‹ Œuvres complétes Volume 11Chapitre 85 sur 106 · AU PÈRE DOM PIERRE SAINT-BERNARD, PRÉDICATEUR A LYON · texte numérisé non relu

AU PÈRE DOM PIERRE SAINT-BERNARD, PRÉDICATEUR A LYON

Le Saint lui promet quelques ouvrages de piété .

Certes, mon Révérend Père, je désire grandement de pouvoir tirer de la presse de mes inutiles occupations quelque petite besoigne de dévotion, qui, en quelque sorte, corresponde aux augures que vostre charité en fait : mais il est très vray que je n'ose nullement espérer cela pour maintenant. Ce que j'ay de plus prest, qui regarde la conduite des ecclésiastiques de ce diocèse, je le remettray, Dieu ay-

1 Communiquée par M. Billon de Jouy, curé de Saint-Opportune. C'est la 665e de Biaise.

dant, a ce porteur, non seulement parce qu'il est mon diocésain, et qu'il a des-ja esté employé en semblable occasion, mais parce que aussi vous le voulés, puisque je suis de tout mon cœur, mon Révérend Père, et très asseurément vostre, etc.

Mon Révérend Père, je vous escris tout a fait sans loysir et presque sans haleine. Ce matin de la Pentecoste, presque toutes nos chaires sont occupées par les Reverens Pères Capucins, qui ont huit maisons, la pluspart nouvellement fondées ; et si, je vous puis dire qu'excepté celle de cette ville, je n'oserois en présenter une a quelque prédicateur, qui pour y revenir eust besoin de faire une journée.

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LETTRE

A SAINTE JEANNE -FRANÇOISE DE CHANTAL

Le Saint l'encourage à TamourdeDieu, et à rendre service auxmalades.

Faut-il donques que se soit tous-jours en courant que je vous escrive, ma bonne et chère Fille ? Il y a, ce me semble, long-tems que je me vous escris que comme cela ; et si, ce n'est pas que je n'aye a vous escrire un peu au long sur l'obéissance et l'amour de la volonté de Dieu. Mais quoy faire ? encor est-il mieux que j'escrive peu, que rien du tout. Seulement ce soir, comme nous entrions au souper, le porteur m'a dit qu'il partoit demain de grand matin.

Je vous escris donq a dix heures du soir. 0 ma Fille,

1 C'est la 657e de la collection-Biaise, et la 76o du livre IV des anciennes éditions.

comme prié-je maintenant Dieupourvous? Certes avec une consolation extraordinaire : je m'y sens poussé d'une ardeur toute nouvelle. Qu'est-ce donq que je demande pour nous? Rien, sinon ce pur et saint amour de nostre Sauveur. 0 qu'il nous faut désirer cet amour, et qu'il nous faut aymer ce desir, puysque la rayson veut que nous desirions a jamais d' aymer ce qui ne peut jamais estre assés aymé, et que nous aymions a désirer ce qui ne peut jamais estre assés désiréj.

Je suis bien ayse, ma Fille, que vous faciès les litz des pauvres malades, et si, je suis bien ayse que vous y ayésde la répugnance ; car cette répugnance est un plus grand sujet d'abjection, que la puanteur et saleté qui la provoque. Saches, ma chère Seur, ma fille, que me voyci en mon triste tems ; car, depuis les Roys jusques au Caresme, j'ay des estranges sentimensen mon cœur ; car tout misérable, je dis détestable que je suis, je suis plein de douleur de voir que tant de dévotion se perde, je veux dire que tant d'ames se relaschent. Ces deux dimanches j'ay treuvé nos communions diminuées de la moytié ; cela m'a bien fasché : car encor que ceux qui les faysoient ne deviennent pas meschans, mais pourquoy cessent-ils pour rien, pour la vanité? Cela m'est sensible. C'est pourquoy, ma très chère Fille, invoqués bien Dieu sur nous, et le remerciés de quoy nous avons résolu de ne jamais faire de mesme. Non, je ne pense pas que nous eussions le courage de retarder ainsy de propos délibéré un seul pas de nostre chemin, pour tout ce que le monde nous auroit présenté. Non pas, ma Seur, ma Fille, sans doute non, moyennant la grâce de Dieu.

