e [al. 83e) du livre IV des anciennes éditions.
occasions de vostre office, pourveu que vouscorrespondiés de vostre part, par une sainte et très humble, mais très courageuse confiance en sa bonté. Dieu appelle a son service les choses qui ne sont point, comme les choses qui S07it\ et se sert du rien comme beaucoup pour la gloire de son nom.
Demeurés en vostre propre abjection comme dans la chaisne de vostre supériorité, et soyésvaillammenthumble et humblement vaillante en celuy qui fit le grand coup de sa puissance en Fhumilité de sa croix.
^ Une fille ou femme qui est appellée au gouvernement d'un Monastère, est appellée a une grande besoigne et de grande importance, surtoutquand c'est pourfonderetestablir : mais Dieu estend son bras tout-puissant a mesure de l'œuvre qu'il donne. Tenés vos yeux en ce grand Sauveur, et il vous délivrera de la pusillanimité et de rorage\
Les Seursqui sont avec voussontbienheureusesde servir la, par leur bon exemple et humble observance, de fondement a cet édifice spirituel. Je suis a jamais vostre très humble et très affectionné serviteur ennostreSeigneur,etc.
* Vûcat ea quse non sunt, tanquam ea quae sunt. Rom., IV, M.
2 Expectabam eum qui salvum me fecit à pusiUanimitate spiritûs et tenapestate. Ps. LIV, 9.
GLXIV
LETTRE '
A UNE DAME
Le Saint la console sur la maladie de sa fîUe, et blâme l'amour excessif des mères pour leurs enfants.
Annecy, le jour de Saint Dominique, 4 août 1621.
Madame,
Je voushonnoreet Madame vostre fille très parfaitement, et voadrois bien contribuer tout ce qui seroit en moypour vostre contentement réciproque. A elle, s'il plait a Dieu, j'en diray mon advis a part ; mais a vous je le dis maintenant, me promettant que vostre bon courage le prendra en bonne part.
Madame, l'amour, quel qu'il soit, si ce n'est celuy de Dieu, peutestre trop grand, et quand il est trop grand, il est dangereux : il passionne l'ame, parcequ'estantunepassion, etlamaistressedes passions, il agite ettrouble l'esprit parce que c'est une perturbation ; et treuvant des règles, il desregle toute l'œconomie de nos affections.
Or, ne faut-il pas croire. Madame, quel'amourdesmeres envers leurs enfans ne puisse estre de mesme ? ains il l'est d'autant plus librement qu'il semble qu'il le soit loysiblement, avec le passeport, ce semble, de l'inclination naturelle, et l'excuse de la bonté du bon cœur des mères.
Nous parlons assés souvent de vous, le bon Père N. et moy , et nous en parlons avec respectet dilection : néanmoins vous me pardonnerés^ s'il vous plait; mais quand il me ra-
* C'est la 583» de Biaise, et la 44« du livre V des anciennes éditions.
conte les eslans et pressures de vostre cœur sur la maladif de Madame de N, je ne me puis tenir de dire qu'il y auroit de l'excès. Or sur, mais si voustreuvés que je die trop librement ma pensée et que j'aye tort, quel moyenyauroit-il de m'excuser? et toutesfois je ne désire nullement de rien perdre de vostre bienveuillance; car je l'estime trop, et prise infiniment le cœur dont elle vient, et l'espritde son origine. Et^ en somme, je veux dire en un mot que vous avés tant de puissance a mouvoir les cœurs, que le mien ayant sceu les traitez de vostre esprit en estant tout espris^ vousn'avés pas besoin d'estreaydée pour mouvoir celuy de Madamede N. atoutcequivousplayra, m'asseurant qu'après les forces de l'esprit de Dieu, auquel il faut que tout cède, les vostres seront en toutes occurences les plus grandes Vives a Dieu, Madame, et a la très sainte Trinité, en laquelle je suis vostre très humble serviteur, etc.
GLXV
LETTRE '
A UN GENTILOMME
Il le console sur la mort de son épouse.
