‹ Œuvres Completes Volume 16Chapitre 19 sur 188 · DE S. FRANÇOIS DE SALES. XXXIII · texte numérisé non relu

DE S. FRANÇOIS DE SALES. XXXIII

vesque de Lyon, monseigneur Denys Simon de Marquemont, jugea qu'il estoit expédient qu'elle fût réduite en religion, pour plusieurs raisons que sa grande sagesse et pieté luy suggérèrent : et Dieu a beny ce dessein. Car enfin après plusieurs dilïicultez, desquelles les projets du service de Dieu ne sont jamais exempts, nostre saint père Paul V m'a commis pour ériger vostre maison en titre de religion, avec toutes les prérogatives dont jouissent les autres ordres religieux, et ce sous la règle du glorieux saint Augustin. Pour cela doncques je vous présente cette sacrée règle, que vous suivrez meshuy comme le vray chemin auquel vous devez marcher, pour parvenir à la perfection de la vie religieuse : y ayant joint vos constitutions, qui sont comme des marques mises en ce chemin, afin que vous le sçachiez mieux tenir. Car , comme disent les docteurs, les règles des religions proposent les moyens de se perfectionner au service de Dieu, et les constitutions monstrent la façon avec laquelle il les faut employer, comme par exemple, cette règle commande qu'on vacque soigneusement aux prières; et les constitutions particularisent le temps, la quantité, et la qualité des prières qu'il faut faire. La règle ordonne qu'on ne regarde pas indiscrettement les hommes ; et les constitutions enseignent, comme pour exécuter celle règle, qu'il faut tenir la veuë basse, et le voile sur le visage, en diverses occurrences : de sorte que pour le dire en un mot, la règle enseigne ce qu'il faut faire, et les constitutions comme on le doit faire : et de \h vient, ainsi que les mesmes docteurs (i) remarquent, que les règles, comme fondements principaux de la vie religieuse, doivent eslre appreuvëes par l'autorité de l'Eglise calholique, ou par décret apostolique: mais les constitutions qui no contiennent que les moyens et la me-

(i) Vide Azov y 1. 11, c. 1 1. q. 2, et Joan. de Salas^ disp. 8 de leg. $ect. iZy et disp, i6, sect. lo.

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thode de bien observer la règle n'ont nul besoin d'estre confirmées que par l'autorité des supérieurs ordinaires, ou par les chapitres des religions.

Je sçay bien qu'au commencement de l'Eglise, les congrégations religieuses durèrent quelque temps, et firent deâ merveilles au service de Dieu , sans avoir presque aucunes règles écrites, ains par la seule observance des coutumes, que la commune pratique et dévotion des âmes qui s'estoient assemblées avoit introduites : et par la bonne conduite des supérieurs, suivie de la parfaite obéissance des inférieurs, desquels la simplicité et bonne foy tenoient heureusement lieu de loy. Mais environ le temps de Gonstantiii-Ie-Grand, saint Pacome receut de la main d'un ange une règle écrite dans un tableau, que ses monastères tant d'hommes que de femmes observent. Peu après le grand saint Bazile, entre les pères Grecs écrivit une règle 1res excellente pour ses religieux, comme fit saint Augustin entre les Latins pour les siens ; et sainte Melanie la jeune ayant dressé une congrégation en Hierusalem, leur donna aussi une belle règle. Kt depuis plusieurs instituteurs de divers ordres de religieux, ont laissé des autres tressainctes règles, ou du moins dos constitutions, qui tiennent lieu de règle pour leurs congrégations, comme le grand patriarche saint Benoist, duquel la règle est si hautement loiiée par saint Gregoire-le-Grand, le seraphique saint François d'Assise, saint Bruno, saint François de Paule, le bienheureux Ignace de Loyola.

Mais la grande autorité de saint Augustin, méritée par la très-excellente sainctelé de sa vie, et par l'incomparable doctrine dont il a orné l'Eglise, a fait qu'entre tous les législateurs des ordres religieax.il acslé le plus suivy. Aussi nostre Sauveur habitant en luy comme parle saint Hierosme (i), luy inspira cette règle, tellement animée de

(0 Effist. 80. ad Aug.

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l*esprit de charité, qu'en tout et par tout elle ne respire que douceur, suavité et bénignité, et par ce moyen est propre à toute sorte de personnes, de nations et de complexions : si que ce grand homme apostolique l'écrivant, pouvoit bien dire h l'imitation de l'apostre : J'ai esté fait tout à tous, afin de les sauver tous. Qui fait que non-seulement plusieurs congrégations de religieux Cloistriers, comme celles des chanoines, et clercs réguliers, des Eremitains, de saint Dominique, de saint Hierosme, de saint Antoine, de Presmontré, des Serviteurs, des Crucifères; mais aussi les ordres de plusieurs religieux chevaliers, comme ceux: de saint Jean de Hierusalem, ceux des saints Maurice et Lazare , les Theutoniques , ceux de saint Jacques, et plu* sieurs autres se sont rangez sous l'étendart de cet admirable conducteur.

Or bien que cette règle soit visiblement très -sainte, et que comme appreuvée de l'Eglise, elle doive estre hors de toutes censures : ains que le seul nom de celuy qui l'écrivit la deùt rendre vénérable à tous ceux qui portent le titre de chrestien ; si est-ce que la folle témérité des enfants du monde ne laisse pas de vouloir y trouver je ne sçai quoy à dire, par manière d'affectée curiosité; et partant afin que nul ne vous puisse troubler sur celte occasion, je veux prévenir leurs questions et demandes frivoles, et par ce mesme moyen éclaircir quelques difficultez qui pourroient arrester votre esprit en la lecture d'icelle.

« Ce que le glorieux Père commande avant toutes choses, «que l'on ayme Dieu et le prochain,» n'est pas mis en sa règle comme pour vouloir faire penser qu'il soit l'auteur de ces commandements : car qui ne sçait que non seulement ils sont de Dieu, ains qu'ils sont le suc, la mouelle, et l'abrégé de toute la loy de Dieu ? mais ce que Dieu a commandé, ce sien serviteur le recommande, comnie la fin et prétention unique pour laquelle il a dressé sa

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