A Dieu, ma très chère Fille : nostre amour soit tout en Dieu, et Dieu soit tout en nostre amour. Amen. Vive Jésus 1 C'est en luy, par luy, et pour luy que je suis sans fin, sans réserve, et uniquement vostre.

François, Evesque de Genève.

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LETTRE '

A LA MÊME

Le Saint l'exhorte à une grande humilité et à un parfait amour de Dieu.

20 janvier.

Mon Dieu, qui void mon cœur, sçait qu'il est plein de beaucoup de grans souhaitz pour vostre advanceinent spirituel, ma très chère Fille. Je suis vrayment comme les pères, qui ne se contentent jamais ni ne se peuvent assouvir de parler avec leurs enfans des moyens de les aggrandir ; mais que vous dirai-je pour cela, ma très chère Fille? Soyés tous-jours bien petite, et vous appetissés tous les jours devant vos yeux. 0 Dieu ! que c'est une grandeur bien grande que cette petitesse ! c'est la vraye grandeur des vefves, mais bien encordes Evesques. Demandés-la, je vous en supplie, continuellement pour moy qui en ay tant de besoin.

Que soyons-nous jamais attachés a la Croix, et que cent mille coups de flèche transpercent nostre chair, pourveu que le dard enflammé de l'amour de Dieu ayt premièrement pénétré nostre cœur ! Que cette sagette nous face mourir de sa sainte mort, qui vaut mieux que mille vies. Je m'en vay en supplier l'archer qui en porte le carquois, par l'intercession de saint Sebastien, duquel nous célébrons aujourd'huy la feste.

Tenés vostre cœur au large, ma fille ; et pourveu que l'amour de Dieu soit vostre désir, et sa gloire vostre prétention^ vives tous-jours joyeuse et courageuse. 0 Dieu î

1 C'est la658e de la collection-Biaise, et la 78« {al. 68«) du livre IV des anciennes éditions.

mais que je souhaite ce cœur du Sauveur pour Roy de tous^ les nostres î

Je ne puis plus eserire, et suis celuy que Dieu a voulu estre vostre en la façon que luy seul sçayt. A luy soit honneur et gloire éternelle ! Amen.

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LETTRE '

A LA MÊME

Acquiescement du Saint à la volonté divine.

Ma très chère Mère,

Ce mot part a l'impourveu, pour saluer vostre chère ame, que je chéris comme la mienne propre : aussi l'estelle en celuy^ qui est le principe de toute unité et union.

Je ne veux pas nyer que je ne sois marry de vostre fièvre ; mais ne vous mettes nullement en peyne de ma peyne ; car vous me connoissés. Je suis homme pour souffrir sans souffrir, tout ce qu'il plaira a Dieu faire de vous comme de moy. Hélas ! il ne faut point faire de réplique; ni de reflechissement. Je confesse devant le Ciel et les Anges, que vous m'estes pretieuse comme moy-mesme; mais cela ne m'oste point la très résolue resolution d'acquiescer pleynement en la volonté divine. Nous voulons servir Dieu en ce monde, yci et la, de tout ce que nous sommes : s'il juge mieux que nous soyons en ce monde, ou en l'autre, ou tous deux, sa très sainte volonté soit faite, puys que je suis inséparable de vostre ame, et pour parler avec le saint Es-

' C'est la 660e de la collection-Biaise, et la 12e (a/. He) du livre IV des anciennes éditions.

prit^ nous n'avous meshuy qu'un cœur et qu'une ame*: car ce qui est dit de tous les chrestiens de la naissante Eglise^ se treuve, grâces a Dieu, maintenant entre nous. Je ne vous diray rien d'avantage, sinon que je me porte mieux, et que mon cœur va mieux qu'il n'est pas allé, il y a longtems ; mais je ne sçai pas si sa consolation vient des causes naturelles ou de la grâce. Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur, pour le remplir de son saint amour. Amen. Vive Jésus, ma très chère Mère. Je suis comme vous scavés vous-mesme, tous-jours plus tout a fait vostre

François, Evesque de Genève.