Annecy, 7 août 162L
Monsieur,
Je viens d'apprendre, par M. le médecin Grandis, le douloureux mais bienheureux trespas de Madame vostre chère espouse. Certes, mon cœur en a esté autant vivement touché que de perte que j'aye faite il y a long-tems ; car la bonté, la pieté etlavertu que j'a vois veûes en cette belle amem'a-
* C'est la 584e de la collection-Biaise, et la 65e du livre V des anciennes éditions.
DE S. FiiANCOIS DE SALES 28ii'
voyent tellement rendu obligé a l'honnorer, que désormais j'en faysois uneprofession solennelle. Qu'elle est heureuse^ cette chère Dame, d'avoir, parmi tant de douleurs et de travaux, conservé la fidélité qu'elle devoit a son Dieu ! et que ce m'a esté de consolation d'avoir sceu une partie des paroles de charité que son esprit a lancées avec ses derniers soupirs dans le sein de la miséricorde divine !
Mais^ Monsieur^ n'aurois-je pas une immortelle obligation a la faveur qu elle me faysoit^ puisqu'en cette extrémité de sa vie mortelle, elle a si souvent tesmoigné qu'elle avoit mémoire de moy comme de celuy qu'elle sçavoit luy estre tout dédié en nostre Seigneur? Jamais cette souvenance ne sortira de mon ame ; et ne pouvant luy offrir le service très tidele que j'avois juré a sa vertu et dévotion' je vous conjure, Monsieur^ de l'accepter et recevoir avec celuy que l'honneur de vostre bienveuillance avoit des ja acquis sur mes affections : et cependant en cette occasion employés la grandeur de vostre courage pour modérer la grandeur du desplaysir que la grandeur de vostre perte vous aura donné. Acquiesçons, Monsieur, aux decretz de la Providence souveraine, decretz qui sont tous-jours justes, tous-jours saintz, tous-jours adorables, bien qu'impénétrables et obscurs à nostre connoissance.
Cette belle et dévote ame est decedée en un estât de conscience auquel si Dieu nous fait la grâce de mourir, nous serons trop heureux de mourir, en quelque temps que ce soit. Aggreons cette grâce que Dieu lui a faite, et ayons doucement patience, pour ce peu de tems que nous avons a vivre icy bas sans elle, puisque nous avons espérance de demeurer avec elle éternellement au ciel, en une société indissoluble et invariable. Monsieur, je respandray toute ma vie des bénédictions sur Madame vostre chère défunte^ et seray invariablement votre plus humble, très affectionné et fidèle serviteur, etc.
GLXVI
LETTRE '
A UNE DAME MARIÉE
Le Saint loue cette dame et son mari sur leur désintéressement dans un procès. Avis sur la confession ; circonstances qu'il faut exprimer et mettre dans sa déclaration. Il lui recommande de ne point se troubler ni s'inquiéter, mais seulement de s'humilier pour les péchés passés. La perfection n'est pas l'ouvrage d'un jour, mais de toute la vie ; l'obéissance est d'un grand secours pour y réussir. Pratiques spirituelles à observer à cet égard.
Le 21 août 162L
J'attendois tous-jours que cette bonne fille vinst, pour vous escrire plus confîdemment, ma très chère Fille ; car je sçavois qu'elle viendroit bientost. J'escris a Monsieur, selon vostre désir, bien content que je suis de vous pouvoir rendre quelque petit service, et mesme pour vos affaires domestiques, et sur tout puisqu'elles sont utiles au bien de vostre ame, pour laquelle j'ayme tout ce qui vous appartient.
