A MADEMOISELLE PI PROU
Le Saint lui souhaite mille bénédictions, et réclame ses prières.
12 octobre 1621.
Tenés, voyladonq, ma très chère Fille, troys motz tout fin seulz, pour vous dire que mon cœur chérit le vostre et luy désire mille et mille bénédictions, affîn qu'il vive content et consolé parmi les accidens si varians de cette vie mortelle. Mais, priés bien Dieu, ma très chère Fille, qu'il me face la miséricorde de me pardonner mes péchés, affinque
1 L'original de cette lettre appartenoit à M. Biaise, et c'est la 14« de ses nouvelles lettres inédites.
je puisse un jour voir sa sainte face avec vous, et nostre chère madame de Villesavin es siècles des siècles. Amen»
Vostre serviteur très humble,
François, Evesque de Genève.
GLXXllï
LETTRE
A UNE DAME
Le Saint la console dans ses afflictions ; la paix du cœur ne se rencontre que dans la grâce et dans la croix de Jésus-Christ.
13 octobre 1621.
11 ne faudroit pas avoir au milieu de mon cœur, ma très chère Fille,pourne pas avoir avec vous part aux afflictions ; mais il est tout vray qu'estant ce que je vous suis, et a vostre maison, je compatis grandement a toutes vos afflictions, et de Madame de la N. vostreseur. Mais ma très chère Fille, il me semble que vous estes un peu plus susceptible de ces consolations que cette chère seur : c'est pourquoy je vous dis que nous avonstort, si nous regardons nos parens, nos amis, nos satisfactions et contentemens comme choses: sur lesquelles nous puissions establir nos cœurs. Ne sommes-nous pas^ je vous prie, en ce monde avec les conditions des autres hommes^ et de la perpétuelle inconstance dans laquelle il estestably ? Il faut s'arrester, ma très chère Fille, et ne reposer nosattentes qu'en la sainte éternité a laquelle nous aspirons.
0 paix du cœur humain ! on ne te treuve qu'en la grâce
1 C'est la 590e de la collection-Biaise et la 119e du livre IV des anciennes éditions.
et en la croix de Jesus-Ghrist. Ma très chère Fille, vives ainsy, etresjouyssés saintement vostre cœur bienaymé en la véritable espérance de jouyr un jour éternellement de la bien heureuse et invariable éternité. Je suis pressé, ma très chère Fille, et ne me reste de loysir que pour vous dire que je suis a jamais.
.Vostre très humble serviteur,
François, Evesque de Genève.
GLXXIV
LETTRE
A UNE DAME MARIÉE
Dieu ne veut pas toujours l'accomplissement des bons désirs: en cela il a ses vues. Comment il faut vouloir les choses.
Annecy, 3 novembre 1621.
Dieu sçait pourquoy il permet que tant de bons désirs ne reiiscissent pas qu'avec tant de tems et de peyne, et mesme que quelquefois ilz ne reiiscissent point tout a fait. Quand il n'y auroit aucun autre profit queceluy delà mortification des âmes qui Fayment, ce seroit beaucoup. En somme, il faut ne vouloir point les choses mauvaises, vouloir peu les bonnes, et vouloir sans mesure le seul bien divin, qui est Dieu mesme.
Je sçai véritablement, ma treschere Fille, que mes lettres vous sont aggreables ;car nostre Seigneur, qui a voulu que mon ame fut toute vostre, me donne connoissance de ce qui se passe en vostre cœur, par ce que je sens dans le mien.
* C'est la 591e de la collection-Biaise, et la 73^ du livre III des anciennes éditions.
8T. MICHAEL'S \ -^ COl-LEGÊ / <iJ
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Il est vrai, ma très chère Fille, Grenoble est tous-jours en mon cœur; et vous, ma très chère Fille, au milieu de ce mesme Grenoble. Je suis donq bien consolé quand je sçai des nouvelles de cette ville-la, en ce tems auquel on en dit tant et de si diverses.
Benitsoit Dieu qui conserve la personne du Roy, si chère a tout ce royaume et a toute l'Eglise. Nous faysons icy les prières, et pour les affaires militaires et pour les nostres.
Je suis bien ayse de la possession en laquelle nos Seur& sont de leur monastère, et vous aussi avec elles, puisque, par vostre assistance et de ces bonnes Dames, les ayant colloquées, vous y estes en leurs personnes, et elles y sont pour vous, qui, servant le mesme Seigneur en vostre pieuse vocation, estes un mesme esprit avec elles.
Etvousavés aussi esté une petite infirmière, puisque vous avés eu tant de malades ces moys passés, etvousavés esté infirme deleur infirmité ; carpuisquec'estoyent mesme des personnes si chères, comme Monsieurvostremary et votre fîlz bien-aymé, vous avés bien peu dire: Qui est infirme, que je ne sois infirme avec hii^ ? Dieu soit loué, qui par les alternatives nous conduita la ferme et invariable tranquillité de l'éternel séjour? Vives toute en Dieu, ma très chère Fille et aymée en luy,
Vostre très humble serviteur,
François, Evesque de Genève.
1 Quis infirmatur, et ego non infirmer ? II. Cor., XI, 29.
LETTRE