A LA SŒUR MARIE-AUGUSTINE HUMBERT
Remèdes contre les mauvaises pensées.
20 janvier.
A ma très chère Fille, ma seur Marie-Aug. Humbert.
Nevous troubles nullement, pour ces imaginations et pensées, estranges ou terribles qui vous arrivent, car selon
1 Cette lettre étoit restée inédite jusqu'à ce jour ; l'autographe en
la véritable connoissance que j'ay de vostre cœur, je vous asseure devant N. S. que vous n'en pouves encourir aucun péché. Et pour vous affermir en cette créance^ a la fin de vostreexercicedu matin, desadvouésparunecourteetsimple aversion toutes sortes de pensées qui sont contraires a l'amour céleste ; comme disant, je renonce a toutes cogitations qui ne sont pas pour vous, o mon Dieu. Je les desadvoue et rejette a jamais. Puislhorsquellesvous attaqueront, vous n'aurés rien a dire sinon parfois^ o Seigneur je les ay rejettees,vousle sçaves. Quelquefois vous bayseres vostre croix, ou feres quelqu'autre signe que vous confirmes vostre desaveu, et ne vous faschés point, ne vous tourmentes point puisque tout cela non seulement ne vous sépare point de nostre Seigneur, mais vous donne sujet de vous unir de plus en plus a sa miséricorde. Ailes donq doucement et suavement en paix servir Dieu et nostre Dame ou vous estes appellée par leur volonté. Et la grâce et consolation de son Esprit soit a jamais avec vous. Amen.
Ma très chère Fille, vives en Dieu doucement et simplement avec un continuel amourde vostre propre abjection, et un grand courage a servir celuy qui pour vous sauver est mort en la croix.
est conservé au monastère de la Visitation de Sainte-Maris de Nevers, où la copie en a été tirée obligeamment pour nous être communi- ■quée.
LETTRE '
A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION
Le Saint l'exhorte à supporter avec courage la charge de sa supériorité.
22 janvier 1622.
Ma très chère Fille,
Rien tout a fait maintenant parmi ce déluge de lettres quej'escris, sinon que je vous souhaitte tous-jours de plus en plus courageuse en ce saint service de Dieu auquel vous estes. 0 ! combien de véritables consolations vostre ame recevra-elle au jour auquel, comme dit l'Evangile d*aujourd^huy% le grand maistre de la vigne dira a son facteur : Appelle les ouvriers, et leur rens le salaire 1
11 faut estre constante et toute remise en cette sainte Providence, qui vous a mise en besoigne. J'ay sceu, j'ay veuvospeynes intérieures et extérieures : J'ay conneu que Dieu a sousmis sa main a vostre cœur, affin qu'il ne flechist point sous la pesanteur du fardeau. C'en sera tous-jours de mesme, quand vous dresserés vos yeux et vos espérances devers son sanctuaire.
Je vous voy toute pleyne de consolation sur le passage de la bonne mère ^ que le porteur va prendre : car je vous
1 C'est la 604e de la collection-Biaise, et la 62e [al. 58e) du livre III des anciennes éditions.
2 C'est l'évangile du dimanche de la Septuagésime, où il est dit : Voca operarios et redde illis mercedem. En S. Matth., XX, 8.
3 Madame de Chantai se disposoit alors à partir de Paris, et, en s'en retournant en Savoie, elle devoit passer par plusieurs monastères qui étoientsur sa route, à Orléans, à Bourges, à Nevers, à Moulins, à Lyon, etc. La supérieure de la Visitation, à qui S. François écrit, devoit
laisse a penser quel contentement de se revoir ensemble, nostre Mère, nostre Seur Paule Hieronyme, et ma fille Marie Aimée, Je suis très parfaitement tout vostre, etc.
GLXXXVl
LETTRE