Oh ! que c'est une bonne affaire que de n'avoir point de procès ! Je suis marry dequoy a Ghamberi on ne parle quasi que de cela, et qu'on en parle si chaudement et si passionnément ; et je suis consolé dequoy vous avés essayé d'accommoder celuy duquel vous m'escrivés, et dequoy vous en parlés avec le respect qui est deu a la partie, et dequoy M. vostre mary se rend si facile a lascherle sien pour l'assoupir. Dieu soit loiié du contentement que vous avés de la suffisance qu'il vous a donnée^ et continués bien a luy en rendre grâces : car c'est la vraye béatitude de cette vie
1 C'est la 585® de la collection-Biaise, et la 4ie [al. 34^) du livre IV ■des anciennes éditions.
temporaire et civile, de se contenter en la suffisance : parce que qui ne se contente de cela, ne se contentera jamais de rien, et comme vostre livre dit (puisque vous l'appelés vostre livre), a qui ce qui suffit ne suffit pas, rien ne luy suffira jamais^. Or, aymés-le donq, ce pauvre livre, ma très chère Fille, et puisque Dieu y a mis des consolations pour vous, priés bien sa sainte bonté qu'il vous donne le goust pour les bien savourer et les rendre utiles a votre chère ame, pour bien se nourrir au pur amour céleste, pour lequel elle fut faite.
Au reste, ma très chère Fille, cette si grande crainte qui vous a cy devant si cruellement angoissée doit estre meshuy terminée, puisque vous avés toutes les asseurances qui se peuvent avoir en ce monde d'avoir fort entièrement expié vos péchés par le saint Sacrement de Pénitence. Non, il ne faut nullement révoquer en doute que les dépendances de vos fautes n'ayent esté suffisamment exprimées ; car tous les Théologiens sont d*accord qu'il n'est nullement besoin de dire toutes les dépendances ni les acheminemens du péché.
Qui dit : J'ay tué un homme, il n'est pas besoin qu'il die qu'il a tiré son espée, ni qu'il a esté cause de plusieurs desplaysirs aux parens, ni qu'il a scandalizé ceux qui l'ont veu, ni qu'il a troublé la rue en laquelle il l'a tué ; car tout cela s'entend assés sans qu'on le die ; et suffît seulement de dire qu'il a tué un homme par colère, ou de guet apent par vengeance, qu'il estoit homme simple ou ecclésiastique, et puis laisser le jugement a celuy qui vous escoute.
Qui dit qu'il a bruslé une mayson, il n'est pas requis qu'il die ce qui estoit dedans par le menu ; ains suffit de dire s'il y avoit des gens dedans, ou s'il n'y en avoit point.
0 ma très chère Fille ! demeurés tout a fait en paix ; vos
* Traité de V amour de Dieu, de saint François de Sales, livre VIII, chap. 8.
confessions ont esté bonnes jusques a l'excès: pensés meshuy a vostre advancement a la vertu, et ne pensés aux péchés passés, sinon pour vous humilier doucement devant Dieu, et bénir sa miséricorde qui vous les a pardonnés par l'application des divins Sacremens.
V Introduction a la vie dévote est toute souëfve et bonne pour vous, ma chère Fille; ce qui vous estonne, c'est que vous voudriés estre tout a coup telle qu'elle prescrit: et toutesfois, ma très chère Pille, cette mesme Introduction vous inculque que de composer vostre vie a ses enseignemens n'est pas la besoigne d'un jour, ains de vostre vie, et que nous ne nous devons nullement estonner des imperfections qui nous arrivent parmi les exercices de nostre entreprise. Ma Fille, la dévotion n'est pas une pièce qu'il faille avoir a force de bras : il faut voirement y travailler, mais la grande besoigne dépend de la confiance en Dieu; il y faut aller bellement, quoy que soigneusement, il est vray, certes, que l'obéissance vous sera fort utile ; et puisque vous désirés que ce soit moy qui vous en impose les loix, en voicy quelques-unes:
Premièrement, une fois le jour vous vous prosternerés devant Dieu, et levant les yeux au Ciel, vous ferés le signe de la Croix sur vous, adorant Dieu ; et vous vous releverés. Secondement, vousferés un acte d'humilité tous les jours, donnant la salutation du bon jour ou du bon soir a quelqu'un de vos serviteurs et servantes, avec un acte intérieur par lequel vous reconnoistrés cette personne la vostre compaigne en la rédemption que nostre Seigneur a faite pour elle. Tiercement, vous appellerés le plus souvent que vous pourrés vostre servante m'cimie.