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LETTRE

A LA MÊME

Il lui parle d'une fille quise présentoit pour entrer dans l'ordre de la Visitation, et de quelques autres qui vouloient faire leurs vœux.

Je vous remercie de vostre beau grand présent, ma très chère Mère ma Fille, et encore plus de vostre billet: soyés asseurée que je me gouverneray bien, et que je tiendray ce que je vous ay promis.

La Fille de saint Claude ne viendra qu'après avoir esté en N. On pourra la renvoyer consolée, sans pourtant s'engager de paroles qu'a mesure qu'on le verra convenable. Si M. de Ghapot, ou les autres, vont la voir, encouragés-la> fort a se lier a nostre Seigneur : elle a besoin de courage, et pour le reste c'est une bonne fille.

Bon jour, très chère Mère. La très sainte Vierge nostre.

*Act. Apost., IV, 32.

^ C'est la 66 1« de la collection-Biaise.

maistresse veuille bien naistre * et résider en nos cœurs I Nos filles qui veulent faire les veux pourront bien faire un peu d'orayson préparatoire sur les vœux de nostre Dame, et de tant de filles et femmes assemblées qui les firent a notre Seigneur, et qui les gardent avec tant de fidélité, qu'elles souffrent plus volontier pour le divin Maistre que de s'en despartir.

Hélas ! que je souhaitte de sainteté a cette chère trouppe de filles, et surtout a cette très unique, très aymée et très honnorée Mère, ma Fille vrayment Mère I Dieu la bénisse, et marque son cœur au signe éternel de son pur amour I Amen.

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LETTRE'

A LA MÊME

Le Saint évéque se réjouit du rétablissement de la santé de la sainte supérieure. Il l'excite à unir son cœur à Dieu plus que jamais. Pensées sur l'union des bienheureux avec Dieu.

Que je suis consolé, ma très chère Mère, de la bonne nouvelle de vostre santé ! Le grand Dieu, que ma pauvre ame et la vostre veut a jamais servir, soit bénit et loué,, et veuille de plus en plus fortifier cette chère santé, que nous avons dédiée a sa sainteté infinie. Mays cependant nostre cher cœur, comme se porte-t-il en vous? Helasl ma très chère Mère, que je luy désire de bénédictions ! Quand sera-ce

* Ce mot semble indiquer que cette lettre fut composée à l'époque de ja Nativité de Notre-Dame.

* C'est la 662« de la collection-Biaise, el la 105^ [al. 9ie) du livre IV des anciennes éditions.

que Tamour triomphant entre toutes nos affections et pensées, nous rendra tous unis au cœur souverain de nostre Sauveur, auquel le nostre aspire incessamment? Ouy, ma très chère Mère, il y aspire incessamment, quoy que insensiblement pour la pluspart du tems. Certes j'ay esté bien marry ce matin, qu'il m'ayt fallu quitter ma besoigne, sur le point qu'il m'estoit arrivé une certaine affluence du sentiment que nous aurons pour la veue de Dieu en Paradis; car je devois escrire cela en nostre livret* ; mais maintenant je ne l'ay plus : néanmoins, puys que je me suis diverti seulement pour aller prendre les arrhes de cette mesme veue en la sainte Messe, j'espère qu'il me reviendra quand il en sera tems. 0 Dieu I ma très chère et unique Mère, aymons parfaittement ce divin objet, qui nous prépare tant de douceur au Ciel ; soyons bien tout a luy et cheminons nuict et jour entre les espines et les roses, pour arriver a cette celeste Hierusalem.

La grande Fille ^ va par un chemin fort asseuré, pourveu que son asprete ne la descourage. Les voyes les plus faciles ne nous mènent pas tous-jours plus droictement, ni asseurément : on s'amuse quelquesfois tant au plaisir qu'on y a, et a regarder de part et d'autre les veues aggreables, qu'on en oublie la diligence du voyage.

