DE S. FRANÇOIS D£ SALES. XXXVII
« de n'aller aux bains que tous les mois; et que les sœurs « ne sortent pas qu'accompagnées ; » car on ne doit plus sortir maintenant , que pour des causes si grandes , si nécessaires et rares, qu'on peut dire en vérité que les sœurs observantes ne sortent jamais : et neantmoins ces articles de la règle servent de lumière pour faire voir comme elles en doivent observer quelques autres qui sont encore maintenant en usage.
En l'article qui dit : « Domptez vostre chair par jeusnes « et abstinences, selon que vostre santé le permet» , le bien-, heureux père ne donne pas la liberté pour cela à chaque religieuse de faire des austeritez de sa teste, ny de discerner ce que sa santé lui permet : car au contraire, comme il est porté en un autre article, c'est à la supérieure de faire distribuer les vivres non également à toutes; mais h chacune selon qu'il est expédient; et au livre I" Des Mœurs de lEglise(i), décrivant la façon de vivre des^religieux et religieuses de son temps, il dit : « Que plusieurs de forte com- « plexion s'accommodoient de vivre comme les infirmes, « afin de ne point faire de particularitez.» Et que quand les foibles refusoient de boire et de manger ce qui leur estoit convenable, on les en tançoit, de peur que par une vaine superstition ils ne se rendissent plus débiles que sains, plulost malades que mortifiez. Ce qu'à la vérité arrive à plusieurs, notamment parmy les femmes, qui trompées de leur imagination, constituent la sainteté en l'austérité, et entreprennent plus aisément de priver leurs estomacs de viande, que leurs cœurs de leur propre volonté!
Celle qui a la charge des autres est appelée préposée, comme qui diroit mise et posée au devant ou au dessus de la congrégation, et qui est présidente à icelle, qu'on pourroit aussi appeller préférée : maisparceque ces mots ne
(i) Cap, 35.
XXXVllI PREFACE
sont pas usités, on les a pu et deu changer en ceux de mère ou abbesse, ou bien prieure, ou supérieure; etparceque le dernier et le premier de ceux-cy sont plus sim. pies, et signifient la mesme chose que celuy de préposée, il a esté treuvé bon que vous les retinssiez, notamment celuy de mère, d'autant que le saint Père dit enfin : « Que « les sœurs obéissent à la supérieure comme à leur mère. » Il est dit au bout de la règle : «Que l'on obéisse à la su- « perieure, et beaucoup plus au prestre qui a soin de tou- « tes, » Mais qui est donc ce prestre qui a soin de toutes ? Certes d'autant qu'en la règle des frères, aussi bien qu'en celle des sœurs, celte obéissance au prestre est souvent inculquée, ceux que j'ay vendes interprètes de cette règle (r) ont crû que c'estoit l'evesque, d'autant, dit un d'entre eux qui a fait de bonnes et belles remarques sur icelle , que les chanoines réguliers en dependoîent : mais depuis que lesevesquestt leur clergé se sontpar dispense apostolique sécularisez, cet ordre n'est plus gardé. Or h la vérité dire, quant à ce point, je ne puis consentir à celte interprétation: car encore qu'au commencement de l'Eglise les noms de prestre et d'evesqne fussent souvent confondus, et passent l'un pour l'autre, ainsi qu'il est aisé h voir es actes et es opislres des saints apostres, si est-ce que du temps de saint Augustin, ces mots n'estoicnt plus en cet usage : et n'appelloit-on pas les prostrés evesques,'ny les evesques simplement prostrés , comme luy-mesme le témoigne en l'epistre (2) qu'il a escrite à saint Hierosme, et ne me souvient pas ^ue jamais saint Augustin en ait usé autrement; de sorte qu'il n'y a donc point d'apparence qu'il ait mis si souvent dans sa règle, le mot de prestre pour celui d'evesquc , puisque mesme les monastères des filles et femmes estoient en grand nombre au diocèse d'Hippone ,
(1) Syi. verb. ReL. 11. Jude Sercher, en son ISaiaricn Evangelique.
(2) Epist. jp.