4° Vous lires tous les jours au moins une page de quelque livre spirituel.
5° Vous ne vous confesserés jamais d'avoir violé ces petites obéissances, quand mesme vous ne les observeriés
point, puisqu'elles ne vous obligent ni a péché mortel ni a péché véniel ; ains seulement de tems en tems vous m'advertirés si vous les observés.
Il vous servira, si vous vous accoustumés de recommander une fois le jour mon ame avec la vostre a la miséricorde de Dieu, par quelque orayson jaculatoire, comme en sortant de table : 0 Dieu, ayés pitié de nous, et nous recevés entre les bras de vostre miséricorde !
Ma Fille, tout cecy est menu, mais profitable ; et avec le tems nous pourrons en changer, ou adjouster. Ne vous lassés point, ma très chère Fille ; il faut remettre vostre esprit, qui est vif et subtil, en la leçon de l'enfance. Allés ainsy tout bellement, et Dieu vous aggrandira. Escrivésmoy quand il vous plaira. Or sus, il faut finir, ma très chère fille. Dieu soit a jamais au milieu de vostre chère ame, et je suis tout a fait, de toute la mienne et d'une affection toute sincèrement paternelle,
Vostre très humble serviteur,
François, Ev. de Genève.
LETTRE
A SALNTE JEANNE FRANÇOISE DE CHANTAL
' Pensée sur la grandeur et la providence de Dieu. Il félicite madame de Chantai de ce qu'elle a pris possession de sa nouvelle maison de la rue Saint-Antoine, à Paris. Il lui conseille de revenir en Savoie, dans le dessein de retourner quandDieu le voudra, mais de ne pas se presser, afin de visiter tous les couvents de son ordre sur la route. Il déplore la sortie d'une fille. Il consent à ce qu'au lieu du capitule, des versets, et de l'oraison propre du jour, qu'on disoità l'office de la Vierge, on dise l'office de Notre-Dame tout entier, avec la mémoire de l'office de chaque jour à la fin. Les choses qui sont bonnes en elle-mêmes n'ont pas besoin d'être autoriséss du saint Siège. Il envoie un plan de monastère suivant l'idée de S. Charles, pour servir à toutes les fondations, selon la commodité des lieux. Précautions pour les grilles du chœur et des parloirs.
24 août 1621.
0 mon Dieu ! ma chère Mere^ que j'ay esté ayse ce matin de treuver mon Dieu si grand, que je pouvois seulement pas assés imaginer sa grandeur ! Mais puisque je ne le puis magnifier, ni aggrandir, je veux bien, Dieu aydant, annoncer par tout sa grandeur et son immensité. Cependant, cachons doucement nostre petitesse en cette grandeur ; et, comme un petit poussin tout couvert des aisles de sa mère, demeure en asseurance tout chaudement, reposons nos cœurs sous la douce et amoureuse providence de nostre Seigneur, et abritons-nous chaudement sous sa sainte protection. J'ay bien eu d'autres bonnes pensées, mais plustost par manière d'escoulement de cœur en l'éternité et en l'Eternel, que par manière de discours.
Dieu soit loué dequoy vous estes en vostre Mayson. Les
1 C'est la 586e de la collection-Biaise, et la 37e [al. 32«) du livre VI des anciennes édition.
difficultés que vous avés eues d'y aller y affermiront vostre demeure, selon la méthode qu'il plait a Dieu d'employer en son service.
Je juge qu'il soit a propos que vous reveniés avec une bonne résignation pour retourner la quand le service de Dieu le requerra; car il faut ainsy vivre une vie exposée au travail, puisque nous sommes enfans du travail et de la mort de nostre Sauveur. Mais vous ne vous devés point haster; car, comme vous dites, l'hyver ne vous empeschera point vostre voyage, estant nécessaire que vous arrestiés un peu parmi vos filles qui sont en France.