Il faut estre court. Voyés ce billet qu'on m'a envoyé ce mattin : et parce que je n'ay point veu cette pauvre créature, et que peut estre vous la verres devant moy, j'ay pensé que je ferois bien de vous l'envoyer. Helas, ma très chère Mere^ que la vanité fait de tort a ces chetifs petitz espritz, qui ne se connoissent pas^ et se mettent entre les bazars ! Mays pourtant, comme vous sçavés, en bien remonstrant il faut user d'amour et de douceur : car les ad-

1 Le Traité de V amour de Dieu, auquel le Saint travailloit à l'époque où il écrivit cette lettre.

2 C'est peut-ôtre la mère Favre que le saint désigne ainsi.

vertissemens font meilleure opération comme cela, et autrement on pourroit détraquer ces cœurs un peu foibles. Seulement je ne sçai comme vous pourrés dire^ que vous sçavésla dissension. Or bien, Dieu inspirera anostrecœur ce qu'il dira pour ce regard, comme je l'en supplie^ et de m'inspirer aussi ce que je prescheray ce soir.

J'escris entre plusieurs distractions. Bon soir, ma très chère Mère. Je suis^

Vostre très affectionné serviteur en nostre Seigneur,, François, Ev. de Genève.

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LETTRE '

A LA MÊME

Le Saint ne veut pas que l'on consulte la prudence de la chair dans le choix des filles qui doivent composer sa congrégation, ni qu'on en exclue les personnes infirmes ou difformes.

Ma très chère Mere^

Sur cet article que vous m'escrivés de la réception des filles, il y a un extrême danger qu'on ne se jette trop sur la prudence humaine, qu'on ne se fonde trop sur la nature, et trop sur la grâce de Dieu. J'ay peyne d'empescher qu'on ne considère la foiblesse de la complexion et les infirmités corporelles. On voudroit qu'au festïn il n'y entrast ni borgne, ni boisteux^ ni maladif. En somme, on a bien peyne de combattre contre l'esprit humain pour l'abjection et pure charité.

J'adjouste donq ce mot, ma très chère Mère, pour vous

C'est la 655e de la collection-Biaise, et la 23^ {al. 18e) du livre VI des anciennes éditions.

dire, que selon vostre ordre j'ay escrit a nostre seur de N. amoureusement ; et je vous asseure, ma très chère Mère, que c'est de tout mon cœur: car j'ayme cette pauvre fille d'un cœur parfait. Mais c'est grand cas ! il n'y a point d'ames au monde, comme je pense, qui chérissent plus cordialement, tendrement, et (pour le dire tout a la bonne foy) plus amoureusement que moy : et mesme j'abonde un peu en dilection, et es paroles d'icelle, surtout au commencement.

Vous sçavés que c'est selon la vérité et la variété de ce vray amour que j'ay aux âmes : car il apleu a Dieu de faire mon cœur ainsy. Mays néanmoins j'ayme les âmes indépendantes, vigoureuses, et qui ne sont pas femelles : car cette si grande tendreté broiiille le cœur, Tinquiéte et le distraict de l'orayson amoureuse envers Dieu, empesche l'entière résignation, et la parfaite mort de l'amour propre. Ce qui n'est point Dieu, n'est rien pour nous.

Gomme se peut-il faire que je sente ces choses, moy qui suis le plus affectif du monde, comme vous sçavés, ma très chère Mère? En verité,jeles sens pourtant; maysc'estmerveillecommej'accommode tout cela ensemble: car il m'est advis quejen'aymerien du tout queDieu^ et toutes les âmes pour Dieu. Hé ! Dieu Seigneur, faites encor cette grâce a toute mon ame, que ce soit en vous seulement.

Ma très chère Mère, ce discours estinfmy. Vives joyeuse toute pleyne de Dieu et de son amour. Bon soir, ma très chère Mère. Je sens cette unité, que Dieu a faite, d'un extraordinaire sentiment.

François. Ev. de Genève.

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LETTRE

A LA MÊME

Le Saint lui dit qu'il prie Dieu avec ferveur pour elle, afin qu'elle profite de la communion journalière qu'il lui avoit permise.

