DE LA CORDIALITÉ
les laisser paroistre à l'extérieur. Il ne se faut pas donc estonner ny descourager quand nous commettons des imperfections et des défauts devant nos Sœurs : ains au contraire il faut estre bien aises que nous soyons recognuës pour telles que nous sommes. Vous aurez fait une faute, ou une lourdise, il est vray : mais c'est devant vos Sœurs, qui vous ayment chèrement, et partant qui vous sçauront bien supporter en vostre défaut , et en auront plus de compassion sur vous que de passion contre vous. Et par ainsi ceste confiance nourriroit grandement la cordialité et la tranquillité de nos €Sprits, qui sont sujets à se troubler quand nous sommes recognus defaillans en quelque chose, pour petite qu'elle soit , comme si c'estoit grand merveille de nous voir imparfait. Enfin pour conclusion de ce discours il faut se ressouvenir tousjours, que pour quelque manquement de suavité que l'on commet quelquesfois par mesgarde. Ton ne se doit pas fascher, ny juger que l'on n'ait point de cordialité ; car Ton ne laisse pas d'en avoir. Un acte fait par cy, par là , pourveu qu'il ne soit pas fréquent , ne fait pas l'homme vicieux, spécialement quand on abonne volonté de s'amender,