‹ Œuvres complétes Volume 11Chapitre 72 sur 106 · A MADAME LA PRÉSIDENTE DE HERCE · texte numérisé non relu

A MADAME LA PRÉSIDENTE DE HERCE

Le Saint donne des marques d'une grande affection à cette dame, dont il avoit baptisé un enfant en qualité de parrain, m'exhorte à s'anvan», cerde plus en plus dans l'amourdeDieu, même dansles contre-temps de la vie.

Annecy, 23 janvier 1622.

J'ay bien chargé ce porteur qu'il allast vous saluer, et Monsieur vostre cher mary, et vostre petit homme mon cher filleul, de ma part et très humblement. Mais seroit-il bien possible que je ne luy donnasse pas cette petite marque visible de la vérité du désir que j'ay de vivre invisiblement en vostre chère ame, Madame ma chère commère, et ma Fille très aymée. Je ne cesse point, je vous asseure, et ne célèbre jamais le saint sacrifice, que je ne présente vostre cœur a Dieu, et n'invoque sa protection et faveur sur vostre chère famille. Jeie dois, je le sçai bien : aussi ne le vous dis-je pas, ma très chère Fille, pour m'en vanter, mais pour la complaysance que j'ay a le penser, et a croire que je vous fay playsir de vous en asseurer. Or sus, c'est assés, vives donq de plus en plus en ce céleste

^ Tirée du monastère de la Visitation de la ville de Meaux. C'est la 607* de Biaise.

amour de nostre Seigneur qui vous y oblige par mille bénédictions qu'il vous adonnées, et sur tout par l'inspiration qu'il vous a départie de le vouloir et de le désirer ; et en ce désir vives joyeuse et saintement contente, voire mesme parmi les ennuys et les afflictions qui ne manquent jamais aux enfans de Dieu.

Je suis tout a fait invariablement vostre, etc.

GLXXXIX

LETTRE '

A UNE RELIGIEUSE NOVICE DE LA VISITATION

Il la félicite sur sa future profession, ainsi qu'une de ses sœurs qu étoit à peu près dans le même cas.

Annecy, 24 janvier 1622.

Or SUS, ma très chère Fille, en fm vous voyla donq sur

l'autel sacré en esprit, affm d'y estre sacrifiée et immolée,

ains consumée en holocauste devant la face du Dieu vivant.

0 que cette journée soit comptée entre les journées que le

Seigneur a faites^ ! Que cette heure soit une heure entre

les heures que Dieu a bénites de toute éternité, et qu'il a

assignées pour l'honneur de toute l'éternité ! Que cette

heure soit fondée en la très sainte humilité de sa croix, et

aboutisse a la très sacrée immortalité de la gloire ! Que de

souhaitz mon ame fera sur cette chère journée pour l'ame

de ma chère Fille ! 0 combien de saintes exclamations de

joye de bon augure sur ce cœur bien-aymé ! 0 combien

d'invocations a la très sainte mère Vierge, aux Saintz et

aux Anges, affin qu'ilz honorent de leur spéciale faveur

et présentent consécration de l'esprit de ma très chère

* C'est la 608e de la collection-Biaise, et la 60^ [al. 56^) du livre VI des anciennes éditions.

2 Heec dies quam fecit Dominus. Ps. CXVII, 24.

Fille, de laquelle ilz ont obtenu la vocation, et inspiré l'obéissance a la vocation.

Je ne sépare pas de vostre esprit, ma très chère Fille, celuy de la très. chère seur N., ma fille bien aymée. C'est pourquoy je le considère avec le vostre en la mesme action : car, comme vous sçavés, elle se treuva avec vous unie d'affection et d'amour au jour de vostre Visitation ; et semble que dés lors elle immola des-ja en resolution son cœur avec le vostre.

Que je sais consolé, quand je m'imagine, que selon mon espérance on vous annoncera en toute vérité cette parole de la mort vitale ' : Vous estes morte, et vostre vie est cachée