Mon Dieu ! ma chère Fille, certes il me tarde que je vous voye ; au reste, je me porte fort bien, et vostre cœurtout autant que je le puis connoistre.ray prié avec une ardeur très particulière ce matin pour nostre advancement au saint amourde Dieu, etme sens des plusgrands désirs quejamais au bien de nostre ame. Ah ! ce dis-je, o Sauveur de nostre cœur, puisque meshuy nous serons tous les jours a vostre table, pour manger non seulement vostre pain, mays vous mesme, qui estes nostre pain vivant et sur-essentiel, faites que tous les jours nous facions une bonne et parfaite digestion de cette viande très parfaite, et que nous vivions perpétuellement embaumés de vostre sacrée douceur, bonté et amour.

Je vay au sermon du Père François. Ce soir j'en fais un a «ainte Glaire ;mais l'autre soir, ce sera vers demain, il faut «scrire a Dijon, car mardy nous envoyerons ; mais si je puis, je vous verray. Bon soir, unique et très chère Seur ma Fille. Je ne veux pas que vous jeusniés cette année.

1 C'est la 657e de la collection-Biaise.

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LETTRE

A LA MÊME

Le Saint la console dans les peines intérieures dont elle est affligée.

En fin ce beau jour, si propre pour aller a vous, ma très chère Fille, s'escouleainsysansquej'aye ce contentement; au moins faut que je supplée en quelque sorte par ce petit mot, que je sauve d'entre les affaires que certains religieux m'apportent.

Bonsoirdonq, ma très chère Fille; ayés bien soin de soulager doucement vostre pauvre cœur ; gardés-vous bien de luy sçavoir mauvais gré de ses fascheuses pensées quiluy sont autour: non, ma Fille, car le pauvret n'en peut mais et Dieu mesmene luyensçaytaucunmauvaisgrépourcek,, au contraire, sa divine sagesse se plait a voir que ce petit cœur va tremblotant a l'ombre du mal, comme un foible petit poussin a l'ombre du milan, qui va voltigeant au dessus ; car c'est signe qu'il est bon^ ce cœur, et qu'il abhorre les mauvaises fantasies.

Mais, ma très chère Fille, nous avons nostre mère, sous les aislesde laquelle nous faut fourrer. Recourons ala Croix, et l'embrassons de cœur ; demeuronsenpaixal'ombredece saint arbre. Mon Dieu ! il est impossible que rien nous offense, tandis qu'avec une vraye resolution nous voulons estretouta Dieu; et néanmoins nous sçavons bien que nous le voulons.

Bon soir de rechef, ma très chère Fille ; ne vous inquiétés

1 C'est la 658* de la collection-Biaise.

point, mocqués-vous de l'ennemy, car vous estes entre les bras du Tout-puissant. Dieu soit a jamais nostre force et nostre amour ! Demain moyennant sa grâce, nous vous irons voir, ma très chèrement unique Fille de mon cœur.

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LETTRE '

A LA MÊME

Le Saint l'engage à recevoir pour novice mademoiselle du Plessis, nièce , de M. de Marillac.

Dieu soit loué, ma très chère mère ! Non, ne dites pas en- €or l'office; mays si vous pouvés bien descendre pour la messe, je le veux bien ; ettenés-vous assise le plus que vous pourrés, en lieu où ce grand vent qui tire dans le chœur ne vous frappe point.

Je me prépare pour le sermon avec beaucoup de désir, non toutesfois sans desfiance de bien rendre ce devoir a ce grand saint, bien que je veuille que ce soitluy-mesme qui facele sermon, toutes les conceptions d'iceluy estant tirées de luy-mesme.

Hier madame la Présidente Amelot m'amena madamoyselle du Plessis, nièce de M. de Marillac, et me pria que j'intercédasse pour elle, affin que l'on peust avoir resolution demain. Elle m'asseura que les seurs carmélites Faymoientet cherissoient grandement, et ne l'ont rejettéepour autre occasion que pour son incommodité corporelle.