Hélas! que je déplore afîectionnément cette absolue séparation que cette grande fille fait de nous, pour demeurer a la mercy du monde I or néanmoinsje n'en puis mais.
Quant a l'Office, on m'a dit qu'on y treuvoit a redire dequoy, es festes principales, on mettoit les Pseaumes de nostre Dame avec le chapitre, les versetz et l'orayson du jour. Mon Dieu ! que cette plainte est délicate ! Les Pères de l'Oratoire font bien plus ; et en Italie plusieurs Evesques ont composé tout entièrement les offices des Saintz de leurs Eglises. Mais il n'y a remède, il faut souffrir que chacun parle a son gré; et pour adoucir tout, tant que nous pourrons, il faudra donq dire tout a fait l'Office de nostre Dame, et a la fin adjouster une commémoration du jour; car a cela on n'auroit rien a dire.
On a obtenu a Rome la continuation du petit Office encor pour dix ans, après les sept escheus que l'on avoit des-ja. Mon solliciteur dit que l'on a tort de recourir a Rome pour les choses esquelleson s'en peut passer; et des Cardinaux font dit aussi : car, disent-ilz, il y a des choses qui n'ont point besoin d'estre authorizées, parce qu'elles sont loysibles, lesquelles quand on veut authoriser, sont examinées diversement ; et le Pape est bien ayse que la coustume autorize plusieurs choses qu'il ne veut pas au- XI. 19
thorizer luy-mesme, a cause des conséquences. Mais de cela nous en parlerons a vostre retour.
J'ay fait faire icy un beau plan de Monastère que je vous envoyray au premier jour ; et celuy qui l'a fait est très bon maistre, et Va fait sur les descriptions que S. Charles a fait faire des Monastères, en s'accommodant néanmoins a l'usage de la Visitation ; et je pense qu'il faudra faire au plus près qu'il se pourra, selon la commodité des lieux, tous les Monastères ainsy ; et tous-jours les treilles bien serrées, et les jalousies de bois esloignées des grilles ; car c'est un grand playsir de parler en asseurance es parloirs. Il faudra aussi mettre un balustre derrière la grille du chœur, en la mesme façon qu'au parloir,
J'attens M. Grichant^ que je caresseray de tout mon cœur. Dieu vous bénisse, ma très chère Mère, et vous sanctifie de plus en plus ! Je suis pour jamais, ma très chère Mère, vostre, comme vous scavés.
LETTRE
• A LA MÊME
Le Saint la loue de son désintéressement, et de ce qu'elle ne rebute pas les personnes disgraciées de la nature.
Que voulons-nous, ma très chère Mère, sinon ce que Dieu veut? Laissons-le conduire nostre ame, qui est sa barque ; il la fera surgir a bon port.
Je suis bien ayse, ma très chère Mère, que vous aymiés les boiteuses, les bossues, les borgnesses, et mesme lefe
* C'est la 587« de la collection-Biaise, et la 35e (a/. 30c) du livre VI des Rnciennes éditions.
aveugles, pourveu qu'elles veuillent estre droites d'intention : car elles ne laisseront pas d'estre belles et parfaites au ciel ; et si l'on persévère a faire la charité a celles qui ont ces imperfections corporelles, Dieu en fera venir, contre la prudence humaine, une quantité de belles et agréables^ mesme selon les yeux du monde.
Voyla les Constitutions. En somme, si ces examinateurs et censeurs sans authorité, qui font tant de questions sur toutes choses, se peuvent donner un peu de patience^ ilz verront que tout est de Dieu.
Nos Seurs d'yci ^ font tous-jours bien ; nous avons de braves et douces novices, que j'ay confessées avec les autres, pour l'extraordinaire d'aoust, et je les treuve a mon gré.
Il sembloit bon que l'on mist es Constitutions que la Supérieure puisse changer les Officieres a son gré parmi l'année, Faites-le, s'il vous plait, a l'endroit le plus convenable. Dieu vous remplisse de plus en plus de son très saint amour ! Amen.