1 Dans la cérémonie de la profession des dames de la Visitation, la nouvelle professe étant debout, le célébrant lui dit : « Ma sœur, vous êtes morte au » monde et à vous-même, pour ne vivre plus qu'à Dieu.» Les sœurs répondent en latin et en chantant : Bienheureux sont ceux qui meurent dans le Seigneur (a). Ensuite la nouvelle professe se couche tout de son long, et on étend sur elle le drap mortuaire. Cependant une sœur lit une leçon tirée du livre de Job, qui est de l'office des morts. Après la leçon on récite à deux chœurs le psaume De pro fondis, et le célébrant dit une raison du même office, jette de l'eau bénite, et ajoute : Levez-vous, vous qui dormez-, relevez-vous d'entre les morts, et Jésus-Christ vous illuminera (/;).La nouvelle professe se relève, et le célébrant lui dit, en lui présentant un cierge : Faites que votre sentier s avance coimne l'aurore resplcîidissante, et qu'il croisse jusqu'à la perfection du jour {c). La nouvelle professe chante alors le commencement de psaume Dominus illuminatio mm, etc. ; c'est-à-dire en notre langue, Le Seigneur est ma lumière et mon salut : que craindrois-je ? Le Seigneur est le protecteur de ma vie : qui sera capable de m' épouvanter [d) ? Le célébrant dit, Dominus vobiscum, et une oraison, après laquelle ilprésente le crucifix à la nouvelle professe, en lui disant : Votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu ; mais lorsque Jésus-Christ, qui est votre vie, viendra à paroître, alors vous paroîtrez avec lui dans la gloire [e). Qu'il n'arrive jamais que vous vous glori-

(a) Beati mortui qui in Domino moriuntur. Apoc, XXIV, 13.

(b) Surge, qui dormis, et exsurge à mortuis, et illuminabit te ChrJstus. Ephes., V,14.

(c) Justorum semita quasi lux splendens procedit, et crescit usque ad perfectam diem. Prov., IV, 18.

{d) Dominus illuminatio mea et salus mea : quem timebo ? Dominus profector vitœ mese : à quo trepidabo ? Ps. XXVI.

(e) Mortui estis, et vita vestra est abscondita cum Christo in Deo. Cùm Christus apparuerit, vita vestra, tune et vos apparebitis euro ipso in gloriâ. Galat., III,3 et 4.

avec Jesus-Christ en Dieu! car, ma très chère Fille, de la vérité de ce mot dépend la vérité de l'événement qu'on prononce consécutivement : Mais quand Jesus-Christ apparoistra, et ce qui s'ensuit.

Ma très chère fille, je salue vostre chère ame et celle de la seur N., et je suis a jamais en union d'esprit selon Dieu très singulièrement tout vostre.

GXG

LETTRE

A UNE RELIGIEUSE

Il l'exhorte à demeurer toujours en paix.

24 janvier 1622.

Que vous puis-je dire en cette occasion, ma très chère Fille, sinon qu'entre les consolations, que j'attens bien grandes, de revoir nostre bonne mère, celle de l'ouyr parler de vostre cœur en est une ? Mais je ne veux pas dire pourtant que je veuille attendre son retour pour en apprendre des nouvelles, de ce cher cœur. Dites-moydonq, ma tous-jours plus chère Fille, que fait-il? car maintenant il sçait la resolution qui a esté prise par ces six ou sept grans serviteurs de Dieu, qui s'assemblèrent pour son sujet. Or sus, il faut donq attendre le mot de R. et cependant demeurer en paix, et, quand le mot sera venu, demeurer en

fiiez en autre chose qu'en la croix de Jésus-Christ [f). C'est de cette cérémonie que veut parler le Saint.

* C'est la 609« de Biaise, et la Soe [al. 89e du livre IV des anciennes éditions.

(/) Mihi absit gloriari nisi in cruce Domini nostri Jésus Christi. Galat., VI, U.

paix, et quoy qu'il dise, demeurer en paix, et tous-jours demeurer en paix de tout nostre pouvoir. Le passeport des filles de Jesus-Christ, c'est la paix; la joye des filles de nostre Dame, c'est la paix. Il est vray, ma très chère Fille, que vous n'avés point de cœur qui soit ni plus ni certes tant vostre, que le mien. Dieu soit bénit. Amen.

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LETTRE

A LA MÈRE DE BEAUMONT 2, SUPÉRIEURE DE LA VISITATION, RUE SAINT-ANTOINE, A PARIS

Il l'exhorte à supporter sa charge avec courage, l'assurant de la protection du Seigneur. 11 lui recommanderhumilité,la douceur, et l'amour maternel à l'égard de ses filles.

25 janvier 1622.