* C'est la 659e de la collection-Biaise. Cette lettre paroît avoir été écrite pendant le séjour de saint François de Sales comme de sainte Chantai à Paris, c'est-à-dire en 1619, entre la mi-mars et la mi-septembre. La présidente Amelot dont il y est parlé est la même qui aida de ses moyens l'établissement de la Visitation dans la maison de la rue Saint-Antoine.

Il me semble que ce soit une bonne fille, et si, je metz en considération qu'elle est de bon lieu et bien apparentée; elle a deux cens livres annuelles a perpétuité, c'est a dire qui demeureront a la mayson, et ce qu'il faut pour l'entrée.

Elles reviendront demain poursçavoirla responce, et en cas qu'on la reçoive, quand on la mettra au premier essay. Madame Amelot est si vertueuse, que, comme je croy, elle parle sincèrement des qualités de la fille. Bon jour,, ma très chère Mère ; je suis incessamment vostre.

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LETTRE '

A LA MÊME

Le Saint, étant près de s'absenter pour huit jours, lui en donne avis pour la consoler de son absence.

Au demeurant, ma très chère Mère, demeurés avec la paix et consolation de nostre Seigneur : et moyennant sa grâce, dans huit jours au fm plus tard je seray yci; d'où pourtant je ne penseray jamais sortir, tandis que Dieu m'y tiendra en moy-mesme. Vousmesme, ma très chère Mère, sçavés bien que la sainte unité que Dieu a faite est forte plus que toute séparation, et que les distances des lieux n'ont point de pouvoir sur elle. Ainsy Dieu vous bénisse a jamais de son saint amour. C'est un cœur qu'il nous a fait, unique en esprit et en vie. Bon jour, ma très chère Mère ; conservés-moy, je vous supplie, et je vous conserveraybien^ Dieu aydant.

* C'est la 664e de la collection-Biaise.

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LETTRE

A LA MÊME

Le Saint l'exhorte à se tenir toujours unie à Dieu.

Le billet d'hier, ainsy entrecoupé, annonce bien quelle estoit mon ame. Hé ! viveJesusIMonamevivra.M.D'Alincourt soupa hier céans, et y.demeura jusques après de onze heures, résolu de venir au sermon ce mattin, que nous ne pensions estre qu'un sermon particulier. Ce soir, je seray auprès de vous et de nos Seurs, marry plus qu'il ne se peut dire que mon loysir s'en aille ainsy.

Pour Dieu^ ma très chère Mère, tenons nostre cœur en l'unité, inséparablement présent a soy-mesme, puisquel'extraordinaire unité dont Dieu l'a doué peut bien faire ce tout et que la nécessité du service de sa gloire requiert que nous employons cette grâce a cela. 0 Seigneur, a qui tout est présent, donnés a nostre esprit une telle présence de soymesme, comme vous lui avés donné une unité, affin qu'il vive autant consolé qu'il est requis pour vous bien servir en vostre présence, Seigneur, en la cime de soy-mesme. Vive Jésus ? Amen. Je m'en vay faire un sermon d'amour le plus ardant que je pourray.

1 C'est la 665e de la collection-Biaise.

LETTRE

A LA MÊME

Il l'avertit du départ d'un cordelier, etc.

Ma très chère Mère,

Avec mille bonsoirs, je vous adverty du départ du père cordelier, qui sera demain une heure avant le jour. Si vous avésescrit, je feray le mémorial ; mais en attendant, conservés-vous, je vous en supplie^ ma très chère et très bonne Mère, que je verray demain, Dieuaydant. Bon soir, ma très chère Mère : Nostre Seigneur soit a jamais au milieu de nostre cœur I Amen.

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LETTRE '

A LA MÊME

« Advis de nostre saint fondateur (ce sont ici les religieuses qui parlent) à nostre digne mère, copiez sur l'original escrit de la main de nostre saincte fondatrice, dans le propre livre de ses Constitutions, qui est précieusement gardé en nostre second monastère de Rennes. »

Je désire que vous soyez extrêmement petite et basse a vos yeux, douce et condescendante comme une colombe, que

* C'est la 666e de la collection-Biaise.

2 Copie d'un petit imprimé, comptée pourla 668^ lettre de la collection de Biaise.

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