DE SAINT FRANÇOIS A MADAME DE VAUBAN
Le Saint la loue sur ce qu'elle prenoit du temps pour arranger ses affaires avant de se faire religieuse, etc.
Au commencement de 1622.
Madame.
Je loue Dieu de vostre perseverance,et vous avés rayson deprendresuffisammentduloysir pour pourvoir dignement aux affaires que vous laissés au monde. Cependant l'œil de la Providence éternelle, qui regarde vostre cœur, ne laissera pas de vous tenir au nombre de ses espouses, puisque si vous n'estes pas encor Religieuse par l'effect, vousl'estes-
1 C'est-à-dire, Dieu soit béai, devise de la Visitation. — -Tirée du monastère de la Visitation de la ville de la Valdote. C'est la 601e de Biaise..
en affection, et ne différés del'estre quepour l'estre mieux. Continués, jevous prie, Madame, a prier pour mon ame puisqu'elle chérit très affectueusement la vostre^ et que je •suis vostre très humble, etc.
A SAINTE JEANNE FRANÇOISE DE CHANTAL
Le Saint déclare que les filles de la Visitation peuvent faire entrer dans leurs monastères desdames affligées, etautres, pour de justes raisons, comme on y fait entrer les ouvriers. Il ajoute qu'on a bien fait de ne point l'exprimer dans les Constitutions, pour éviter les mauvais discours. Il permet d'y ajouter ce qui y manque, ne pouvant le faire luimême à cause des embarras de sa place.
Ma très chère Mère,
Je ne fay nulle difficulté, que lesevesques, et en leurab- •sence les pères spirituelz des maysons delà Visitation, ne puissent, ains ne doyvent charitablement faire entrer les Dames en telles occurrences, sans qu'ilsoit besoin quelcon- -que que celasoitdeclarédans les Constitutions, par la douce •et légitime interprétation de l'article du concile de Trente, qui est mis en la constitution de la clausure ^ : car on le pratique bien ainsy en Italie, et partout le monde, mesme pour des moindres occasions. Car je vous laisse a penser, si l'on fait bien entrer lesjardiniers, non seulement pourl'adjancementnecessaire des jardins, mais aussi pour les embel-
* C'est la 666e de la collection-Biaise, et la 3^ du livre VI des an- •ciennes éditions. Elle doit avoir été écrite vers la fin de 1621 ou dans les premiers mois de 1622.
2 Voyez, tome VII de cette édition des œuvres de Saint François de Sales, pag. 514-515.
lissemensnon nécessaires, ains seulement utiles a la récréation,comme sont lesberceaux, les palissades, les parterres, les entrées de telles gens estant jugées nécessaires, non pas que ^ ce qu'ilz font soit nécessaire, ains seulement parce que ces gens-la sont nécessairement requis pour faire telle besoigne ; si nous ne pourrons pas justement estimer l'entrée des dames désolées par quelque événement inopinéestre nécessaire, quand elles ne peuvent pas aysement treuver hors du monastère des soulagemens et consolations si convenables.
En Italie, tout communément on fait entres les filles, desquelles on craint en quelque sorte le péril de leur pudicité ; les mal-mariées, quand elles sont en doute d'estre grandement mal-traittées de leurs marys ; les filles qu'on veut instruire, non seulement en la dévotion, mais aussi a lire, escrire, chanter: de sorte qu'a mon advis monsieur l'Illustrissime pourra prendre resolution sur cela, qu'il suffit es occasions de grande pieté, qui tiennent lieu de nécessité morale : ce qui, a mon advis, n^apas deu estre exprimé pour éviter la censure de tant de gens^ qui ont tant de complaysance a contreroUer semblables choses, selon le zèle qu'ilz se forment en leur rigueur.
Je vous ay des-ja escrit, que vous preniés la peyne devoir si rien aura esté oublié es Constitutions, affm que vous le fasciés adjouster : car je ne puis jamais gaigner tant deloysir, que tout ce que je fay ne se ressente de mon tracas, et me semble qu'il va tous les jours croissant. Vous pourrés bien, ma très chère Mère, complaire a cette bonne Princesse, en ce qui regarde l'addition des commemoraisons des Saintz qui occurrent, et de Paris porter cet usage es monastères, dans lesquelz vous passerés venant a Dijon, et de Dijon yci, m'estant advis que la grande pieté et vertu de cette
1 Au lieu de pas çwe, toutes les autres éditions, excepté la nôtre, portent parce que.
grande Princesse mérite que Ton reçoive ses désirs, comme quelque sorte d'inspiration.
GLXXXIII
LETTRE '