AUX SOEURS DU MONASTERE DE LA VISITATION D'ANNESSY
IjuicoNQUE a tant soit peu de cognoîssance de la discipline de l'Eglise, ne peut ignorer que dès son commencement il n'y eût une très-grande quantité de filles et femmes consacrées au service de Dieu parle vœu de la sainte continence. Saint Ignace, disciple des apostres, écrivant aux « Philippiens : « Je salue, dit-il, l'assemblée des vierges, et « la congrégation des vefves.» Et ailleurs il recommande à ceux de Tharse, d'honorer les vierges comme consacrées à Dieu, et les vefves comme l'autel ou sacraire de Dieu. Et en l'epistre aux Antiochiens : « Que les vierges, dil-il, re- « cognoissent à qui elles sont consacrées. Et finalement à Héron : « Conserve les vierges, comme joyaux de Jesus- Christ. Rufln en son histoire (i), tesmoigneque sainte Hélène, mère de Constantin, en trouva desja une troupe en Hierusalem. En somme, toute l'antiquité rend un ample témoignage h cette vérité (2). Mais pour le présent celuy de saint Grégoire Nazianzene suffira. « Il y a, dit-il, plu-
(i) L. r, c, 8, lIiat,^2)Jd, HeUmum,
XXX PREFA.CE
« sieurs femmes en toutes les régions, que la salutaire doc- « trine de Jesus-Ghrista parcourues, desquelles une partie « vit en société, nourrissant un mesme désir de la vie « céleste, et suivant un mesme institut de vie : mais les « autres assistent soigneusement à leurs pères et mères « infirmes, et h leurs frères témoins de leur chasteté. »
Or presque toutes, tant les unes que les autres, mais notamment celles de la première Lande, qui vivoient en congrégation, estoient consacrées par des vœux publics et grandement celebres(r) : car qu'est-ce que saint Ambroise ne (lit pas à la vierge déchue sur ce sujet? Et ne tesmoigne-t'il pas que sa sœur sainte Marcelline fut consacrée par le pape Libère en l'église de Saint-Pierre de Rome, et le propre jour de Noël? Certes c'estoient ordinairement les evcsques qui celebroient ces consécrations, comme il est ordonné au concile de Garthage (2), auquel le grand saint Augustin assista, et par saint Léon le premier, écrivant aux evesques d'Allemagne et de France : et est commandé dans le pontifical, que l'on no les fasse qu'es jours de feste ou de dimanche.
Mais quand je dis qu'elles estoient consacrées par des vœux célèbres et publics, je ne veux pas pourtant dire, qu'ils fussent solennels de la solennité dont les scholastiques et canonistes parlent, par laquelle les mariages contractez par les religieuses sont totalement invalides : car encore que d'un commun consentement de tous lessaincts pères, et selon la parole du grand apostre (3), les vierges et vefves qui par vœu et profession publique estoient consacrées à Dieu, ayent tousjours esté tenues en exécration, lors qu'elles rompoient et violoient leur vœu, si est-ce que comme dit clairement saint Augustin (4) au livre du bien
(1) Ad Virg, laps. c. 5. — Initio, lib. 0, de Virg.
(2) 26, q. 6. ca. 1 et 2, dist. aS, c. 14. Conc, 2, 3 et 4. Lqo^ cpist, 86 , alias 88, et refertur dist. 68, c. 4»
(3) Timotli, 5, v. 12. —(4) C^«p. 9 et 10,