‹ Œuvres complétes Volume 11Chapitre 94 sur 106 · A UNE POSTULANTE DE LA VISITATION · texte numérisé non relu

A UNE POSTULANTE DE LA VISITATION

Le Saint l'engage à se hâter d'entrer à la Visitation.

de nostre bonne mère. Je voy que nous sommes a la veille de vostre arrivée : que heureuse puisse-elle estre ! c'est pourquoy je n'adjouste rien. Si ces bonnes Dames vefves vous parlent, dites-leur qu'ayant estéicy, vous les advertirés de tout bien particulièrement : car il ne les faut esmouvoir qu'extrêmement bien a propos, et après un peu d'ajancement de nostre dessein, pour lequel je viens de bien prier nostre chère Uame^ et son S. Joseph.

Pour le premier livre que je produiray, je suis tant engagé vers Rigaud^ que je ne sçai si je le pourray donner a Dijon ; carj'aydes-ja fort lié ma liberté par ma promesse

Or bien ve?iés, chère fille, venés es montagnes '\ Dieu vous y face voir l'Espoux sacré qui tressaille es monts, et outrepasse les collines, qui regarde par les fenestres, et a travers la treille, les âmes qu'il ayme \ Ah ! que cela fut bien chanté hier en nostre Eglise et dans mon cœur ! Dieu soit a jamais nostre tout? je suis en luy uniquement, etc.

1 Tirée du monastère de la Visitation de la rue du Bac. C'est la726ede Biaise.

3 La sainte Vierge. — ^ Imprimeur de Lyon.

* Exurgens Maria.. .. abiit in montana cumfestinatione, Luc., I, 39.

5 Vox diiecti mei ; ecce iste venit saliens in montibus, transiliens colles. Gant., II, 8.

En ipse stat post parietem nostrum, respiciens per fenestras, prospi-

ciensper canceilos. Ibid., 9.

GGLXVII

A UNE RELIGIEUSE

-Les larmes de la dévotion ne sont pas de commande; raison pour laquelle Dieu nous en prive. Il faut faire usage du bouquet spirituel après la méditation, c'est-à-dire récollection de quelques-unes des pensées qui ont le plus touché la personne qui médite, dont on tâche, par quelque moyen, de rappeler le souvenir de temps en temps dans la journée, comme une agréable odeur. Les afflictions ne doivent poin^ -être désirées, mais attendues.

Mon Dieul ma chère Fille, je ne treuve nullement estrange que vous desiriés de mes lettres ; car, outre que Dieu le veut bien (qui est le grand mot de nostre commerce), je sens de consolation de vostre communication^ que je sens aysément que vous en avés un peu de la mienne ; et ne faut point attendre d'autre sujet, ni pour vous ni pour moy, que celuy d'une sainte conversation spirituelle entre nos âmes, et de la contribution que nous nous devons les uns aux autres de nos consolations.

Je ne dis rien, ma bonne fille, de vostre cœur, en ce que vous n^avés pas des larmes : non, ma fille ; car le pauvre cœur n'en peut mais, puisque cela n'arrive pas faute de resolutions et vives affections d'aymer Dieu, mais faute de sensible passion, laquelle ne dépend point de nostre cœur, mais d'autres sortes de dispositions que nous ne pouvons procurer. Car toutainsy, ma très chère Fille, qu'en ce monde il n'est pas possible que nous puissions faire pleuvoir quand nous voulons, ni empescher qu'il pleuve quand nous ne voulons pas qu'il pleuve ; aussi n'est-il pas a nostre pouvoir

* C'est la 727e de Biaise, et la IQe du livre II des anciennes éditions. {

de pleurer quand nous voulons par dévotion, ni de ne pleurer pas aussi quand l'impétuosité nous saisit : cela ne vient pas de nostre faute le plus souvent, mais de la providence de Dieu, qui nous veut faire faire nostre chemin par terre etpardesert, etnon par eaux; et veut que nous nousaccoustumions au travail et a la dureté.

Tenés vostre bouquet en main : mais s'il se présente quelque autre odeur souëfve et profitable par rencontre, ne laissés pas de l'odorer avec action de grâce ; car le bouquet ne se prend, sinon que pour ne vous laisser pas le long du jour sans confort etplaysir spirituel. Tenés bien ferme sur cette posture, que vostre cœur soit bien entièrement a Dieu ; car il n'y en a point de meilleure.

Pour tout,, ne souhaités pas des persécutions pour l'exercice de vostre fidélité ; car il vaut mieux attendre celles que Dieu vous envoyera, que d'en désirer : et cette vostre fidélité a mille sortes d'autres exercices, en l'humilité, douceur, charité, au service de vostre pauvre malade, mais service cordial, amoureux et affectionné. Dieu vous donne un peu de loysir pour faire vos provisions de patience et vigueur, puis le tems viendra de les employer.

0 ma fille, ostés bien toutes les robbes de vostre captivité pardescontinuelzrenoncemensa vos affections terrestres ; et ne doutés point, que le Roy ne vous en donne des royales pour vous tirer a son saint amour. Vive Jésus ! ma très chère Fille ; c'est le mot intérieur sous lequel il nous faut vivre et mourir, et avec lequel ie proteste d'estre tous-jours tout vostre.

GGLXVIII

LETTRE '

A UNE RELIGIEUSE

Exhortation à la pratique des vertus.

Serves Dieu avec un grand courage, et le plus que vous pourrés par les exercices de vostre vocation. Aymés tous les prochains, mais surtout ceux queDieu veut que vous aymiés le plus. Ravalés-vous aux actes desquelz l'ecorce semble moins digne, quand vous sçaurés que Dieu le veut; carde quelque façon que la sainte volonté de Dieu se face, ou par des hautes ou par des basses opérations, il n'importe. Souspirés souvent a Tunion de vostre volonté avec celle de nostre Seigneur. Ayés patience avec vous-mesme en vos imperfections. Ne vous empressés points et ne multipliés point des désirs pour les actions qui vous sont impossibles. Ma chère Seur, chemines perpétuellement et tout doucement ; si nostre bon Dieu vous fait courir, il dilatera vostre cœur: mais de nostre costé arrestons-nous a cette unique leçon :« Apprennes de moy que je suis débonnaire et humble de cœur ^ »

* C'est la 728e de Biaise, et ia25e du livre II des anciennes éditions.

* Discite a me quia mitis sum et humilis corde. Matth., XI, 29.

GGLXIX

LETTRE '

A UNE RELIGIEUSE

Avis sur la dévotion.

Ma très chère Fille,

Si vous savourés vostre poinct en l'orayson, c'est un signe que Dieu veut que vous suivies cette méthode, du moins alhors. Que si néanmoins Dieu nous tire, au commencement de l'orayson, a la simplicité de sa présence, et que nous nous y treuvions engagés, ne la quittons pas pour retourner a nostre poinct, estant une règle générale que tousjours il faut suivre ses attraictz, et se laisser aller où son esprit nous mené. Les bouillonnemens et dilatemens du cœur ne peuvent quelquefois estre esvités ; mais quand on s'apperçoit de leur venue, il est bon d'addoucir ces mouvemens et les appaiser, en débandant un peu l'attention et les eslans, d'autant que l'orayson plus elle est tranquille, simple et délicate, c'est a dire plus elle se fait en la pointe de l'esprit, plus elle est fructueuse.

* C'est la 729e de Biaise, et la 26e ou la 30e du livre II des anciennes éditions, oij on l*a répétée par mégarde, ainsi que plusieurs autres.

GGLXX

LETTRE

Page 1