‹ Œuvres complétes Volume 11Chapitre 70 sur 106 · A LA MÈRE CLAUDE-AGNÈS JOLY DE LA ROCHE, A ORLÉANS · texte numérisé non relu

A LA MÈRE CLAUDE-AGNÈS JOLY DE LA ROCHE, A ORLÉANS

Le Saint lui donne avis du passage de madame de Chantai par Orléans au retour de celle-ci de Paris en Savoie, etc.

23 janvier 1622.

Les larmes ^receuës par les mains de Madame de Royssieu, vostre lettre tout maintenant ^ venue par la voy de Lyon, mais sur tout vostre dilection tesmoignée par l'un et Tautre moyen, ma très chère Fille, me donnent une extrêmement douce consolation. M. Rolland vous dira toutes les nouvelles que vous pourries désirer de deçà, d'où, comme je croy, plusieurs vous escriront plus amplement que moy, qui n'en ay nul loysir : aussi est-il a propos que

profiter de l'avantage de sa visite et de celle de la mère Marie-Aiméede Blonnay. La mère de Chantai partit de Paris le 21 février 1622.

1 Tirée du premier monastère de la ville de Rennes. C'est la 605e de Biaise ; l'autographe en est conservé au monastère de la Visitation de Rennes, où il nous a été permis de le consulter. Nous avons cru y lire la date 1620 au lieu de 1622. N'étant plus sur les lieux, nous ne saurions assurer de quel côté est l'erreur. Du reste, il sera aisé à tout lecteur de se convaincre combien cette lettre, à commencer par la deuxième ligne, a été défigurée dans les éditions de Biaise.

2 Ce sont sans doute des larmes de Vendôme quela mère de La Roche avoit envoyées, par madame de Roissien, à son saint fondateur.

3 Au lieu de vostre lettre tout maintenant, l'édition de Biaise porte : une lettre toute maternelle.

je sois court, pour ne point divertir la consolation que vous aurés a recevoir vostre bonne Mère \

Si faut-il pourtant que je vous die que rien ne me pouvoit estre plus doux et aggreable en vostre lettre, que la bonne nouvelle que vous me donnés de la favorable souvenance que Monseigneur l'Evesque d'Orléans a de moy ; et, bien que je sache que ce bien provienne de son bon naturel, qui est franc et généreux, si ne laisse-je pas de le reconnoistre de Dieu, qui m'ayant donné une singulière affection envers ce Prélat, a voulu qu'il y eut en luy cette aggreable correspondance, et qu'il eut une bonne inclination pour moy. Je connois certe en luy beaucoup d'excellentes qualités grandement propres au service de Dieu et de l'Eglise, lesquelles il faut espérer devoir estre esgalement utiles quand elles seront bien employées, ainsy qu'il commence a les rendre par la prédication, et qu'il continuera sans doute tous-jours plus fructueusement. Ce luy sera un grand bien de s'obliger a la vie apostolique, par cette solennelle action de l'authorité apostolique. Je sçai la grande espérance que son peuple a de luy, et je sçai que, s'il l'entreprend, il la surpassera; et son courage le luy fera entreprendre. J'ay grand envie de luy escrire ; mais il n'y a moyen maintenant, tant je suis accablé : et cependant je vous prie, ma très chère Fille, de luy baiser très humblement les mains de ma part, l'asseurer de mon fidèle service, et, sans en faire semblant, sçavoir dextrementdeluy s'il aura aggreable que je luy escrive parfois.

Vostre chère et cordiale Seur Prieure ^ des Carmélites, recevra, je m'asseure, le chapelet et ma lettre par M. Jan-

* La mère de Chantai.

* C'est la mère Marie de Jésus, l'aînée des trois filles de madame Acarie, fondatrice des carmélites en France, et religieuse de cet ordre, sous le nom de sœur de l'Incarnation. Le saint évêque de Genève la nomme sœur de celle à qui il écrit, parce qu'elles étoient toutes deux ses filles spirituelles.

tet, a qui, si je m'en souviens bien, je remis le tout; et n'estant pas encor parti de Beley, ce n'est pas merveille si Madamoiselle M. et vous ne l'avés encor pasreceu. Cependant je salue très chèrement le cœur de cette fille bienaymée, qui sera sainte aussi bien que sa mère, si mes souhaitz sont exaucés ; et si nostre bonne mère ^ la peut voir entrant en la ville ou sortant, j'en seray consolé: aussi leur escris-je que cette chère Seur est mon ancienne et partiale fille. Je salue aussi très affectueusement et intimement la mère sous prieure, qui sçait bien que Dieu veut que je la chérisse comme je le fay.

La fille qui accompagna ici Madame de Royssieu me demanda une recommandation pour elle envers vous ; et je la luy donnay comme a une fille, l'humeur et l'intérieur de laquelle je ne connois nullement. Vous entendrés bien ce que je désire, qui est sur tout le bien et la consolation de vostre Mayson.

Je confesse que j'ay grand tort de ne point escrire a ma Seur Marie Michel, que j'ayme néanmoins de tout mon cœur, ni a ma Seur Marie Françoise Bellet, que j'affectionne grandement, non seulement parce qu'elle est ma fille, mais parce qu'elle estoit chère a la bonne Mère Le Blanc ; ni a ma petite fille Ma. Marguerite Clément, ((ui, <a la vérité, est grandement bien aymée de mon ame, nonobstant la petite duplicité des soupçons 2 qu'elle me demanda avant son départ. Or sus, ce sont toutes mes douces filles en nostre Seigneur, que je supplie continuellement de les rendre tout a fait saintes, et vous de mesme, ma très chère Fille, a qui je suis très entièrement tout dédié, et en vérité très cordialement vostre. Amen.

* La mère de Chantai.

^ Ou scrupules : ce mot se lit difficilement dans la pièce autographe.

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