François, Ev. de Genève.
Le 20 septembre 1621.
1 Apparemment d'Annecy.
LETTRE '
A UNE DAME
Consolationsà une dame qui avoit de la répugnance à l'oraison, à cause des peines qu'elle y éprouvoit. Les services que l'on rend à Dieu dans les désolations et les séchereses lui sont plus agréables que ceux qu'on lui rend dans les temps de consolations.
Ce m'a esté une très douce consolation de sçavoir des nouvelles de vostre ame, ma très chère Fille, de vostre ame, dis-je^, qu'en toute vérité la mienne chérit très singulièrement.
La peyne que vous avés a vous mettre en l'orayson n'en diminuera point le prix devant Dieu^ qui préfère les services qu'on luy rend parmi les contradictions, tant intérieures qu'extérieures, a ceux que l'on luy fait entre les suavités ; puisque luy-mesme, pour nous rendre aymables a son Père éternel, nous a reconciliés a sa Majesté en son sang, en ses travaux, en sa mort^
Et ne vous estonnés nullement si vous ne voyés pas encor beaucoup d'advancement,ni pour vos affaires spirituelles, ni pour les temporelles : tous les arbres, ma très chère Fille, ne produisent pas leurs fruitz en mesme sayson ; ains ceux qui les jettent meilleurs demeurent aussi plus long-tems a les produire^ et la palme mesme cent ans, a ce que l'on dit.
1 C'est la 588^ de Biaise, et la 45« du livre V des anciennes éditions.
2 Gomplacuit (Deo)... per eum (Jesum) reconciliare omnia in ipsum, pacificans per sanguinem crucis ejus, sive quse in terris, sive quœ in* cœlis sunt ; et vos cûm essetis aliquandoalienatiet inimici sensu inoperibus malis, nunc autem reconciliavit in corpore carnis ejus per mortem, exhibere vos sanctos, et immaculatos, et irreprehensibiles coram ipso. Coloss., I, 19 et seq.
DE s. FRANÇOIS DE SALES 293
Dieu a caché dans le secretde sa providence la marque du tems auquel il vous veut exaucer, et la façon en laquelle il vous exaucera ;etpeut-estrevousexaucera-il excellemment, en ne vous exauçant pas selon vos pensées, mais selon les siennes. Demeurés ainsy en paix, ma très chère Fille, entre les bras paternelz du soin très amoureux que le souverain Père céleste a et aura de vous, puisque vous estes sienne et n'estes plus vostre.
Car en cela ay-je une suavité nompareille de me ramentevoir le jour auquel, prosternée devant les piedsdesa miséricorde, après vostre confession, vous luy dediastes vostre personne et vostre vie, pour en tout et par tout demeurer humblementetfilialementsousmise a satres sainte volonté. Ainsy soit-il, ma très chère Fille ; etje suis irrévocablement vostre très humble et obéissant serviteur,
François, Kvesque de Genève.
Le 20 septembre 1621.
P, S. 0 mon Dieu ! ma très chère Fille, que cette Providence éternelle a de moyens differens de gratifierles siens ! 0 que c'est une grande faveur, quand il conserve et reserve ses gratifications pour la vie éternelle ! J'ayditce mot poup achever de remplir la page. Dieu soit a jamais nostre tout Amen.
LETTRE '
A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION
Tendresse paternelle du Saint envers une religieuse de ia Visitation, qui s'étoit plainte de ce qu'il ne la regardoit plus comme sa fille, sans doute parce qu'il avoit été long-temps sans lui donner de ses nouvelles.
Annecy, 20 septembre 1621.