Ma très chère Fille,

Je vous souhaitte de tout mon cœur une grande humilité dedans un grand courage, affm que vostre courage soit tout a fait en Dieu, qui par sa bonté vous soustienne, et en vous la sainte charge que fobedience vous a imposée. Je l'espère, ma très chère Fille, et que vous serés comme Fan- €ienne Anne ^ laquelle, avant qu'elle fut mère, changeoit souvent de visage, comme touchée de diversité de pensées et d'appréhensions ; mais estant devenue mère, ditf Ecriture sacrée, sa face ne fut plus variante ni diversifiée \ parce que,

1 C'estlaô'IOe de Biaise, et la 50e {al. 45«)du livre VI desanc. éditions.

2 La mère A. G. de Beaumont est celle qui succéda immédiatement à ja bienheureuse mère de Chantai dans la supériorité du premier monastère de Paris, lorsque cette mère en partit pour s'en retourner en Savoie, trois ans après la fondation.

3 Mère de Samuel.

* Vultusque illius non sunt ampliîis in diversa mutati. I Reg., I, 18,

comme je croy, elle futaecoisée en Dieu, qui luy avoit fait connoistre son amour, sa protection et son soin sur elle.

Car ainsy, ma très chère Fille, jusques a présent le soucy de vostre conduite, et Fapprehension de vostre future supériorité, vous a un peu agitée, et vous a souvent fait varier en pensées : maintenant que vous voyla mère de tant de filles, vous devés demeurer tranquille, seraine, et tousjours esgale^, vous reposant en la Providence divine, qui ne vous eut jamais mis toutes ces chères filles entre les bras et dans vostre sein, que quand et quand elle ne vous eut destiné un secours, un ayde, une grâce très suffisante et abondante pour vostre soutien et appuy.

Le Seigneur, disoit Anne, mortifie et vivifie; il mené aux enfers, et il en ramené ; le Seigneur rend pauvre et enrichit, il abbaisse et soulevée 0 disons, ma très chère Fille, comme une autre Anne, Le Seigneur charge et clescharge. Il est vray : car quand il impose quelque chose a une de ses filles, il la renforce tellement, que, soustenant la charge avec elle, elle est comme deschargée. Pensés-vous qu'un si bon père comme Dieu voulust vous rendre nourrice de ses filles, sans vous donner abondance de lait, de beurre et de miel? Or de cela il n'en faut point douter; mais prenés seulement garde a deux ou troys motz que mon cœur va dire au vostre.

Rien ne fait tant tarir le lait des mammelles que les regretz, les afflictions, les melancholies, les amertumes, les aigreurs. Vives en sainte joye parmi vos enfans ; montrésleur une poictrine spirituelle de bonne veue et de gracieux abord, affm qu*elles y accourent en gayeté. C'est cela que le Cantique marque en la louange des mammelles de l'Espoux : Tes tetins sont meilleurs que le vin odorant des par-

^ Dominus mortificatet vivificat, deducit ad inferos, et reducit ; Dominus pauperem facit et dilat, humiliât et sublevat. Cant. Annx, I. lib. Reg., II, 6 et 7.

fums pretieux\ Le lait, le beurre et le miel sont sous ta langue K

Je ne dis pas, ma Fille, que vous soyés flatteuse, cajoleuse et rieuse; mais douce, suave, amiable, affable. En somme, aymés d'un amour cordial, maternel, nourrissier et pastoral vos filles, et vous ferés tout; vous serés toute a toutes^ mère a chacune, et secourable a toutes. C'est la seule condition qui suffit, et sans laquelle rien ne suffit. Ma Fille, je me confie que Dieu, qui vous a choisie pour le bien de plusieurs, vous donnera resprit> la force, le courage et Famour pour plusieurs. A luy soit a jamais honneur, gloire et bénédiction. Amen.

Je suis invariablement vostre, et je me confie que vous n'en doutés nullement. Vive Jésus.

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LETTRE

A UNE DAME

Remèdes à la trop grande crainte de la mort et de l'enfer, et aux pensées d'arrogance et de vanité; conserver la paix de son cœur dansées sortes de tentations.

Annecy, 8 février 1622.

Madame, Je respons a nostre chère Seur supérieure de Montferrand* sur ce que vous me proposés par vostre lettre, bien marry que, pour ce qui regarde sa personne, je ne puis

1 Meliora suntuberatua vino,fragrantiaunguentis optimis.Gant., 1. 1.

2 Mel et lac sub linguâtuâ. Ihid, IV, 11.

' C'est la 611" de la collection-Biaise, et la 29^ (a/. 27e) du livre III des anciennes éditions.

* C'est la mère Favre, qui de Lyon avoit été transférée à Montferrand en 1620.

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