‹ Œuvres complétes Volume 11Chapitre 86 sur 106 · XI · texte numérisé non relu

XI

VOUS aymiez vostre abjection et la practiquiez fidellement. Employez de bon cœur toutes les occasions qui vous arriveront pour cela. Ne soyez pas prompte à parler; ains respondez tardivement, humblement, doucement, et dites beaucoup en vous taisant par modestie et esgalité.

Supportez et excusez fort le prochain, avec grande douceur de cœur.

Ne philosophez point sur les contradictions qui vous arrivent ; ne les regardez point, mais Dieu en toutes choses, sans nulle exception ; acquiescez à tous ses ordres très-simplement.

Faites toutes choses pour Dieu, unissant ou continuant vostre union par de simples regards, ou escoulemens de vostre cœur en luy.

Ne vous empressez de rien, faites toutes choses tranquillement en esprit de repos ; pour chose que ce soit, ne perdez vostre paix intérieure, quand bien tout bouleverseroit : car qu'est-ce que toutes les choses de cette vie, en comparaison de la paix du cœur ?

Recommandez toutes choses a Dieu, et vous tenez coy et en repos dans le sein de la paternelle providence.

En toutes sortes d'esvenemens soyez fidellement invariable en cette resolution de demeurer en une très-simple unité, et unique simplicité de l'adhérence à Dieu par un amour du soin éternel que la divine providence a pour vous. Quand vous trouverez vostre esprit hors de là, ramenez-l'y doucement et très-simplement.

Demeurez invariable en la très simple unité d'esprit, sans vous revestir jamais d'aucuns soins, désirs, afîections, ni prétentions quelconques, sous quelques prétextes que ce soit.

Nostre Seigneur vous ayme, il vous veut toute sienne. N*ayez plus d'autres bras pour vous porter que les siens, ni d'autre sein pour vous reposer que le sien et sa divine pro-j

vidence. N'estendezvostreveue ailleurs, etn'arrestezvostre esprit qu'en luy seul.

Tenez vostre volonté si intimement unie à la sieane, que rien ne soit entre deux ; oubliez tout le reste, ne vous y amusant plus : car Dieu a convoité vostre beauté et simplicité.

Prenez bon courage, et vous tenez tres-humblement rabaissée devant la divine majesté ; ne desirez rien que le pur amour de nostre Seigneur.

Ne refusez rien, pour pénible qu'il soit; revestez-vous de nostre Seigneur crucifié ; aymez-le en ses souffrances, et faites des oraisons jaculatoires là -dessus.

Faites bien cecy, ma tres-chere ,Mere^ ma vraye Fille; mon ame et mon esprit vous bénit de toute son affection ; et Jesus-Ghrist soit celuy qui fasse en nous, de nous et par nous, et pour luy, sa tres-sainte volonté ! Amen.

J'ay, grâces à Dieu, les yeux fixez sur cette éternelle providence, de laquelle les décrets seront a jamais les loixde mon cœur.

« Nostre vénérable mère Claude-Agnès delà Roche, quatriesme religieuse de l'Ordre, se séparant de nostre digne mère de Chantai pour diverses fondations qui dévoient l'esloigner pour toujours de cette saincte fondatrice, en receut, entre autres marques de sa tendre affection, le livre de ses Constitutions qu'elle portoit sur elle, d'où ce que ce dessus a esté tiré, et que la dite mère de la Roche, mourant dans nostre premier monastère de Rennes en 1630, laissa a nostre chère sœur Marie Françoise Louvel, son infirmière, venue depuis en qualité d'assistante à la fondation de ce second monastère, où ce précieux volume est gardé comme une relique. »

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