Ouy, certes, il est vray, ma très chère Fille, j'ay tort; mais je dis très grand tort, sijenevous chéris d'une dilec^tion toute particulière. Vostre cœur, qui en a une singulière pour le mien, mérite pour le moins bien ce réciproque. HelasI avec cela, ma très chère Fille, le Maistre et le Créateur de l'amour a faitceluy qu'il m'adonne pour vous^ d'une façon que, le recevant, je le dois employer de toutes mes forces. Aussi fais-je certes^ ma treschere Fille ; luy-mesme l'Autheur le sçayt et le void bien, et je ne doute point qu'il n'en asseure vostre esprit. Non, non, ma Fille, n'ayés point crainte de me surprendre ;j'entendstresbienvostrelangage, vos plaintes ne sont point aigres, ce sont des douceurs d'un enfant envers son père : si elles sont apprestées au verjus, ce n'est que pour leur donner le haut goust. Faites-en souvent, de ces plaintes, ma très chère Fille; je proteste de mon costé que vous Testes et le serés ajamais in variablement, car j'ay un extrême playsir a repeter cette vérité.
0 que nostre treschere Seur Angélique est bien heureuse d'estre en cette vocation avec le bon playsir de Dieu, quiluy
^ Tirée du monastère de la Visitation de la ville de Loudun. C'est la 589e delà collection-Biaise.
donne la clarté et la consolation convenable, es propre a graver profondement son très saint et pur amour en son esprit!
M. Flocard, qui vouloit revenir icy a cause de sa femme, avoit rayson ; car sa femme est digne d'estre aymée, puisqu'elle tasche de tout son cœurdebien aymerDieu, et ayant sceu l'honneur que vous faites a son mary,qui esten Piedmont dés il y a cinqmoys. Or sus, ma très chère Fille, je suis invariablement et très singulièrement vostre très humble et très fidèle serviteur, et vous estes ma très chère Fille en celuyqui est nostre tout, qui est bénites siècles des siècles.
LETTRE '
A SAINTE JEANNE-FRANÇOISE DE CHANTAL
Saint François insinue à la sainte Supérieure de soigner sa santé ; il lui parle des affaires des monastères, des constitulions, du désir de deux monastères romains de se réduire sous la règle delà "Visitation, etTentretient de différentes personnes de leur connoissauce mutuelle.
Le 21 septembre 1621.
Je viens finalement a vous, ma très chère Mère, pour vous dire que j'ay receu trois de vos chères lettres, et vous rens grâces du soin que vous avés de m'escrire ainsy souvent ; aussi est-ce la plus grande consolation que j'aye encett'espece, car vos lettres sont en comparaison de toutes les autres ce que m'est vostre ame en parangon des autres, selonqu'il a pieu a Dieu de le faire. Vous avés donq esté bien malade, puisque vostre cœur n'a pas peudissimulerqu'il ne pouvoit
< L'autographe en appartenoit autrefois à madame la comtesse Benso de Gavour, née de Sales, à Turin. C'est la 280» inédite de la sollection- Blaise.
pas donner assésdeforce a vostre corps pour aller aBourges. Ayés-en soin encore de ce corps, car il est a Dieu, ma très chère Mère. Ce qui ne se peutfaire aujourd'hui se fera demain, et ce qui ne se peut faire icy se fera au Ciel.
Le porteur, M. Grichant, que j'ayrae grandement, vous dira en quel estât nous sommes en ce pays; et dans quinze jours ou troys semaines nousverrons, comme j'espère, clair en nos affaires. Alhors si je voy qu'il soit a propos, je vous envoyerai un homme pour vousaccompaigner. Si moins, je vous laisserai encor la en paix, quoy qu'avec quelque sorte d'impatience de vous revoirdedeça, puisque, comme vous m'escrivés, l'air de Paris ne vous est pas salutaire.
Voyla les Constitutions. De sçavoir si en les faisant reimprimer il faudra les faire de rechef appreuver par les docteurs de Paris, c'est a l'imprimeur de le sçavoir. Je pense, quant a moy, que non^ puisque mesme M. de Damas, qui a appreuvé la première impression, est docteur de Paris. Il est vray qu'il ne faut plus recourir a Rome, puisque on peut éviter cet incomparable tracasqu'ony aen telles matières. Le Pape a ouctroyé encore pour dix ans le petit Office; reste de sçavoir si on fera tirer la despeche, car ilcoustera encor peut estre beaucoup.
Deux maysonsde congrégation de Provence, qui ne sont es terres du Pape, veulent estre réduites en monastères de nostre institut et en ont escrit aGrenoble, affm d'y pouvoir envoyer des filles pour faire le novitiat ; si cela reiiscit, ce sera par l'ordre de Rome, et cela affirmera de plus en plus l'approbation, comm'aussi un autre monastère ancien de la val d'Aouste, qui fera mesme supplication. En somme, si ces examinateurs et censeurs sans authorité, qui font tant de questions sur toutes choses, se peuvent donner un peu de patience, ilz verront que tout est de Dieu. Je ne pense pas qu'il faille pour encore employer vostre argent en des chandeliers. J'en diray la rayson a M. Grichant^ si je m'en
resouYienstantostqu'ilva partir. M. Jantatnepartpasencor, et je reserveray a ce tems la d'escrire a beaucoup de dames ausquelles il ne m'est pas possible défaire response maintenant. Je reçeu hier des lettres de Paris, mais je n'ay eu loysir encoredelesvoir,acausedenos troubles quim'entretindrent hier au soirbientard avec M. le Président, pour conférer de plusieurs choses. 0 certes I il est vray,la mortde M.deTermes m'a infiniment tourmentéle cœur ; je ne puis m'empescher que je n'en sente de tems en tems des vives atteintes. Mays il est bien heureux d'estre mortsichrestiennementet pour une sijustecause. Je recommande a Dieu M. vostrefilz et vostre beau filz, et M. vostre neveu, et tout ceaquoyvostre maternité m'oblige . J'ay grand' envie d'escrire a nostre Monseigneur l'Archevesque quand il sera dehors de Bourges. Il me semble que Dieu Payme bien. J'escriray a nos seurs Anne-Gatherine-Jeanne-Marie et Helene-Angelique. Nos Seurs d'icysonttoutesbien,etnous avons des braves et douces novices que j'ay confessées avec les autres pour l'extraordinaire d'aoust, et je les treuve a mon gré. Il y a quantité de bonnes et braves postulantes, non en la mayson, car il n'yen a plus, mays parmi ce pays. Quand je sçauray ce que je pourray faire pour ma très chère Fille de Port- Royal, je le feray, mays de quel cœur ! G'estbeaucoup que sa mère soit gaignée. Hier je receu une lettre de Madame la Première de Bourgoigne, qui m'escrit que nos Seurs seront receiies a Dijon pour la Saint-Martin. Si cela est, voylaune nouvelle peine pour vous. Je n'ay point veu Madame de Royssiere. ni nesçai pas ou elle est ; bien que parla lettre de Madame la Première, il semble qu'elle ne soit plus a Dijon.
Il sembleroit bon que l'on mist es constitutions que la supérieure puisse changer les officieres a son gré parmi l'année, mais je n'ay pas eu le loysir de l'insérer: faites-le s'il vous plait, a l'endroit le plus convenable. En somme je me porte bien, maisjeconfessequejesuisplus accablé d'affaires
que jamais. Mon diocèse m'en donne a cause de quelques accidens et d'une prétention que M. Grichant vous dira. Le bon père Binet ne me presse point de vous laisser. Je luyescriray par M. Jantat et Madame la marquise de Menelay, qui me sont si cordialement. Nous vivons de règle quant au manger, et je n'escris plus le soir, parce que mes yeux ne le peuvent pas porter, ni certes mon estomach. Il ne tiendra pas a moy que je ne soys longuement vieux. J'escriray par M. Jantat a Orléans a nostre supérieure, et a toutes nos souperieures, et a la bonne mère des Carmélites d'Orléans, et a la sousprieuse. Cette bonnemere m'estune si parfaitement
bonne fille des-ja ily a vingtans. Dieu vous conserve.
Dieu vous bénisse, Dieu vous remplisse de plus en plus de son très saint amour. Amen, ma très chère Mère.
LETTRE '